DICTIONNAIRE GÉOGRAPHIQUE
et sentaient si horriblement le soufre qu'aucun animal n'en voulut manger.
Cela n'empêche que l'on ne rencontre, dans le De Montibus, des observations judicieuses, par exemple sur les conséquences géologiques à tirer de la présence de coquillages dans les collines de Certaldo, « sa patrie », carBoccace lui donne toujours ce nom, bien que n'y étant pas né; il explique l'existence des déserts de Libye par le retrait des eaux de la mer, comme l'avait déjà fait Pomponius Mêla, qu'il cite ; il décrit le torrent Cerretorio, qui, dit-il, se gonfle mystérieusement tous les dix ans ; il parle du Vésuve et de son grand cratère béant, « dont il ne sort plus ni feu ni fumée ». Il hésite sur l'origine des fleuves, ne sachant s'il faut admettre l'opinion qu'ils sont alimentés directement par les mers filtrant à travers le sol et y perdant leur salure. Il parle du lac Zoroandar (Van), qui se grossit des mêmes eaux qu'il rejette.
A propos de Venise, le patriote paraît; il s'emporte contre cette cité nouvelle, qui veut substituer son autorité à celle des vieilles puissances jusque-là maîtresses du monde1.
i. Boccace s'excuse, à la fin de son livre, de n'avoir pu faire œuvre parfaite malgré tous ses soins et toute sa diligence ; que s'il a pris un lac pour un étang, une source pour un fleuve, son erreur vint de la difficulté d'être exactement renseigné. Est-il un auteur, au surplus, qui puisse se vanter de n'avoir jamais laissé échapper de bévue? Mais ce qui l'inquiète surtout, c'est la négligence des copistes. Il suffit qu'un homme, dit-il, se sente en état de tracer des caractères et de les unir pour qu'il ose s'intituler copiste, et que, pour un prix convenu, il entreprenne de copier n'importe quel volume; bien plus, il est
Dans le Traité des Femmes Illustres, qui fut terminé, ce semble, vers 1362 ', Boccace a suivi un certain ordre chronologique ; il y donne beaucoup de place aux femmes de l'antiquité, depuis Eve, et très peu à celles des temps modernes; c'est à peine s'il en nomme quelquesunes, la papesse Jeanne, la vertueuse Gualdrada2, l'impératrice Constance, mère de Frédéric II, la reine Jeanne de Naples qu'il loue comme une des femmes les plus remarquables de son temps «par sa puissance et par son caractère »3, et Camiola Sensé qui sut, par sa grandeur d'âme et sa générosité, faire éclater la honte d'un qui avait voulu tirer parti de sa trop facile bonté4.
Ce n'est pas qu'il n'y eût alors des femmes dont on menait grand bruit, des poétesses que Pétrarque ne dédaigne pas de nommer dans ses Triomphes, des érudites, des savantes, des jurisconsultes, dont une professa
des femmes qui, abandonnant le fuseau et le métier à tisser, se risquent à transcrire non ce qu'elles comprennent, mais ce qu'elles voient; elles suppriment ce qu'elles n'entendent pas et qui leur parait inutile, et vont de l'avant sans souci de la correction, des signes, de la ponctuation, ajoutant, retranchant, modifiant, n'ayant nul respect des formes anciennes. Cette négligence est surtout nuisible, ajoute Boccace, dans une œuvre où entrent tant de vocables étrangers. Pétrarque, on le sait, s'était déjà plaint àprement de la façon dont les copistes en usaient avec les textes qu'on leur confiait, et il avait établi chez lui une sorte d'atelier de copie, qu'il surveillait exactement.