BOCCACE A CERTALDO
déhanchés, qui en deviennent les oracles, « qui ne savent pas combien de doigts ils ont à la main, mais qui sont passés maîtres en l'art de voler1? » En vérité, quand on est Florentin, l'exil n'est pas un mal : le sage s'éloigne volontairement de ce repaire — tel Boccace, qui ajoute : « Si ma pauvreté s'en accommodait, je m'en irais plus loin encore que Certaldo; peu satisfait de ne plus voir tant d'iniquité, je voudrais ne plus même en entendre parler2. »
Au milieu de tout ce stoïcisme, il est très remarquable que les sentiments chrétiens n'occupent presque aucune place. S;ins doute, Boccace l'ait allusion à la divinité de Jésus-Christ et à la miséricorde de Dieu; mais la leçon de résignation que nous donne Jésus n'est mentionnée qu'après les exemples de Socrate, de Scipion l'Africain, de Jules César3. En vérité, tout cela est purement païen, et Boccace ne sait prodiguer n Pino dei Rossi que des consolations humaines; pas une fois il n'indique que les injustices de la vie présente pourront être compensées, dans une autre vie, par la justice divine. La miséricorde de Dieu ne l'intéresse que dans la mesure où elle est capable de se manifester en nous procurant ici-bas une revanche, comme en présente l'histoire d'un Camille, celle d'un Alcibiade, ou d'un Massinissa4. Évidemment, pour ce réaliste, les promesses de l'au-delà ne sont d'aucun attrait : il se croit pieux; ses propos comme ses pratiques sont ceux d'un dévot personnage; mais son cœur n'est pas même effleuré par la doctrine sublime du pardon des injures, ni par cette confiance