‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 178 sur 199 · Son. 9 : « Ma frastornarsi non si puote ornai · texte numérisé non relu

Son. 9 : « Ma frastornarsi non si puote ornai

7. Son. 8 : « Ma non goderan guar di tal derrate Questi ingrati meccanici, nimici D' ogni leggiadro e caro operare ». Les sonnets 6 et 10 sont aussi dirigés contre l'ignorance et l'ingratitude du vulgaire; cependant ils ne renferment pas d'allusions positives aux incidents qui nous occupent ici; voir Massera, /oc. cit.

8. Son. 9 : « Perô ti posa ed a me da'perdono, Ch'io ti promelto che in tal misfatto Più non mi'spingerà alcun giammai ».

9. Son. 7 : « Non cal che più mi sien rimproverate Si fatte offese, perché crudelmente Apollo ncl mio corpo l'ha vengiale... », et son. 9 :

LES DERNIÈRES ANNEES (l36b-137b) 457

Ce langage traduit de la façon la plus affligeante le découragement qui s'était emparé du vieux conteur, et l'affaiblissement de sa volonté non moins que de ses forces physiques. Qu'était devenue son humeur combative? Quelles imprécations n'aurait-il pas lancées jadis contre ceux qui auraient essayé de lui fermer la bouche, au moment où l'occasion s'offrait à lui d'exalter le génie du grand Florentin, de glorifier la poésie, et de justifier ainsi publiquement le culte qu'il avait voué, toute sa vie, à l'un et à l'autre? Boccace n'était plus que l'ombre de lui-même, et réellement sa santé devenait chaque jour plus précaire : à soixante ans, c'était un vieillard presque impotent1.

Il est 1res difficile de décider jusqu'à quel point du poème lut poussé le commentaire oral de Boccace sur la Divine Comédie. La rédaction qu'il en a laissée s'arrête, au milieu d'une phrase, au vers 17 du chant XVII de Y Enfer \ mais quel rapport y a-t-il entre cette rédaction et la « lecture » elle-même? On a supposé qu'il écrivait ses leçons à l'avance, puis les lisait2; dans ce cas, il n'aurait pas lu tout à fait autant qu'il en avait écrit. D'autre part, on ne saurait admettre qu'il s'y soit préparé dès la fin d'août, c'est-à-dire au moment où il était ii peine remis de la terrible crise qu'il a décrite dans sa lettre à Mainardo; et alors, comment, à raison de cinq ou six leçons par semaine environ3, aurait-il eu le loisir

« E quuntunque a grattai* délia mia rogna Io abbia assai nel mio misero stato... ».

1. Son. 7 : « E' m'ba d'uom fatto un otre divenire, Non pien di vento ma di piombo grave, Tanto ch' appena mi posso mutare ».

2. Paget Toynbee, toc. cit., p. 112. Tel est aussi l'avis de O. Hecker. '5. 0. Hecker (Hoccaccio-Fundc, p. 116, fin de la note 1 de la p. 115),

estimant que les leçons n'avaient pas dépassé le mois de décembre, a calculé que Boccace eut soixante jours de cours — et justement le Commentaire est divisé en 59 leçons, dont la dernière est inachevée. Mais

de les rédiger d'une façon aussi minutieuse et définitive? Il semble plus vraisemblable que, pour ses lectures, Boccace se soit contenté de notes succinctes, et qu'ensuite la rédaction détaillée de son commentaire lui ait fourni une distraction, qui dut lui être précieuse au milieu des pénibles épreuves qui marquèrent pour lui les deux dernières années de sa vie. Dans cette hypothèse, l'interruption de la rédaction, à l'endroit où il parlait des étoffes tissées par les Tartares1, ne nous apprend à peu près rien sur l'étendue du commentaire oral qu'il avait publiquement débité à S. Stefano.

Cette hypothèse trouve un appui dans la nature même de ce commentaire, si important à tant d'égards, mais si inégal2. Non seulement on est surpris de la puérilité avec laquelle Boccace explique tout, même ce qui n'appelle aucune explication, mais il est remarquable qu'il y a introduit de longs morceaux simplement empruntés à ses ouvrages antérieurs, en particuculier à la Généalogie* . Rien n'était plus légitime assurément; cependant l'exagération du procédé, l'insistance avec laquelle Boccace s'appliquait à faire passer ainsi

le chiffre 60 est certainement trop élevé, car il ne comprend, comme jours fériés, que les dimanches et Noël; or il y en avait bien d'autres, la Toussaint (1er nov.), la Présentation (21 nov.) et la Conception de la Vierge (8 déc), par exemple, que l'on observait alors rigoureusement. D'autre part il est improbable que la division du Commentaire en leçons corresponde à des leçons réelles (voir page suiv., note).

1. A propos du vers 17 de Inferno, XVII. 0. Hecker a indiqué que, dans la 57e leçon, il est question de Pétrarque comme d'un vivant, d'où il ressortirait que le passage n'a pas été écrit après octobre 1374 (voir ci-après, p. 460-G1). Mais l'exemple du De Genealogia, dédié à Hugues de Lusignan (voir ci-dessus, p. 415 et suiv.) doit nous rendre prudents : Boccace a pu conserver intacts des morceaux écrits antérieurement, les laisser tels qu'il les avait dits, même si l'ensemble du travail l'occupa encore en 1375.

2. Voir 0. Bacci, // Boccaccio lettorc di Dante (Florence, 1913).

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