‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 179 sur 199 · Voir Paget Toynbee, toc. cit., p · texte numérisé non relu

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dans son commentaire le plus de matière possible tirée de ses œuvres latines, sans même négliger de renvoyer aux auteurs anciens, donnent l'impression qu'il s'agit d'un travail rédigé à loisir, à tête reposée, et non de l'improvisation que ne peut manquer d'être une série de leçons quotidiennes. Du moins l'exactitude de l'érudit commentateur, dans ses renvois aux sources, témoignet-elle de l'extrême scrupule avec lequel Boccace s'est acquitté de sa tache; la méthode dont il s'inspire ici est celle de la précision scientifique qui caractérise sa Généalogie, non celle de l'histoire moralisée, traitée à la façon d'un roman, dont ses livres sur les infortunes illustres, sur les femmes célèbres, ou même sa Vie de Dante, avaient donné l'exemple. On peut adresser bien des reproches au commentaire de Boccace, notamment celui d'avoir assez souvent faussé la pensée du poète; mais toutes les fois qu'il s'agit d'expliquer un détail précis d'histoire ou de langue, on peut être sûr que, loin de faire appel à sa fantaisie, Boccace n'a dit que ce qu'il savait. Veut-on un exemple, -entre cent, de sa réserve et de sa prudence? On le trouvera dans le récit qu'il a consacré au célèbre épisode de Françoise de Rimini1; le roman qu'il débite, il ne l'a pas inventé : c'est dans la région de Rimini et de Ravenne, où il avait si souvent séjourné, qu'il l'a recueilli sans doute; et la preuve en est que, sur un point, il tient à attester son ignorance : « Pour ce qui est, dit-il, des circonstances dans lesquelles Francesca, mariée par surprise

1. Comcnto, éd. Milanesi, I, p. 'i7G et suiv., XXe leçon. A ce propos, il faut remarquer que la division eu leçons, donnée par deux manuscrits, ne saurait correspondre à des leçons réelles, vu leur inégalité : telle d'entre elles n'a que quatre pages (la 43") tandis qu'une autre (la 18e) atteint la quarantaine; la 20", qui nous occupe, n'a que sept pages.

à Gianni, s'unit à Paolo dont elle était éprise (Boccace pense ici à la scène du livre et du baiser), je n'en ai jamais appris que ce que le poète en dit ici; et il est possible que les choses se soient passées ainsi; cependant je ne vois pas comment il l'aurait su, et je pense plutôt que c'est une fiction. »

La dernière en date des lettres que nous possédons de Boccace, écrite au début de novembre 1374, présente un tableau désolant de sa santé : les soins des médecins auxquels, sur le conseil de ses amis, il avait eu recours, leurs ordonnances, les potions et les diètes, ne réussirent qu'à aggraver son état; il ne mangeait plus, il dépérissait à vue d'œil : son embonpoint diminuait; ses yeux agrandis étaient hagards; ses genoux et ses mains tremblaient; il n'avait plus aucune force. Enfin ses amis le firent transporter à Certaldo, où il n'attendait plus la guérison que de la grâce divine1.

Le 18 juillet Pétrarque mourait à Arqua. Dès le 25 du même mois, on en était informé à Florence2; cependant Boccace ne reçut personnellement la triste nouvelle que dans la seconde quinzaine d'octobre, par une lettre de Francescuolo da Brossano. Depuis quelque temps, le bruit s'en était bien répandu jusqu'à lui, mais aucun de ses amis n'avait eu la pensée de l'en informer3; et cela prouve combien Boccace était loin de tout, et presque oublié, dans sa retraite rustique de Certaldo! — Cette mort fut pour lui un grand deuil : au souvenir de Pétrarque se rattachaient les plus pures joies de sa vie, et l'on a vu que l'amitié de ce maître, auquel il avait voué une admiration sans bornes et une tendre affec-

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