‹ Boccace, étude biographique et littéraireChapitre 94 sur 199 · Inf., XVI · texte numérisé non relu

Inf., XVI

3. Can Grande délia Scala, Parad., XVII, 75 et suiv.; voir aussi P. Rajna, Giorn. stor., X, p. 50 et suiv.

h. Purgat., VI, v. 13-14.

«»u Bened. Grocc, La novclla d'Andreuccio da Pcrugia, Bari, 1011. Une

hauvette. — Boccace. 16

récits d'aventures maritimes, d'origine obscure, mais tels qu'on en devait raconter beaucoup parmi les marins habitués à parcourir les côtes de l'Italie méridionale, des îles, de la Barbarie, et du Levant : c'est l'histoire d'un corsaire, Landolfo Ruffolo, de Ravello (II, 4), et peut-être aussi celle de deux amants, réincarnations d'Héro et de Léandre, natifs des îles d'Ischia et de Procida, séparés par une intervention de pirates, ce qui alors n'était pas chose rare, réunis contre toute attente à Païenne, mais condamnés au feu par le roi Frédéric Ier, dans des circonstances qui rappellent le roman de Floire et de Blanehefleur, puis sauvés grâce à l'intervention de l'amiral Roger de Lauria (V, 7) l. Dans plusieurs nouvelles, comme dans celle-ci, le cadre adopté par Boccace rappelle explicitement les événements qui provoquèrent la séparation de la Sicile et du royaume de Naples, la rivalité des maisons d'Anjou et d'Aragon2; il est remonté plus haut encore, et a mis en scène les fondateurs mêmes des deux dynasties, Charles Ier d'Anjou (X, 6) et Pierre Ier (X, 7), dans des récits d'un très grand charme, où le conteur a tracé de ces deux rois des portraits qui ne manquent pas de valeur historique3. Au total, les résultats de cette enquête, purement

connaissance tout aussi exacte des mœurs de Palerme apparaît dans la nouvelle VIII, 10.

1. B. Zumbini a d'ailleurs montré de la façon la plus convaincante que ces noms sont employés par Boccace en dehors de toute possibilité historique (Atti délia R. Accadcmia délia Crusca, 1905, p. 41 et suiv.)

2. On en trouve, par exemple, un souvenir dans les contes à dormir debout que Madama Fiordaliso débite à Andreuccio (II, 5), ce qui prouve combien ces événements étaient présents à tous les esprits. Dans la nouvelle de Madonna Beritola (II, 6), Boccace remonte à rétablissement delà dynastie angevine à Naples; sur ce conte, voir B. Zumbini, Atti deW Accad. délia Crusca, 1905,

3. Ferdinando Neri, La novtlla del re Carlo vecchio (Fanfulla délia Domenica, 7 juillet 1912).

provisoire, conduisent à tenir pour vraisemblable que les récits empruntés par Boccace à des traditions populaires et locales atteignent un chiffre assez voisin de cinquante.

A première vue, on peut supposer que le nombre des nouvelles d'origine littéraire est donc d'une cinquantaine ; malheureusement, il est très difficile de déterminer avec quelque précision les modèles, même hypothétiques, des contes de Boccace. Les recherches qui se poursuivent ne manqueront sûrement pas d'étendre nos connaissances de ce cote; mais en attendant, il faut nous contenter d'une assez maigre moisson. Deux nouvelles (V, 10 et VII, 2) sont empruntées à la littérature classique, représentée par Apulée *. Quelques échos des romans grecs, évidemment à travers des intermédiaires ({lie nous ne pouvons désigner, sont reconnaissables dans la nouvelle de Cimone et d'Ifigenia (V, 1) 2, et notamment l'histoire d'Habrocome et d'Anthia, de Xénophon d'Ephèsc, parait avoir quelques droits tant sur l'aventure d'Alatiel (II, 7) que dans l'emploi des philtres qui provoquent une mort apparente pour un temps limité (III, 8). Les récits empruntés aux compilations latines du moyen âge sont certainement les plus nombreux, et c'est dans ce domaine surtout que des identifications nouvelles peuvent être attendues : Boccace connaissait assurément la Disciplina clericalis de Pierre

1. L. Di Francia, Giorn. storico, t. 44, p. 5 et 12. — Un ms. d'Apulée ayant appartenu à Boccace, et écrit de sa main, nous a été conservé (llecker, Boccaccio-Funde, p. 34-35).

2. Voir E. Rohde, Der grUch. Roman, Leipzig-, 1900, p. 572 et suiv.

Alphonse1, la Légende dorée, les Gesta Romanorum2, le roman des Sept Sages2, le Spéculum historiale de Vincent de Beauvais. Ce dernier ouvrage a une importance particulière, car le conteur, qui l'a cité dans sa « Généalogie des dieux païens4 », lui doit l'histoire de frate Alberto qui se fait passer pour l'ange Gabriel (IV, 2), et surtout deux récits, tirés par Vincent des œuvres du moine Helinand, et repris par Boccace dans deux intéressantes nouvelles (V, 8 et VII, 10) 5. Bien des rédactions en prose ou en vers, comme la Comœdia Lydiœ (VII, 9) 6, formant des opuscules séparés, et qui par suite sont plus facilement tombés dans l'oubli, ont dû être connues de lui.

Parmi ses prédécesseurs italiens, Boccace a certainement eu sous les yeux le Novellino, dont il se rapproche au moins dans trois contes de sa première journée : les trois anneaux7, le moine et son abbé8 et la dame de Gascogne qui fait rougir de sa faiblesse un roi de Chypre9. Une nouvelle siennoise du xme siècle paraît

1. Nouvelles VII, 4; VIII, 10; X, 8, d'après L. Di Francia (t. 44).

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