LES IMPROVISATEURS
La littérature française est savante, et surtout la poésie. Il y. a divorce complet entre la langue des lettrés et la langue du peuple. Nos campagnes n'ont gardé que des vestiges à peine appréciables de poésie populaire. Il n'en est pas de même en Toscane. La langue qu'y parle le peuple est absolument pure et littéraire. Les écrivains les plus délicats apprennent à écrire en écoutant parler les paysans. J'ai vu des gens de goût s'arrêter longuement à faire causer lin
charbonnier de la Maremme, et disserter ensuite à loisir sur la justesse de ses expressions, Télégance grammaticale de ses tours de phrase.
Cet état de langue est si différent du nôtre^ que nous pouvons à peine l'imaginer. 11 faut avoir vécu parmi les intéressantes populations toscanes, pour le comprendre.
11 existe là une race de paysans dont le langage n a été déformé par aucune influence étrangère, aucun argot, aucune habitude vicieuse. Tandis que l'italien, tel que le parlent les hautes classes, s'avilit constamment et nécessairement par les gallicismes et les modernismes, la langue pure et classique se conserve intacte dans quelques cantons reculés.
Ce phénomène, que les livres de Giuliani ont bien mis en lumière, je Tai observé moi-même dans la vallée du haut Arno'.
Je le trouve constaté de nouveau dans un
■ Voir plus haut page 256. Voir aussi : G. Magherini-GrazianiiLe Diable, mœurs toscanes, préface par Henry Cochin.
livre charmant qu'a récemment publié madame la duchesse Ravaschieri ' .
Le témoignage d'une Napolitaine a son prix en cette matière, car les Italiens du Sud raillent volontiers les Toscans pour leur purisme et leur attachement à la langue classique. Mais il n'est vraiment pas possible que Ton aime les lettres et la poésie italiennes^ et que Ton demeure indifférent au charme des paysans toscans.
Je dirai même plus : on connaîtra mal la littérature italienne^ si Ton n'a connu ce peuple^ dont la langue, formée par Dante, est restée, après lui, presque immobile pendant quatre siècles. Le parler du peuple toscan est dantesque, et cela est naturel.
Les lettrés du treizième siècle écrivaient en latin. Si Dante, très délibérément, fit autrement, c'est qu'il voulut être entendu du peuple, et même du petit peuple. Et il s'ap-
* Tcrcsa Filangîeri- Ravaschieri : L'Abeione pistojcse, e le sue speran^e, Ricordi, Napoli, A. Morano, iiS86, i vol. in-i8.
pliqua à écrire un poème dans la langue i^i//- ^j/r^j la langue du petit peuple^ ce que les plus délicats de ses contemporains, et Pétrarque même, lui reprochèrent amèrement '. L'instrument dont il se servit, et qu'il façonna à ses besoins, était -donc essentiellement populaire; aussi^ il n'y avait rien d'extraordinaire à ce que, du vivant même de Dante, des muletiers et des forgerons écorchassent dans les rues les termine de la Divine Comédie^. Il s'en plaignait, mais bien à tort, car c'était cela même qu'il avait voulu.
Par cette action réciproque du peuple sur le poète et du poète sur le peuple, la langue se trouva fixée. Les descendants du muletier et du forgeron parlent aujourd'hui un idiome très semblable à celui de leurs pères. Aussi la littérature italienne, et c'est là son caractère, est populaire. J'ai vu un savetier
' Voir plus haut page 128. Pétrarque parle avec mépris « des foulons, des cabaretiers, des marchands de laine », dont Dante a recherché « les applaudissements et les rauques acclamations ]>. {Ep.fam,, X^\, ib.)
* Voir les Nouvelles de Sacchetti.
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lire Dante à haute voix sur la colline de San Miniato. La duchesse Ravaschieri a trouvé un Arioste dans les mains d'un vieux charbonnier de la montagne pistoyaise.
Ce qu'il y a de particulier, c'est que les formes poétiques aussi sont populaires. La strophe de la Canione est restée, sous une forme simplifiée, dans les Stornelli. La Ter^a rima de la Divine Comédie est bien connue du peuple. Mais la forme métrique que le paysan semble préférer, c'est une des plus compliquées et des plus harmonieuses, le huitain ou ottava rima, qu'Arioste, après Boccace, a tant mise en honneur *.
C'est ce huitain, épique ou lyrique, qui sert le plus aux poètes paysans et aux improvisateurs que la Toscane voit encore naître.
* Je note pour les amateurs de métrique, que Vottava rima n'est pas un huitain parfait. C\s\, en réalité, un sixain en rimes croisées, suivi de deux rimes plates. Voir plus haut p. 41.
Je n'ai moi-même rencontré qu'un seul vrai improvisateur.
Je me rendais de Gênes à la Spezia, par la ligne de chemin de fer qui longe la .mer au pied de l'Apennin ligure. Plusieurs w^agons de troisième classe étaient remplis de soldats d'infanterie^ partant en congé et venant de quelque garnison du Nord. La bande était joyeuse et bruyante, un peu échauffée de vin, je pense. A chaque station, les têtes brunes se mettaient aux portières, et la foule de portefaix, de marchands ambulants, de bouquetières, de mendiants qui encombraient les gares, se groupait devant les wagons, bouche béante, pour écouter.
Il y avait plaisir, en effet. Un soldat, le teint animé, les yeux brillants, la voix tonnante, saisi d'une sorte de fureur poétique, déclamait des vers qu'il improvisait à mesure.
Je n'avais pas idée d'une pareille verve, ni d'une richesse si spontanée de langage et d'images. Le sujet du poème, c'étaient les
circonstances du voyage^ Taspect des lieux, un détail quelconque.
« Nous, pauvres soldats, nous avons été bien loin de notre patrie, dans les montagnes piémontaises, revêtir un habit lourd, et porter de pesantes armes. Aujourd'hui, le cœur joyeux, nous retournons vers nos montagnes natales, notre belle Toscane verte, nos grands arbres à Tombre épaisse.
Enfants de la Toscane, nous vous saluons au passage, vous. Ligures de la Rivière, réjouissez-vous avec nous, car nous allons revoir notre patrie, nos troupeaux, nos mères, nos fiancées... »
Voilà, tel que je puis me le rappeler, le fond de cette déclamation ardente, rythmée, presque chantée, ornée de belles rimes sonores. Puis, c'étaient des détails tristes ou comiques sur la vie militaire, le départ des conscrits, Texercice. Jamais, durant cette longue journée, où j'écoutais à chaque station ce chant sans cesse renaissant, il n'est arrivé au poète de se répéter
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ni de se lasser. C'était un beau spectacle de le voir ainsi^ en face de la mer Tyrrhénienne, sous un brûlant soleil, répandre des flots d'inspiration. Les wagons, les bâtiments banals des gares, tout le laid appareil de la civilisation, ne pouvaient même arrêter mon imagination emportée vers d'autres temps et hantée de rêves antiques.
Les vers étaient-ils bons? eussent-ils supporté d'être écrits? Je ne saurais dire.
Mais une impression profondément poétique m'est restée à Pâme , et quant à ce pauvre soldat, à qui la seule pensée de revoir ses montagnes faisait retrouver la veine de l'inspiration natale, je sais bien qu'il était poète. Je regrette d'avoir ignoré et son nom et le nom de son village, car madame la duchesse Ravaschieri aurait peut-être reconnu en. lui un des poètes qu'elle a rencontrés dans la montagne de Pistoja.
Cette bienheureuse montagne est pleine encore de poètes spontanés. Il en naît de
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deux sortes : les poètes a caso, sortes de rhapsodes, qui récitent les poésies d'autrui, et les improvisateurs. Parmi ces derniers, madame la duchesse Ravaschieri en a connu de bien remarquables, notamment un certain Gigetto, du village du Bicchiere, et un pauvre forestier, connu dans le pays seulement par le nom de son métier, il Carbonajo (le charbonnier) .
Il est toujours difficile de recueillir quelques fragments de cette poésie rustique, car la vue d un crayon et d'un papier arrête net la veine de Timprovisateur. Intimidé déjà par la présence d'un habitant des villes, il prend peur vraiment s'il voit que ses pauvres strophes montagnardes ne s'envoleront pas au vent de la vallée. Il a raison, en. somme. En effet, je relis les quelques strophes qu'il a été possible de saisir heureusement au passage : j'en goûte les beautés naïves et le rythme. Je ne retrouve pas l'émotion que j'ai ressentie à entendre déclamer un soldat d'infanterie, par la por-
tière d'un wagon de troisième classe^ sur la rivière de Gênes.
Madame la duchesse Ravaschieri a eu la bonne fortune de retrouver la trace de la Béatrice, célèbre improvisatrice, admirée jadis par les grands lettrés florentins Giuliani et Tommaseo. La Béatrice est morte il y a quatre ans, chargée d'ennuis et de gloire aussi, car tous les centres littéraires de son pays se la disputaient à la fin de sa vie, lorsqu'elle se décida à descendre vers les villes pour gagner le pain de ses enfants.
Elle avait passé son enfance à garder les brebis de son père. Et elle garda les brebis de son mari quand elle eut épousé le préféré de son cœur, un autre pâtre de la montagne. Elle n'était point belle, mais elle avait des yeux noirs, merveilleusement clairs et honnêtes, qu'elle fixait bravement sur chacun, sans fausse honte ni timidité, semblant vous regarder jusqu'au fond de Tâme. Et écoutez ce que dit d'elle son fils : a Elle était tranquille et allègre tout à
la fois, de sang vif; elle disait des paroles pleines de liberté^ sans offenser pourtant ni Dieu ni le prochain. Elle n'a jamais fait un mensonge dans toute sa vie. »
Le jour de ses noces^ après la joyeuse cérémonie dans Téglise du village, et la fête bruyante telle que les Toscans ont coutume de la célébrer à coups de pétards et de fusilj à grands cris et à chansons retentissantes ^ le soir, après le souper de famille^ les mains dans les mains du bien-aimé, elle improvisa son hymne de bonheur. Les strophes enflammées éclatèrent sous le toit de chaume, et, comme au temps de Théocrite, la couronne poétique enguirlanda les amours pastoraux.
L'hiver, dans la vallée. Tété, dans une cabane solitaire au sommet des monts, où l'on allait chercher pour les troupeaux une herbe plus abondante, elle mit au monde des enfants^ et mena « une vie innocente,
" Voir page 253.
faite de travail et d'amour ». Et sans cesse de Tamour heureux, de la naissance des filsj de leurs grâces enfantines, du chant des oiseaux, des fleurs, du drame éternel des saisons et des triomphes du soleil tout-puissant surgissaient à son âme des flots de poésie.
Et toute sa vie, comme sa poésie, était animée de cette gaieté robuste, que seule peut donner la bonté du cœur et la santé de Tesprit. Elle avait ses peines, et les portait allègrement. La jalousie d'une sœur de son mari, méchante, avare et faible d'esprit, la fit souffrir surtout. Deux fois le mari se laissa persuader par sa sœur, et Béatrice dolente dut quitter ses enfants et sa montagne, et descendre à la ville, pour y gagner quelque argent comme nourrice.
Elle revenait sans rancune, et, parlant de sa persécutrice, elle disait : « La pauvre ! Il la faut plaindre I Elle n'avait point de cervelle, et n'a pas pu trouver de mari. Et moi, je mène ma vie en grand contente-
ment. Femme plus heureuse que moi, on n'en a jamais vu! » Et elle ajoutait : a Je donne la fête à mon village en chantant du matin jusqu'au soir, et quand quelque souci me prend, eh bien, je me mets à chanter! »
La fécondité poétique de cette femme était chose incroyable. Elle acceptait les défis de tous les chanteurs de la contrée, et demeurait toujours victorieuse. Ces défis poétiques, restés en usage dans l'Apennin pistoyais, font paraître une incroyable facilité de versification, car les concurrents doivent toujours reprendre en improvisant les rimes Tun de Tautre. Tous les sujets étaient bons à la Béatrice, « Téloge de son village, les produits de la terre, le rayon du soleil ou celui de la lune, les villes, les paysans, la richesse, la pauvreté ».
La lutte la plus fameuse que soutint la
Béatrice fut contre un forgeron du Lucquois,
fort renommé dans son pays. Elle dura une
semaine. On commençait le matin et Ton
finissait le soir, et tous les paysans de la montagne étaient là, en rond, à écouter, bouche béante. Enfin, le forgeron resta court, et le fils de Béatrice, racontant ce haut fait, ajoutait triomphalement : « Maman continua à chanter, et elle ne se troubla pas un instant. »
La vie de Béatrice fut traversée par une grande catastrophe. En i836, Thiver, un effroyable ouragan de neige et de pluie bouleversa la montagne. Les torrents gonflés se réunirent et firent un lac dans la vallée. Les terres glissèrent dans les pentes, et, au milieu de la nuit, les humbles cabanes couvertes de chaume et de pierre sèche s'effondrèrent sur les habitants, entraînés dans un écroulement incompréhensible. Le cœur maternel de la Béatrice se déchira pendant les jours de misère, de froid et de faim qui suivirent le cataclysme. Alors, pour la première fois de sa vie, devant l'horreur de la souffrance, elle se trouva sans force pour chanter. Elle Ta dit elle-même, bien des
années plus tard^ dans des vers singulièrement énergiques :
« Quand ma maison s'est écroulée^ il me sembla que mon sang coulait de toutes mes veines. J'avais au sein une petite créature.
La force me manquait pour la nourrir et à elle pour respirer. Et mes pieds ne voulaient plus marcher. La poésie en moi perdit toute sa vigueur, et, en voyant ce terrible malheur, je demeurai ensevelie dans une angoisse immense. »
Ce fut une vie de peine et de labeurs désespérés. Puis, avec le temps, la paix revint, et alors, comme elle le disait, en soupant avec ses enfants, et en buvant le beau vin sanglant des coteaux de Toscane, il lui arriva de « retrouver les strophes au fond de son verre ».
Mais à chacune des douleurs de la vie, elle vit ainsi se tarir la veine poétique.
<c Avec une épine dans le cœur, disait-elle, comment voulez-vous que Ton chante? »
Ainsi, après la mort de son fils aîné, ses
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amies, ses parents avaient beau réclamer d'elle la fête coutumière de ses chansons.
Elle avait sans cesse devant les yeux cet enfant de vingt-deux ans, qui lui avait dit : « Maman, je voudrais bien être heureux de mourir... mais je ne peux pas, j'aime tant la vie! » Et elle ne pouvait plus rien faire que travailler et prier. Car les vers ne lui venaient que dans l'allégresse de son âme.
Cependant, la nécessité la contraignit. A la fin, elle ne chanta plus pour réjouir les siens, mais pour gagner leur pain. Son chant ne devait finir qu'avec elle. Son mari était mort, des petits-fils lui étaient nés. La cherté de toutes choses , l'augmentation des impôts, les mauvaises années avaient vite amené la misère au pauvre village du Pian degli Ontani. Et Béatrice était devenue célèbre : on la demandait dans les villes, et elle s'y laissait entraîner par pitié pour les siens.
Giuliani et Tomaseo , deux ardents apôtres de la nouvelle Renaissance italienne.
étaient venus la voir. Elle leur parlait^ à moitié en vers, à moitié en prose, dans cet idiome si juste et si figuré, qu'ils notaient avidement, mot par mot, comme un inestimable héritage des grands siècles de la langue.
La belle âme de Giuliani avait gardé de ses propos le souvenir le plus ému.
a Je suis si ignorante, lui disait la Béatrice, que je ne sais qu'en dire. Ce qui me vient sur la langue, je le jette dehors, et les gens restent là à m*écouter. Mais quoi ! Je ne connais même pas la Sainte-Croix qui est en tête de Talphabet ! Je vous vois là, vous qui savez écrire sur les papiers, et je me sens toute confuse d'être sans aucune science! »
Les propos se prolongèrent de longues heures, et quand Giuliani la quitta, Béatrice chanta encore, et lui dit :
« Vous qui voyagez sur la terre et la mer, soyez toujours heureux en route ; vivez en paix et en bon courage, n'ayez jamais à
lutter contre le danger^ et, au retour, puissiez-vous retrouver les baisers de votre mère!
— Au ciel ! ...» dit Giuliani, car sa mère était morte.
Ils étaient émus tous les deux, et gardèrent un instant le silence.
« — Allons, reprit la Béatrice, portez-vous bien et soyez heureux; revenez une autre année chez nous... Je prierai Dieu de faire que nous puissions vous revoir encore...
De toutes façons, nous nous reverrons au paradis... Là ! là ! on chantera vraiment. »
Je sens amèrement l'infirmité d'une langue étrangère pour rendre la grâce originale de ce parler charmant. Ce peuple, comme le dit madame la duchesse Ravaschieri, est « le dépositaire heureux de la vraie langue ».
La Béatrice est devenue vieille, elle ne peut plus travailler. Devant sa porte, l'hiver, les jours de neige, elle s'assoit sur un banc et jette des miettes aux petits oiseaux ;
ce Ah! si VOUS aviez vu, dit le fils, comme ils venaient, et combien il y en avait autour de maman ! »
Le dimanche, à grand'pcinc, elle faisait ses deux heures de route pour aller à la messe, et, parfois, bien lasse, et toute trempée de pluie, elle disait au curé : « Que voulez- vous, nous sommes de pauvres oiseaux dans une pauvre vallée ! » A l'église, dans une extase sainte, elle priait en vers, et c'était plaisir de Tentendre, et le prêtre lui-même se taisait pour Técouter.
Elle finit ses jours en priant, en chantant et en berçant ses petits-enfants. Le dernier chant qu'on ait entendu, murmuré à demivoix, sortir de ses vieilles lèvres tremblantes, est une berceuse, ce que les Toscans appellent Ninna-Nonna :
« Ninna-Nonna, que Jésus t'endorme ; que la Madone fasse ton lit !
« Ninna-Nonna, que ton sommeil soit doux ; que ton lit soit fait en Paradis ! »
Enfin, elle mourut, pleine de paix et de
joie, aspirant à revoir ses morts, et rendit à Dieu cette âme d'où avait coulé à flots pendant tant d'années le bienfait de la plus naturelle et la plus haute poésie. On Tenterra à la fosse commune j car elle était pauvre.
Elle y aurait reposé dans l'oubli et le silence, sans la grande dame napolitaine à qui nous devons de pouvoir honorer cette pieuse mémoire. Une plaque de marbre a été posée dans le cimetière de village, en mémoire de :