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CHAPITRE XXV

Post-Dénoûment. — Conclusion.

M'i<^neorgelte, toute pensive etattristée, caressait son cliat et regardait son serin. Le chat ronronnait, le serin chantait. Le père Rigoberl se promenait dans la petite chamlire, jetant à la dérobée des regards inquiets sur sa nièce, et frappant de temps à autre l'extrémilé de sa jambe de bois sur le parquet. Une demi-heure s'écoula, M"^ Georgelte caressait toujours son chat et regardait toujours son serin ; mais ses yeux s'étaient comme à son insu voilés de pleurs. La nièce de Rigobert pleurait! Le vieux, soldat qui l'avait toujours vue rire' s'arrêta frappé de stupeur. Georgette éclata tout à coup en sanglots; le père Rigobert sentit le cœur lui manquer.

— Georgette! s'écria -t- il , tu l'aimais donc bien!

— Oh oui! s'écria la jeune fille, se jetant désespérée dans les l)ras de son oncle qu'elle faillit renverser.

— Qui se serait douté que ça fût si fort ! dit le père Rigobert, ftiisant la grimace pour retenir une larme perlant dans ses cils. — Georgette, si tu m'avais dit ça plus tôt, j'aurais été le chercher partout, et je l'aurais trouvé, vois-tu, ou ma jaml)e de bois serait restée en route I Mais tu riais, tu chantais comme d'habitude.

— Je croyais pouvoir l'oublier, je le voulais... j'ai honte de ma faiblesse ! mais c'est plus fort que moi. Oh î je le sens là, c'est pour la vie! et je ne croyais pas moi-même que cela fût possible. Je riais, je cliantais, comme vous dites, mais c'était afin de m'étourdir.

Georgette, l'insouciante et frivole Georgette avait subi le sort commun; elle qui se moquait si fort des amoureuses, elle était devenue amoureuse à son tour, amoureuse pour la vie î disaitelle ; c'était de l'exagération sans doute, mais l'exagération n'est-elle pas fille de la passion ?

Depuis une semaine, le sémillant abbé n'avait

plus reparu, et le père Rigobert, malgré la gaieté factice de sa nièce, s'était parfaitement aperçu de sa jteine secrète. Il s'était bien dit qu'elle devait avoir au cij'ur un tendre sentiment pour cet abbé séducteur, mais il s'était dit aussi que cela ne pouvait être sérieux; et il prenait de l'espoir. Par malbeur, l'absence, eu amour, c'est de l'huile sur le feu, et (ieorgette s'enflamma.

Voir Georgetie triste était déjà un chagrin pour le père Rigobert, la voir désolée était le plus rude coup qui put atteindre sa vieillesse, carsiGeorgette était morte, il ne lui aurait pas survécu.

Le vieux, soldat serrait Georgette sur son cœur et mordait ses moustaches grises, donnant au diable le dieu Gupido.

— Mille arquebuses ! grommela-t-il, faut donc, que ça finisse toujours par là? Une jeunesse! s'amouracher d'un abbé! si c'était encore un garde-française !

Ce? mots du pèie Rigobert furent d'un effet magique ; la porte s'ouvrit, et un garde-française de la plus noble mine parut sur le seuil.

Rigobert, malgré son émotion, n'enfreignit pas la discipline et salua militairement.

— Qu'y a-t-il, mon capitaine?

— Ce qu'il y a! Saint-Léonidas! un abbé de moins, un garde-franraise de plus!

Georgette releva la tête, regarda, sourit, lendit les bras et s'évanouit.

La pâmoison fut courte ; le père Rigobert jeta un verre d'eau fraîche au visage de sa nièce, et, tandis qu'il tournait le dos, le capitaine embrassa Georgette sur les lèvres; c'était plus qu'il n'en fallait: Georgette ouvrit ses yeux rouges encore, et parut si heureuse, que le garde-française n'en demanda pas davantage.

— Père Rigobert! s'écria-t-il , à quand la noce ?

Le vieux soldat était plus étourdi que s'il avait entendu siffler vingt boulets à ses oreilles.

— L'abbé I l'abbé! c'est vraiment prodigieux! comment se fait-il ?

— Lisez, dit le capitaine, et il remit à Rigobert le bre\et qu'il avait reçu des mains mêmes de la Régente.

Pendant que son oncle parcourait le brevet du ci-devanl abbé, Georgette contemplait avec admiration son brillant irarde-française, qui se laissait faire complaisamment. La fierté qu'il ressentait de son nouveau. costume le rendait plus avenant encore ; la [)lume de son feutre, son manteau

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brodé, sa rapière luisante, tout cela flottait autour de lui avec aisance et grâce. Georgelte était ravie, le capitaine plein d'amour et d'orgueil.

— Monsieur le baron de Montaran ! s'écria le vieux soldai.

— Et douze mille livres de rente !

— Ma nièce est à vous, dit Rigobert d'un ton superbe.

— Grand merci , mon oncle ! répondit Montaran.

— Vous ne m'avez pas demandé mon consentement, à moi? dit Georgelte ivre de joie.

— Je comptais le prendre.

— Comment?

— Sur vos lèvres.

— En ce cas, c'est déjà fait, murmura Georgelte.

Le lendemain de ce jour, Marie de Médicis scellait la réconciliation des seigneurs de la cour, et le cbevalier de Guise partait pour la Provence, accompagné de sa fiancée et du marquis de Saint- Ange. N'oublions pas le fidèle Elle, qui ne voulut plus se séparer de son maître, et qui, sauf quelques peccadilles, était J)ien le meilleur garçon de la terre.

Les bohémiens élurent domicile dans le bois de^

Yincennes, où ils demeurèrent tant que Louis XIII régna. Peppo épousa Carina, comme Drégo avait épousé Fredgi; et tous quatre, renonçant à la vie nomade, entrèrent au service d'un fermier général, sur la recommandation de la Régente. Je ne vous dirai point s'ils vécurent longtemps, ni s'ils eurent beaucoup d'enfants, car je n'en sais absolument rien.

Ermance de Saint-Ange épousa le noble clievalier de Guise à son arrivée à Arles , la ville du roi René, cité remplie de souvenirs et par conséquent de ruines et de tombeaux. Ermance y fut heureuse. Cette douce folie qui, par éclairs, emportait soa âme vers l'infini et surexcitait en elle une exaltation qui lui procurait des extases divines, et les inspirations spontanées du génie; cette douce folie, disons-nous, reprenait quelquefois dans ses longues promenades au bord du Rhône, au cloître Saint- Tropliyme ou aux Aliscamps.

Le chevalier s'en inquiéta, l'n soir, il serra la main de sa femme dans les siennes, et, la regardant avec tendresse :

— Ermance, dit-il' qu'avez-vous à regretter?

— Rien, mon ami, répondit-elle, sinon l'espérance du bonheur qui devait être mon partage.

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De Guise sourit à cette phrase amphibologique.

Ermance avait raison, l'avenir vaut toujours mieux que le présent ; mais il y a certainement quelque chose qui vaut encore mieux que l'avenir... C'est le passé!

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