‹ Bohémos, comédie en un acte en versChapitre 18 sur 20 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Mais comme un travailleur ses outils sur l'enclume Laisse surtout traîner, humides de leur brume, Fleuron de ta couronne et fleur de ton jardin, Les livres non coupés du vieux pays d'Odin! Sois dans le mouvement : parle Scandinavie! Montre par son génie une Grèce asservie; Soutiens que nos auteurs ne sont que des pillards; Que la clarté nous vient du pays des brouillards; Que tu rêves enfin, au ciel bleu de TAttique, Le soleil endeuillé de leur nuit exotique!

péruvone, abasourdi.

Le soleil et la nuit?... La drôle de chanson! Laisse-moi digérer ma petite leçon.

LÉONIDA.

Pour digérer déguste une liqueur parfaite :

Un petit verre de vanité satisfaite!

Vois : des esprits fameux et quelques gens bien nés

Dans ta porte déjà risquent le bout du nez...

BOHÉMOS. '

Et bientôt ton esclave, au seuil du vestibule,

Va jeter les grands noms de notre péninsule.

La bataille est gagnée. AUons, tacticien,

Fais un nouvel effort : es-tu musicien?

Est-ce enfin le vieux rythme ou la jeune harmonie

Qu'on prône aux bords lointains de votre colonie?

PÉRUVONE.

La musique chez nous?... Des cris, des sifflements, Qu'accompagnent des chœurs de petits grognements.

LÉONIDA.

C'est moins simple chez nous où sévit la manie D'adorer tous les bruits venus de Germanie! Ah! mon pauvre Xerxès! nous te sauvons à temps Du déshonneur d'aimer les vieux refrains chantants. Aussi, dès maintenant, avec exubérance Sois pour le bruit savant, la belle dissonance,

Pour'leg sons tortillés, stupeur des ignorants, Pour le faux presque juste et les accords souffrants! Mais ce sens qui te manque, il faudra qu'on l'éveille.

pkruvone, donnant de V argent.

Je pj^îrai!... Je paîrai pour avoir de l'oreille, Pour avoir de l'esprit et pour avoir du goût! QucTne faut-il encore?

HOUÉMOS.

Un soupçon de bagout.

Être un joli causeur... causant pour ne rien dire. Trancher comme un augure et s'écouter sans rire. Etre un de ces cerveaux que notre âge a produits, Parlant du son des fleurs... de la couleur des bruits ; Dardant partout ses nerfs comme des tentacules; Pesant des « rien du tout » sur d'infimes bascules; Ayant pour son époque un souverain mépris; Promenant un dédain de génie incompris... Un moderne penseur, en un mot, qui regarde Tous les matins le monde en trouvant qu'il retarde! Mais Athènes déjà cherche ton amitié, On te flatte, on te dit : Mécène au petit pied...

PÉRUVONE.

Mécène au petit pied? Je le suis?

ROnÉMOS.

Tu vas l'être !

Flanque au nez de certains quelques jolis « Cher maître Sois l'homme à double vue et le fin connaisseur Qui dans chaque raté devine un précurseur. Sois la couveuse d'art sur qui chacun se règle, Qui d'un œuf de dindon vous fait sortir un aigle ! Acquiers, pour les amis qu'il te faut divertir, Ta trirème à Corinthe et tes chasses à Tyr; Répands le miel qu'il faut pour attirer les mouche* ; Jette l'appât qui plaît à chacune des bouches ; Et tu peux retirer ton masque d'étranger : Le pacte s'est signé dans la salle à manger!

SCEXK V M

péruvone, transporté de joie.

Roi des Athéniens!

. BorïÉMOS, lui indiquant le banc au fond.

Monte là-dessus, vite !

Pour voir passer le roi qui nous a fait visite; Suis tous ses mouvements, c'est l'unique moyen De prendre à bon marché la leçon de maintien Qui d'un lourdaud va faire un élégant d'Athènes!

péruvone monté sur le banc.

Passera-t-il bientôt?

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