PRÉFACE
i Boilean est le plus contesté de nos poètes classiques, en revanche, il est un des plus populaires. Depuis près de deux siècles, aucun gouvernement, aucun système d'enseignement ne Va retranché des études nécessaires . Nous apprenons à lire dans ses ouvrages; nous en sommes imbus; Boileau est dans nos veines. On n'est pas libre en France de ne pas lire Boileau.
M. Nisard, qui parle de la sorte, conclut, en se posant cette question, qu'il se hâte d'ailleurs de résoudre affirmativement :
— Ne serait-ce point, comme faisant partie de l' autorité publique, qu'il a leprivilège d'être contesté?
Ceux qui Vont contesté davantage, mordillant en vain sur cette renommée de granit, ce
sont ceux qui composent la nation, que le satirique définissait plaisamment « cette nation farouche des mauvais poètes qui prend feu si aisément, qui est si avide de louanges, et qui digère si difficilement la joaillerie ».
Nous allons, nous aussi, essayer de redire, sinon avec des considérants nouveaux, du moins sous une forme nouvelle, pourquoi Boileau est tout à la fois le plus contesté et le plus populaire de nos grands poètes du Grand Siècle.
Rien, ce nous semble, dans les travaux savants auxquels se sont livrés les biographes et les commentateurs, n'a échappé à nos consciencieuses recherches. Peut-être, pourrons-nous revendiquer la modeste gloire d'avoir ajouté quelque menue brindille à cette gerbe superbe. Mais, ce que nous avons surtout ambitionné, c'est V humble jouissance de remettre, en ce qui nous a semblé être son vrai jour, le portrait du poète du bon sens, défiguré par les uns et obscurci à plaisir par les autres.
Sans dissimuler les lacunes, — nous n'osons dire, par crainte de manquer au respect qui lui est dû, les défauts de Boileau, — nous avons
essayé de le replacer sur son piédestal d'autrefois, tel que V admirèrent et aussi V aimèrent nos devanciers, car Boileaufut aimé et il méritait de l'être.
PuissionS'7ious V avoir démontré, pour la gloire des lettres françaises et Vhonneur du Grand Siècle.
Marseille, ce i5 juin 1890
éûûûûéééi