Autres vers de la Pucelle
Passons maintenant aux Épîtres^ et à la seconde phase du talent de l'auteur ; elle va de 1669 environ , à 1677. « Elle comprend le satirique encore, mais qui déplus en plus s*apaise, qui a des ménagements à garder d'ailleurs en s'établissant dans la gloire, déjà sur un bon pied à la Cour; qui devient plus sagement critique dans tous les sens, législateur du Parnasse en son An poétique, et aussi plus philosophe dans sa vue agrandie de l'homme (Épître à Guilleragues), capable de délicieux loisirs et des jouissances variées des champs (Épître à M. de Lamoignon), et dont Timagination reposée et nullement refroidie sait combiner et inventer des tableaux désintéressés y d'une forme profonde dans
leur badinage, et d'un ingénieux poussé à la perfection suprême, à Tart immortel *. » — Ce sont les œuvres de Fâge viril .
L'âge Yiril, plus mûr, inspire un air plus sage, Se pousse auprès des grands, s'intrigue, se ménage, Contre les coups du sort cherche à se maintenir, Et loin dans le présent regarde Tavenir .
On raconte que, quand le poète lut au Roi ce passage de VArt poétique, le Roi le lui fit répéter, soit par goût, soit par malice, ou par l'un et l'autre. Dès sa première Épître, le poète lui avait offert sa plume :
C'est par toi qu'on va voir les Muses enrichies
De leur longue disette à jamais affranchies .
Grand Roi , poursuis toujours , assure leur repos .
Sans elles un héros n'est pas longtemps héros :
Bientôt, quoi qu'il ait fait, la Mort d'une ombre noire
Enveloppe avec lui son nom et son histoire.
En vain , pour s'exempter de l'oubli du cercueil ,
Achille mit vingt fois tout Ilion en deuil ;
En vain , malgré les vents , aux bords de l'Hespérie
Énée enfin porta ses Dieux et sa patrie ;
Sans le secours des vers , leurs noms tant publiés
Seraient depuis mille ans avec eux oubliés .
Non, à quelques hauts faits que ton destin t'appelle,.
Sans le secours soigneux d'une Muse fidèle