‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 3 sur 79 · De la Connaissance de Dieu et de soi-même · texte numérisé non relu

De la Connaissance de Dieu et de soi-même

2. Des beautés , des nouveautés , des faussetés, — Voltaire encore, que Ton rencontre partout, avait dit de Tauteur de la la Vision en Dieu :

Lui qui Toil tout eu Dieu, n'y voit pas qu'il est fou.

( Les Sy ^ ternes. )

3. Fénelon aussi, dans ses lettres, va jusqu'à dire que la Raison et Dieu ne sont qu'un, a Raison ! n'es-tu pas le Dieu que je cherche? » — Et par là il rejoint Descartes.

Dans la peinture comme dans la littérature , c'est à la Raison d'ahord qu'on demande les règles de la composition ainsi que du style. Lebrun et Poussin semblent des disciples de Descartes non moins que Corneille, Racine et Boileau. Eux aussi subordonnent l'imagination au bon sens, et sacrifient à l'idée générale du sujet les détails ingénieux, mais oiseux ou vulgaires , qui distrairaient l'attention. Lebrun , dans un mémoire lu en séance publique de l'Académie royale de peinture et de sculpture, le 10 octobre 1682, soutient contre Jean-Baptiste de Champagne (neveu et élève du célèbre peintre Philippe du

et avec tant d'impétuosité qu'il semble quelquefois dépasser la mesure; par exemple, lorsqu'il dit:

xVimons donc la Baison. Que toujours nos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.

Formule excessive, si on la détachait de tout le reste. Mais, d'autre part, dès le début de l'Art poé- ^ tique, il dit nettement qu'on ne peut rien dans , « l'Art des Vers » sans le don naturel, sans la fa- '""culté poétique, qui est bien l'imagination. Il recony naît donc que cette faculté est un élément nécessaire de la poésie :

C'est en vain qu'au Parnasse un téméraire auteur Pense de l'Art des Vers atteindre la hauteur S'il ne sent point du ciel l'influence secrète, Si son astre en naissant ne l'a formé poète.

Il s'en faut donc bien que Boileau proscrive l'imagination; mais il la veut réglée par le bon sens, subordonnée à la Raison; et cela dans les plus petites œuvres comme dans les plus grandes :

même nom ) que Poussin a très bien fait de retrancher de son tableau d'Éliézer et liébecca les dix chameaux dont parle l'Écriture, premièrement parce que dix chameaux auraient fait en tout cas, dit-il, « une élrange caravane » ; secondement, parce qu'il faut, en peinture comme dans les autres arts, « rejeter du sujet les objets bizarres qui pourraient débaucher l'œil du spectateur et l'amuser à des minuties ». — Voir aussi La Bruyère, ci-dessous, p. 137.

II faut, même en chansons, du bon sens et de Tart*.

Est-ce tout ? Non ; il y a un troisième élément nécessaire. Ce n'est pas seulement l'imagination, c'est aussi la passion qui est indispensable au poète :

Que dans tous vos discours la passion émue Aille chercher le cceur, réchauffe, le remue.

Particulièrement la passion de l'amour :

De cette passion la sensible peinture ^

Est pour aller au cœur la route la plus sûre.

Et le moyen de la bien peindre, si on ne la connaît par expérience?

C'est peu d'être poète, il faut être amoureux '.

Après cela, l'auteur revient à son point de départ, la Raison en tout et toujours. Principalement dans l'œuvre dramatique, quelque passionnée qu'elle doive être ; c'est là que tout ce qui n'est pas de bon sens cloche :

Mais la scène demande une exacte raison .

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