SensiblCy expressive
3. Racine, de même, dans une lettre de sa jeunesse, dit que « l'Amour est celui de tous les dieux qui sait le mieux le chemin du Parnasse ».
Il en est de Tœuvre dramatique à peu près comme de la statue : il faut que, 4&ns tous les aspects, la raison, la justesse soient satisfaites; il n'y a pas moyen d'éluder, de tromper, comme dans la peinture ; la statuaire est le plus probe de tous les arts ; la scène ensuite.
Qu'on ne se méprenne donc point à cette formule absolue, « la Raison... elle seule i>. En réalité, on le voit, la Raison, l'Imagination et la Passion, voilà pour Roileau la Trinité poétique ; mais la
^ Raison est la première personne divine . C'est d'elle aue tout doit procéder, c'est elle qui doit tout gou-
Cveraer, c'est à elle que tout doit obéir. C'est donc pour elle qu'il s en va guerroyant contre tous ceux qui en méconnaissent l'empire; contre les écrivains de mauvais goût, de mauvais sens. U les traite comme des rebelles : point de quartier ! La bataille dure longtemps , sans trêve ni merci. Enfin il vient à bout de la Fronde littéraire, comme Louis XIV de la Fronde politique; il rétablit l'ordre sur le Parnasse, comme a fait le Roi ^ dans l'État. L'un et l'autre rassemblent et disciplinent les forces éparses de la France.
Mais, à l'excès de l'anarchie, succède l'excès opposé : en littérature ou en politique, c'est la réaction ordinaire (comme, en physique, la loi d'oscillation) : après que l'ordre a été en souffrance, c'est la liberté qui pâtit. Boileau , comme Malherbe, serre
trop le frein. Son esprit est drat, mais rigide. H manque de flexibilité. D a ses borne» el ses laconcs- Nul ne possède tous les talents.
Non omnia postumus omnei K
La Natare, fertile en esprits ex-^crllenîs , Sait entre les aa'eurs , partager le? talents.
Mais, quels que soient les partages, on poit dire d'une manière générale qu'il y a deux ordres de poètes. Dans le premier, les génies qui conçoivent et nouent fortement des œuvres puissantes, créent des caractères, plantent des personnages debout, aussi vivants et plus durables que le commun des êtres humains mis au monde par la Xature. En second lieu, les écrivains qui, ne possédant ni assez de force ni assez de feu pour créer de telles œuvres , n'ont que des inspirations partielles, l'imagination des détails. Les premiers, un Homère ou un Shakspeare, sont des océans de fécondité, dont chaque goutte contient mille germes de vie ; les autres ne sont que des vases qui puisent un peu de Teau des premiers. Boileau a très peu d'invention d'ensemble. Il montre plus de bon sens que de génie. — Mais c'est le bon sens qui est son génie. La haine du faux, l'amour du vrai, voilà sa passion, sa flamme.
Rien n^est beau que le vrai , le vrai seul est aimable.
i. VijgUe.
Sa veine poétique n'est pas abondante ; son talent manque de souffle , d'originalité : on sent trop souvent dans ses vers le travail, la réminiscence; les cadres et les détails, il imite tout : Horace ayant fait des Satires, des Épîtres, un Art poétique, Boileau fait des Satires, des Épîtres, un Art poétique. Mais, lorsqu'il est bien inspiré, et par lui-même çà et là, il parle d'or. Et puis, chose non indifférente à la qualité du talent, c'est un honnête homme et un brave cœur, chez qui le sens critique se double du sens moral. Sa sensibilité et sa raison ne font qu'un. Avec quel ferme accent il dit :
Le vers se sent toujours des bassesses du cœur.
Aussi , en son genre et dans ses limites , ne laisset-il pas d'être admirable. — « Celui que j'admire entre tous » , dit un homme qui ne faisait pas profession de littérature, mais qui jugeait d'autant plus impartialement les littérateurs , et dont le parler franc - comtois sonnait haut et ferme, « celui que j'admire entre tous, non pour sa puissance poétique, mais pour l'intégrité de sa raison, c'est Boileau * ».
Sainte-Beuve , après l'avoir un peu méconnu dans le temps de sa jeune ferveur romantique, plus tard fit amende honorable, lui rendit justice et hommage. « Saluons et reconnaissons aujourd'hui, dit-il,