‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 42 sur 79 · Mot pris de Juvénal · texte numérisé non relu

Mot pris de Juvénal

que, par ce genre de vie, il ait à la fois ruiné sa santé et dissipé le peu qu'il possédait.

Épris de la littérature italienne des Marini et des Tassoni, c'est-à-dire du genre précieux et du genre burlesque tour à tour, il avait débuté, vers 1619, par une Ode à la Solitude, qui avait eu trop de succès; dans laquelle se trouve une strophe qui n*est pas mal, encore qu'un peu maniérée :

Tantôt délivré du tourment

De ces illusions nocturnes (les rêves) ,

Je considère au firmament

L'aspect des flambeaux taciturnes;

Et , voyant qu'en ces doux déserts

Les orgueilleux tyrans des airs

Ont apaisé leur insolence,

J'écoute , à demi transpor'.é ,

Le bruit des ailes du Silence

Qui vole dans Fobscurité.

Image aventureuse et affectée, mais poétique. Cette ode a été imprimée à tort dans les OEuvres de Théophile, parce que celui-ci en avait composé une sur le même sujet et avec le même titre.

Après cette velléité de lyrisme. Saint- Amant abandonna le genre romantique pour le genre pantagruélique; gai compagnon, facile, content de lui, peu travailleur, il se mit à chanter le vin , le fromage de Brie, le fromage de Cantal, le melon. Il raconte Torigine de ce roi des fruits, puis sa première ap-

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parition sur la table des Dieux , le jour où ils célébrèrent par un festin la (Jéfaite des Titans. Chaque dieu apporta son mets et son fruit : Thalie, de la part d'Apollon, présenta le melon (la rime y est peut-être pour quelque chose), et le melon obtint le prix t au jugement des gourmets immortels.

Après avoir flotté de Théroïque au burlesque, Saint-Amant essaya de les mêler ensemble dans « le Passage de Gibraltar, caprice héroï-comique ». (Notons cette appellation, que Despréaux tout à l'heure prétendra avoir employée le premier en France.) C'est là que le poète dit à Atlas :

Relève -toi, vieux croeheteur.

Bannis la crainte qai te glace, Et prends garde à ce que tu fais , Si tu ne veux perdre la place.

De monarque des porte -faix.

Dans une autre pièce, il accable d'imprécations la ville d'Évreux,

Où Ton voit plus de trente églises, Et pas un pauvre cabaret!

Un de ses autres poèmes, Romeridiaile, fit mettre l'imprimeur en prison; châtiment un peu sévère, pour une mauvaise pasquinade :

Il VOUS sied bien , monsieur le Tibre , De faire ainsi tnnt de façon , VoQs dans qui !e moindre poisson A peine a le mouvement libre !

Il vous sied bien de vous vanter D'avoir de quoi le disputer A tous les fleuves de la terre , Vous qui y comblé de trois moulins, N'oseriez défier en guerre La rivière des Gobelins !...

Piètre et barbare Colisée Exécrable reste des Goths, Nid de lézards et d'escargots..*

Au jugement de Boileau , qui fait d'une pierre deux coups, Saint-Amant « s'était formé du mauvais de Régnier , comme Benserade du mauvais de Voiture ». C'est-à-dire, le premier du plus trivial de l'un, et le second du plus pointu de l'autre. Saint-Amant cependant avait peut-être plus de facilité naturelle , plus de veine poétique que Boileau . Mais c'était une veine déréglée, sans choix, sans goût ; et sa vie dissolue l'entraîna peu à peu aux choses vulgaires et basses. Tallemant des Réaux disait de lui : « D a du génie , mais point de jugement. » Le mot de Despréaux est donc très juste :

Saint- Amant n'eut du Ciel que sa veine en partage.

Oui, sa veine seule, veine un peu bourbeuse, qui alla s^épaississant dans une vie sensuelle et grossière .

Analogue fut la destinée de Coippeau Dassoucy ^ , « Empereur du Burlesque » , ainsi qu'il se nomma. Musicien et poète, lui aussi, dissipant sa vie, débuta par quelques essais d'un genre élevé, puis tomba dans le bouffon.

Il a écrit ses Aventures burlesques , qui ressemblent d'avance à celles de Gil Blas. Flanqué de deux petits pages musiciens, VaJentin etPierrotin, il s'en allait de ville en ville, jouant du luth et du théorbe, rencontra à Lyon Molière et les Béjart, et resta trois mois avec eux , « parmi les jeux, la comédie et les festins » ; il les suivit à Avignon.

1. Né en 1605, à Paris, rae Saint-Étienne-des-Grès (an^oardirai rae G^jas ).

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Eq cette docte compagnie Que je repaissais d'harmonie , Au milieu de sept ou huit plats, Exempt de soin et d'embarras Je passais doucement la yie.

Jamais plus gueux ne fut plus gras.

Emprisonné à Montpellier, à Rome, à Paris, c'est en sortant du Châtelet qu'il écrivit ses Aventures.

11 fit aussi une parodie des Métamorphoses d'Ovide, sous ce titre : Ovide en beUe humeur; et une autre, du poème de Claudien, le Ravissement (le rapt) de Proserpine, Ses bouffonneries énormes excitèrent les critiques même de ses amis, Chapelle, Cyrano, Loret. Boileau lui porta le dernier coup par ces deux vers de F Art poétique :

Le plus mauYais plaisant eut ses approbateurs, Et, jusqu'à Dassoucy , tout trouva des lecteurs .

Dassoucy essaya de riposter par une apologie du genre burlesque. Prenant en môme temps la défense de Scarron, attaqué au môme endroit que lui , il se mit à traiter Boileau de poète à la glace, de « stoïque constipé )» , et se railla de ces deux vers, particulièrement du second et de ce tout trouva peu harmonieux, a Ahl cher lecteur, s'écriait- il ^ si tu savais comme ce tout trouva me tient au cœur, tu plaindrais ma destinée! J'en suis inconsolable, et ne puis revenir de ma pâmoison , principale

meut quand je penso qu'au préjudice de mes titres, dans ce vers qui me tient lieu d'un arrêt de la Cour du Parlement, je me vois déchu de tous mes honneurs , et que ce Charles Dassoucy, d'Empereur du Burlesque qu'il était, premier du nom, n'est aujourd'hui, si on le veut croire, que le dernier reptile du Parnasse et le marmiton des iMuses. Que faire, lecteur, en cette extrémité, après l'excommunication qu'il a jetée sur ce pauvre Burlesque si disgracié? Qui daignera le lire, ni seulement le regarder, dans le monde, sur peine de sa malédiction?... Voilà, cher lecteur, ce que l'on gagne à faire de bons vers burlesques... Mais quoi I il n'est pas nouveau de voir des esprits jaloux pester contre les choses excellenles, et blâmer ce qui passe leur capacité... »

Il ajoute que « le fin Burlesque est le dernier effort de l'imagination , et la pierre de touche du bel esprit »•

Le troisième pojte burlesque , Scarron , a plus d*étoffe , quoique grossière aussi ; une facilité extrême, et une extrême platitude; mais, le genre admis, une gaieté épaisse. « Qu'on n^essaye pas, dit Sainte-Beuve, de distinguer après coup entre le burlesque de Scarron et celui de Dassoucy , comme entre les bonnes précieuses et les précieuses ridicules : Scarron ou Dassoucy , c'était tout un pour Boileau, et il les confondait dans son dégoût. Genre bas , vil , dégradant , détestable , et pour lequel il n'y aurait eu qu'une excuse à donner : c'est qu'il faisait une sorte de contrepoids au genre précieux ; il y fut une manière d'antidote ; ces deux maladies se contrarièrent . Mais Boileau ne voulait pas plus

de Tune que .de Tautre et n'admettait qu'un régime gain pour la santé de l'esprit*. »

Les deux poèmes burlesques de Scarron sont le Typhon, 1644, et le Virgile travesti, 1618 à 1633. D s'y laisse mener par la rime, comme Loret dans sa Gazette, et dit en parlant de Didon :

C'était ane grosse dondon, Grasse, vigoureuse et bien saine; Un peu camuse , à TAfricaine , Mais agréable au dernier point.

Didon est une Phénicienne ; mais il n'y regarde pas de si près , et en fait une Africaine puisqu'elle est en Afrique.

Le chef-d'œuvre de Scarron, dont s'indigne l'auteur de l'Ari poétique , mais dont s'amusait parfois l'auteur des P/atdeurs, c'est Typhon ou la Gigantomachie , c'est-à-dire la guerre des Géants contre les Dieux de l'Olympe. Vous allez retrouver là un échantillon, non cependant le plus ancien, de ce qui a été recommencé de nos jours , sous forme d'opérettes, Oi^phée aux Enfers, la Belle Hélène.

Dès l'antiquité, Stésichore s'était moqué de la belle Hélène, et avait eu lieu de s'en repentir. Hipponax fit des parodies et des poèmes héroï-comiques;

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