Le 21 décembre 1647, à onze ans
la science du Droit civil ; et il m'a paru , étant jeune et voulant l'étudier, que la raison qu'on y cultivait n'était point la raison humaine et celle qu'on appelle le bon sens, mais une raison particulière fondée sur une multitude de lois qui se contredisent les unes les autres, et où l'on se remplit la mémoire sans se perfectionner l'esprit. »
Au Palais comme à la Sorbonne il n'avait donc fait que passer. Mais sa tonsure lui avait valu un bénéfice de huit cents livres, le prieuré de Saiut- Paterne.
La poésie seule l'attirait. Il Usait Malherbe, et s'essayait à l'imiter. En 1656, le bruit courut que Cromwell allait chercher querelle à la France et que l'Angleterre nous menaçait de ses armes. Le jeune homme prend la plume et compose une ode contre les Anglais. Elle débute ainsi :
Quoi ! ce peuple , aveugle en son crime Qui prenant son roi pour victime Fit du trône un théâtre affreux, Pense- 1- il que le Ciel, complice D'un si funeste sacrifice, N*ait pour lui ni foudres ni feux?
Déjà sa flotte à pleines voiles, Malgré les vents et les étoiles, Veut maîtriser tout l'univers, Et croit que TEurope étonnée A son audace fcH'cenée Va céder Tempire des mers.
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Arme -toi, France, prends la foudre :
C'est à toi de réduire en poudre Ces sanglants ennemis des lois.
Suis la Victoire qui t'appelle , Et va sur ce peuple rebelle Venger la querelle des rois...
Après cette strophe, qui tout simplement taisait appel à la France monarchique contre TAngleterre républicaine, on lisait primitivement la suivante :
Oh I que la mer dans les deux mondes Va voir de morts parmi ses ondes Flotter à la merci du Sort !
Déjà Neptune plein de joie Regarde en foule à cette proie Courir les baleines du Nord.
Apparemment ce dernier trait, cette touche de couleur réaliste , risquée par le poète de vingt ans , effraya plus tard sa prudence, et la strophe fut supprimée. La fin de Tode faisait allusion aux anciennes guerres des Anglais contre la France, ce qui amenait dans une dernière strophe le souvenir de Jeanne d'Arc :
Mais bientôt le Ciel en colère,
Par la main d'une humble bergère
Renversant tous leurs bataillons,
Borna leurs succès et nos peines ;
Et leurs corps , pourris dans nos plaines ,
N*ont fait qu'engraisser nos sillons.
Ainsi, chez Boîleau comme chez La Fontaine, ce fut l'influence de Malherbe, toute-puissante alors, qui éveilla le sens poétique. Quant à Télémcnt personnel et à Tinspiration directe de cette première pièce, c'est un noble orgueil national, c'est le sentiment de la patrie *.
A la mort de son père, en 1657, le jeune homme devint libre de suivre sa vocation. Maître d'une modique fortune (environ 12,000 écus, soit 36,000 livres), il renonça à son prieuré. Même il restitua le peu de revenus qu'il en avait touchés; et l'on dit que cette somme servit de dot à une personne qu'il avait aimée et qui entrait en religion : c'était mademoiselle Marie Poncher de Bretonville *. On
1. oc Mazarin ne crut pas devoir suivre les conseils du poète... n négocia avec Cromwell, il s'allia avec lui contre TEspagne. La Jamaïque enlevée aux Espagnols, les galions de Cadix brûlés, la ville deDunkerque assiégée par terre et par mer, la victoire des Dunes, tels furent les résultats de cette alliance. »
Gidel, BoileaUy t. P% p. xli.
2. C'est pour elle, au rapport de Brossette, qu'il composa la jolie chanson de Sylvie :
Voici les lieux charmants où mon âme ravie
Passait à contempler Sylvie Ces tranquilles moments si doucement perdus I Que je l'aimais alors ! que je la trouvais belle!... Mon cœur, vous soupirez au nom de l'inGdèle : Avez-vous oublié que vous ne l'aimez plus?
D'Alembert et Marmontel critiquent ce concetto , d'une afléterie analogue à celle de la chute du sonnet d'Oronte, et qui étonne
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a plaisir à entrevoir que, si Boileau est demeuré célibataire, loin que ce soit par égoïsme, c'est peutêtre par fidélité à une affection apparemment non partagée, Dieu même pour ainsi dire lui ayant enlevé le cœur de celle qu'il aimait.
en effet sons la plume de Boileau. Il ne manque pas cependant de grâce. La pièce y d^ailleurs , est intitulée : Vers à mettre en chant; et, bien qu'un peu maniérée de pensée , cette chute à ritalienne, qui sert de refrain, est une façon de madrigal assez agréable. Mise en musique par Lambert en 1671 , elle le devint davantage encore. Et aujourd'hui, sur un autre air, elle plaît toujours.