‹ Boileau, Charles PerraultChapitre 79 sur 79 · LES VICTOIKES DU ROI SUR LES ÉTATS DE HOLLANDE · texte numérisé non relu

LES VICTOIKES DU ROI SUR LES ÉTATS DE HOLLANDE

en 1672.

Vers cont.e et pour le peuple hollandais •>

Ne le regarde point dans sa basse origine, Confiné par mépris aux bords de la marine :

S'il n'y fit autrefois la guerre qu'aux poissons, S'il n'y connut le fer que par ses hameçons , Sa fierté, maintenant au-dessus de la roue, Méconnaît ses aïeux qui rampaient dans la boue. C'est un peuple ennobli par cent fameux exploits, Qui ne veut adorer ni vivre qu'à son choix ; Un peuple qui ne souffre autels ni diadèmes.

Qui veut borner les. rois et les régler eux-mêmes

334 APPENDICK

Un peuple enflé d*orgueil et gorgé de batin Cne son bras a rendu mattre de 80n destin; Pirate universel, et pour gloire nouvelle Associé d*Espagne , et non plus son rebelle.

Sur ce digne ennemi venge le Ciel et Toi ;

Venge Thonnear du spectre , et les droits de la Foi .

Cette âme du parti, cet Amsterdam, qu'on nomme

Le magasin du monde et Témule de Rome,

Pour se flatter d'un sort à ce grand sort égal ,

S'imagine à sa porte un second Annibal;

S'y figure un Pyrrhus, un Jugurthe, un Persée ;

Et, sur ces rois vaincus promenant sa pensée.

S'applique tous ces temps où les moindres bourgeois

Dans Rome avec mépris regardaient tous les rois ;

Comme si son trafic et des armes vénales

Lui pouvaient faire un cœur et des forces égales I

Voyons, il en est temps, ûimeux républicains, Nouveaux enfiints de Mars , Vivaux des vieux Romains , Tyrans de tant de mers, voyons de quelle audace Vous détaches du toit l'armet et la cuirasse. Et rendez le tranchant à ces glaives rouilles Que du sang espagnol vos pères ont souillés.

Juste Ciel ! me trompé- je, ou si déjà la guerre

Sur les deux bords du Rhin fait bruire son tonnerre ?

Condé presse Vesel, tandis qu'avec mon Roi

Le généreux Philippe assiège et bat Orsoi :

Ce monarque avec lui devant Rhimbergue tonne ,

Et Tui'enne promet Buric à sa couronne.

Quatre sièges ensemble , où les moindres remparts Ont bravé si longtemps nos modernes Césars, Où tout défend Tabard, (qui Taurait osé croire?) Mon prince ne s'en fait qu'une seule victoii*e !.

Ainsi, tes pavillons à peine sont plantés,

A peine vers les murs tes canons sont pointés,

Que rhabitant s'effraye , et le soldat s'étonne ;

Un bastion le couvre, et le cœur l'abandonne ;

Et le front menaçant de tant de boulevarts,

De tant d'épaisses tours qui flanquent ses remparts ,

Tant de foudres d'airain, tant de masses de pierres ,

Tant de munitions et de bouche et de guerre,

Tant de larges fossés qui nous ferment le pas.

Pour tenir quatre jours ne lui suffisent pas.

Enfin il s'agit de passer le fleuve.

Le jour à peine luit, que le Rhin se rencontre ; Tholus fïrappe les yeux ; le fort de Skeink se montre ; On s'apprête au passage, on dresse les pontons ; Vers la rive opposée on pointe les canons, La frayeur que répand cette troupe guerrière Prend les devants sur elle , et passe la première.

Le Roi range ses troupes sur la rive , et les harangue :

< De vos ponts commencés, abandonnez Fouvrage, Français I ce n*est qu'un fleuve , il faut passer â nage y

Et laisser, en dépit des ftireurs de son oonrs.

Aux antres nations un si tardif secoors !

Prenez pour le triomphe une plus courte voie ;

C*est Dieu que vous servez, c^est Moi qui tous envoie ;

Allez , et faites voir à ces flots ennemis

Quek intérêts le Ciel en vos mains a remis I »

C^était assez en dire à de si grands courages : Des barques et des ponts on hait les avantages ; On demande , on s^efTorce à passer des premiers. Grammont ouvre le fleuve à ces bouillants guerriers Vendôme, d^un grand roi race tout héroïque, Vivonne , la terreur des galères d'Afrique , Briole, Cha Vigny, Nogent , et Nantouillet, Sous divers ascendants montrent même souhait ; De Termes, et Goaslin, et Soubise, et La Salle, Et de Saulx , et Revel , ont une ardeur égale ; Et Guitry , que la Parque attend sur Tantre bord , Sallart et Beringhen , font un pareil effort. Je n'achèverais point si je voulais ne taire Ni pas un commandant , ni pas un volontaire ; L'histoire en prendra soin , et sa fidélité Les consacrera mieux à Timmortalité.

De la maison du Roi Tescadre ambitieuse Fend après tant de chefs la vague impétueuse , Suit l'exemple avec joie ; et peut-être, grand Roi , Avais-je là quelqu'un qui te servait pour moi : Tu le sais , il suffit. Ces guerriers intrépides Percent -des flots grondants les montagnes liquides ; La tourmente et les vents font horreur aux coursiers , Mais cette horreur en vain résiste aux cavaliers ;

Chacun ponsse le sien * au travers de Torage ;

Le péril redoublé redouble le courage ;

Le gué manque, et leurs pieds semblent à pas perdus

Chercher encor le fond quUls ne retrouvent plus ;

Ils battent Teau de rage , et , malgré la tempête

Qui bondit sur leur croupe et bondit sur leur tête,

L^impérieux éclat de leurs hennissements

Veut imposer silence à ces mugissements :

Le gué renaît sous eux ; à leurs crins qu^ils secouent ,

Des restes du péril on dirait qu'ils se jouent ,

Ravis de voir qu*enfin leur pied mieux affermi ,

Victorieux des flots , n'a plus qu'un ennemi.

i. 8oD chevaU

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