Madame Anaïs Ségalas, les Enfantines
de tous nos classiques, quoique Despréaux san.-; cloute lui eût dénié ce nom , celui qui peut donner le mieux , même par-dessus l'auteur du Télémaquc , ridée , la sensation de la grâce homérique . Lui qui se croit Tennemi des Anciens , il leur ressemble par ringénuilé du récit, par la peinture naïve des personnages, et parle sentiment de la nature. Simple et vrai comme Y Odyssée^ il est en même temps dans le plein courant de la vie usuelle au dix -septième siècle, de la vie populaire et rustique aussi bien que de celle de Versailles ; son langage est celui de la conversation sans nulle recherche, à la portée de tout le monde, des paysans et des enfants; assaisonné de formules anciennes, consacrées par la tradition , et à dessein toujours les mêmes : a II était une fois un roi et une reine... {la Belle au bois dormant).,. « Il était une fois une petite fille de village... » {le Petit Chaperon rouge)... « Il était une fois un homme... » {la Barbe Bleue)... « 11 était une fois une veuve qui avait deux filles... » {les Fées),.. «Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne... » {le Petit Poucet)...
Tout cela dit, et malgré ce tissu de qualités rares, j'inclinerais cependant à croire qu'à l'heure où nous sommes, comme il ne s'agit pas de développer dans les enfants a les puissances trompeuses » , la lecture des Contes de Fées n'est pas ce qui leur convient le mieux : il ne faut pas leur mettre dans la tête des
choses qu'ils doivent en chasser plus tard comme fausses ; l'imagin^on n'a que trop d'empire, aux dépens de la raison : peut-être n'est-il pas opportun aujourd'hui autant qu'autrefois de développer l'une au détriment de l'autre. Je ne donnerais donc pas aux enfants les Contes de Perrault; je les garde pour les parents y aux heures de récréation et de flânerie. Tout au plus permettrai -je qu'eux-mêmes , comme Perrault , les racontent à leurs enfants, parce qu'alors ils pourront modifier le récit selon Je caractère et l'esprit des petits auditeurs , atténuer les inconvénients et augmenter l'utilité morale.