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CHAPITRE VII

Il y a peu d'écrivains qui ont été aussi lus que Boileau : en France seulement, Berriat-Saint-Prix trouvait qu'on avait fait 125 éditions de ses œuvres, dont 60 complètes, du vivant de l’auteur, et de 1711 à 1832, il en énumérait 225. Cette statistique suffirait seule à établir combien l'influence de Boileau a été considérable; car il s’agit ici d’un écrivain que manifestement on ne lit pas seulement par passetemps et pour le plaisir. Mais il faut préciser, et tâcher de nous rendre compte de la nature et des effets de cette influence.

On comprendrait mal le caractère de l’action qu'exercèrent les doctrines de Boileau après sa mort, si l’on n'examinait quel succès elles eurent auprès de ses contemporains.

L'applaudissement donné aux Satires est ind(niable : mais s’adressait-il au poète, ou au critique ?

ou à tous les deux également? ou bien à l’un et à l'autre, mais à l’un plus qu’à l’autre? L'Art poétique nous fournit d'abord une réponse à ces questions : dès qu'on le lit, on sent que Boileau ne croit pas édicter paisiblement des lois incontestées : c'est plutôt une nouvelle bataille qu'il livre sur un nouveau terrain. Le ton est agressif, et la leçon, à chaque instant, se tourne en réquisitoire. Le poème est égayé de noms de méchants auteurs et d'ouvrages ridicules : Saint-Amant, Scudéry, Brébeuf, le burlesque, Cyrus, Clélie, Childebrand, toute cette mauvaise littérature n’a donc pas été détruite par les Satires, elle vit encore, puisqu'il faut encore la frapper. La satire fait comme un accompagnement railleur aux préceptes didactiques : mais cela même, et certains dénis de justice, certaines duretés, font du poème une œuvre de polémique autant que de théorie : c’est la langage d’un homme qui ne sent pas encore son autorité très affermie; un maître qui enseigne à plus de mesure et d’impartialité.

Si l’on trouve partout des marques de l'admiration qu'on accordait à Boileau, il y en a moins de son influence, qui ne fut ni rapide ni surtout illimitée. Les listes de Gratifications et pensions aux gens de lettres, qui figurent dans les Registres des comptes des bätimens du roi, sont une lecture fort instructive : depuis 1664 jusqu'à sa mort, Chapelain guide les libéralités du roi et de son ministre. Aussi touche-t-il seul 3 000 livres, qu’on paye encore en 1674 à ses héritiers. Cette même année, Racine touche 1 500 livres;

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juste autant que Quinault et que le médecin Perrault; Charles Perrault, qui va succéder à Chapelain dans la confiance de Colbert, est à 2000 livres. C’est seulement en 1677, quand il a fait neuf satires et sept épîtres, quatre chants du Lutrin et son Art poétique, que le roi fait payer 2000 livres « au S' Despréaux en considération de son application aux belles-lettres ». Et dans les listes suivantes, on verra venir sur la même ligne les deux Perrault, avec Despréaux et Racine : tous les quatre recevant 2 000 livres. Et

après eux, qui tiendra la tête, avec 1 500 livres ? Qui- .

nault et Charpentier. Sans doute, les Perrault et Charpentier ne sont pas récompensés comme écrivains, mais comme d’utiles agents qui rendent des services administratifs de divers genreS dans la direction des arts et des sciences. Mais ce qui est significatif, c'est qu'on persiste à leur demander ces services qu’on pouvait demander à Despréaux et aux littérateurs de son école.

Même spectacle à l’Académie, si l’on en veut suivre les élections pendant une vingtaine d'années, de 1661 à 1680. Négligeons toutes les élections où le mérite littéraire a été. étranger, ou n’a point été prépondérant. Nous verrons recevoir au même temps Furetière et Segrais, choix qui devaient contenter Boileau, mais aussi Cassaigne et Le Clerc, dont il n'eût pas voulu assurément. Quinault et Charles Perrault précèdent Bossuet et Racine, et la même année introduit le savant Huet avec l’ingénieux Benserade. Plus tard encore, de 1683 à 1693, nous

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