DEMOCRATIE ET DICTATURE
La Conférence salue les grandioses révolutions politiques qui, en Russie, en Autriche-Hongrie et en Allemagne, ont brisé l'ancien régime impérialiste et renversé leurs gouvernements.
La Conférence invite les masses ouvrières et socialistes de ces pays à développer des institutions démocratiques et républicaines dans le cadre desquelles puisse s'accomplir l'oeuvre de transformation socialiste. En ces heures décisives, alors que le problème de la refonte socialiste du monde revêt un caractère d'actualité brûlante qu'il n'avait jamais eu jusqu'ici, les masses ouvrières doivent arriver dans leur unanimité à la pleine lumière sur les voies qui les conduiront à leur émancipation.
Pleinement d'accord avec tous les congrès de l'Internationale, la Conférence de Berne demeure inébranlablement placée sur le terrain de la démocratie. LTne réorganisation sociale, toujours plus profondément pénétrée de socialisme, ne peut être réalisée ni surtout stabilisée si elle ne repose sur le^ conquêtes de la démocratie et si elle ne plonge ses racines dans les principes de la liberté.
Ces institutions constitutives de toute démocratie: la liberté de parole et de presse, le droit de réunion, le suffrage universel, le système parlementaire avec les institutions qui garantissent la collaboration et les décisions populaires, le droit de coalition, etc., sont pour le prolétariat, en même temps, les instruments de sa lutte de classe.
A l'occasion d'un certain nombre de faits qui se sont produits récemment, la Conférence tient à mettre en pleine lumière le caractère •construétif du programme socialiste. La socialisation véritable implique un développement méthodique dans les différentes branches de l'activité économique sous le contrôle de la nation démocratisée. Une prise de possession arbitraire de quelques exploitations par de petits groupes d'ouvriers n'est pas du socialisme: elle n'est rien d'autre qu'un capitalisme avec de nombreux actionnaires.
Si, dans la pensée de la Conférence, un développement socialiste efffeetif n'est possible que sous la loi de la démocratie, il s'en suit qu'il faut, dès le début, éliminer toute méthode de socialisation qui n'aurait aucune chance de gagner l'adhésion de la majorité du peuple. Le. danger serait plus grand encore si une telle dictature s'appuyait seulement sur une partie du prolétariat. La conséquence inévitable d'un tel régime ne pourrait être que de paralyser toutes les forces du prolétariat par la guerre fratricide. La fin serait la dictature de la réaction. ,
Les délégués russes ont proposé l'envoi en Russie d 'une commission composée d'éléments de toutes tendances socialistes, nommée par la Conférence^ et qui serait chargée de faire à l 'Internationale un rapport objectif sur la situa tien économique et politique en Russie. La Conférence se rend compte «les difficultés que soulève une pareille tâche; pourtant, vu l'intérêt général fcjiie
MES RAISONS DE COMBATTRE LE BOLCHEVISME
présente pour la prolétariat de tous les pays la connaissance exacte de tous les faits qui se rapportent à ces fermentations populaires, elle donne mandat à la commission permanente d'organiser la délégation chargée de cette mission en Russie.
La Conférence décide de mettre le Bolehévisme à l'ordre du jour du prochain Congrès et donne mandat à la Commission permanente de mettre la question en état.
Mais, dès maintenant, la Conférence tient à appeler l'attention sur ce fait: la disette et la misère que la guerre a déchaînées sur le monde entier et surtout sur les pays vaincus, devaient engendrer la désorganisation sociale. Au lieu de se servir du bolehévisme comme d'un épouvantail et de dénoncer sous ce nom tout soulèvement de prolétaires réduits au désespoir, les gouvernements devraient se rendre compte de leur propre responsabilité. Des forces contre-révolutionnaires sont déjà partout à l'oeuvre. La Conférence met en garde ceux qui à cette heure ont entre leurs mains le sort du monde contre les dangers d'une politique d'impérialisme et aussi d'une politique d'asservissement militaire ou économique des peuples. Elle invite îes socialistes du monde entier à serrer les rangs, à ne pas livrer les peuples à la réaction internationale et à tout faire pour que le socialisme et la démocratie qui fait corps avec lui triomphent partout.
La résolution qui précède, et qui s'explique d'elle-même, est en réalité une condamnation formelle et catégorique du système bolchéviste. Il est regrettable qu'un certain groupe d'ouvriers au Canada croient encore que le bolehévisme peut leur rapporter l'émancipation sociale et mettre fin à tous leurs maux. C 'est une doctrine fatale qui ne nécessite d'autre réfutation que les crimes et les misères qui ont accompagné la domination de Lénine et de Trotsky en Russie du commencement de leur dictature jusqu'à nos jours. Au sujet de ces crimes et de ces misères les opinions et les conclusions ne s'accordent pas dans les groupes ouvriers. Il y a ceux qui croient que les péchés de Lénine et de Trotsky ont été exagérés pour servir les intérêts du capitalisme et que la Russie d'aujourd'hui n'est pas le pays de meurtre, de famine et de désolation que l'on représente. J'ai fait un effort consciencieux pour arriver à la vérité sur ces accusations et contreaccusations. On trouvera dans les pages qui suivent le résultat de cet effort. Les rapports dans lesquels ces renseignements ont été pris sont tous officiels ou obtenus de sources reconnues authentiques. Et dans aucun cas ne me suis-je arrêté à des histoires de journaux ou à des allégations qui n 'étaient pas appuyées par des noms et des dates. J'affirme en toute sincérité rr.a conviction que les renseignements donnés dans ces pages sont absolument dignes de foi.