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Bombardement de Bruxelles

Pendant le dix-septième siècle, dont les dernières années devaient être si désastreuses pour la capitale des Pays-Bas Espagnols, la prospérité de Bruxelles ne cessa pas d'accroître. Tandis que les autres cités de la Belgique, dévastées et appauvries par les guerres de religion, voyaient de jour en jour diminuer leur importance, elle seule conserva sa splendeur. Plus belle encore qu'aux temps de Philippe-le-Bon et de l'empereur Charles, plus commerçante, grâce au canal dont l'activité de Jean de Locquenghien l'avait dotée, aussi manufacturière, car en perdant ses fabriques de draps, jadis renommées dans toute l'Europe, elle avait su s'approprier de nouvelles industries : la fabrication des tapis, celles des dentelles, des camelots, des carrosses, sources inépuisables de richesses, elle atteignit enfin, elle dépassa les villes voisines, ses anciennes rivales. Anvers et Bruges, au port désert, Gand, où l'on eût vainement cherché la population ouvrière qui fournissait auîrefois à ses tribuns des armées redoutables, Louvain, où l'université seule entretenait quelque vie, ne pouvaient plus lui disputer le premier rang. Son bien-être exceptionnel,

elle le devait, en grande partie, à ce qu'elle était le centre du gouvernement, le lieu de séjour d'une cour nombreuse, des corps de l'Etat, de la première noblesse.

Le règne d'Albert et disabelle, époque de tranquillité intérieure, de bonheur matériel, de luxe, répara quelques-uns des maux qu'avaient amenés les événemens déplorables de l'époque précédente. Bruxelles prit alors un grand développement, et, pendant quelques années, on y travailla sans relâche à construire de nouveaux quartiers, à percer des rues, à élever des édifices civils et religieux: ces entreprises, que Tadministration communale favorisa de toute manière, modifièrent considérablement l'aspect de quelques sections de la ville, qui étaient encore à moitié désertes.

Dans la seconde moitié du siècle, ce mouvement se ralentit, mais, bien que la situation du pays se fût alors empirée, Bruxelles ne perdit rien de sa magnificence : tout au contraire, la dévastation des petites villes et des villages du Brabant, par les armées françaises, refoula dans ses murs un grand nombre de personnes qui appartenaient à la classe aisée , et qui y trouvèrent un asile assuré contre les brigandages des soldats de Louis XIV (1).

La situation florissante de Bruxelles fut peut-être une des raisons qui déterminèrent le roi de France à bombarder la capitale de la Belgique espagnole. En outre, la frapper, c'était montrer que rien, dans notre pays, ne pouvait échapper à ses armes, pas même la cité que les ennemis s'efforçaient toujours de couvrir et qu'ils réussirent longtemps à protéger.

En 1691, la cour de France crut l'instant favorable pour tenter cette entreprise. Elle consulta sur son opportunité le maréchal de Luxembourg, à qui elle ne

(1) Diim alla regionis oppida ac munieipia frequentissima, déserta flunt hodiemi helii injuriis , {Briixella civitas) immensum crcverat ruinis vicini agri , populo, opibus ac evd/ficfis. LE baron Le Roy, prœdictio Anihoniœ Bourignon de vastatione urbii Bruxellarum per ignem (Amsterdam et Bruxelles, 1696).

souriait pas . parce qu'elle eût permis aux alliés de mettre le siège devant quelque ville importante. Le roi revint encore à ce projet, lorsque les troupes anglaises et hollandaises quittèrent leur camp de Dieghem; cependant il en ajourna l'exécution. Enfin, les ennemis se préparant à assiéger Dinant, il chargea le maréchal de tout disposer pour le bombardement de Bruxelles, et il fit répandre le bruit de ses desseins dans le but de juger de l'effet que produirait cette nouvelle. Luxembourg reçut l'ordre d'examiner si, en attaquant la ville du côté d'Anderlecht, il y aurait moyen de s'en emparer, mais on ne voulait pas qu'il en formât l'investissement, à moins d'être assuré du succès, afin d'éviter la honte qu'entraîne toujours la levée d'un siège. En vain le maréchal représenta l'inutilité d'une attaque semblable, et celle, plus grande encore, d'un bombardement. On lui enjoignit positivement d'incendier Bruxelles, mais les mouvemens de l'armée du roi d'Angleterre lui firent craindre qu'on n'interceptât ses communications avec Mons, et sur ses représentations, l'entreprise fut encore ajournée (i).

On a plusieurs fois cité ce passage des œuvres d'Antoinette Bourignon, célèbre aventurière Lilloise, dont la vie ne fut qu'un tissu d'événemens romanesques : « Je « ne vois point que je me puisse arrester à Bruxelles, « encore bien que j'aurois toutes les permissions requi- « ses ; ne fut que ce seroit aussi pour peu de temps ; ce d'autant plus que Bruxelles doit périr par le feu, c< si j'ai bien veu, comme je vous disois, estant chez f< Masuriel » (2). Le baron Le Roy a supposé que Bourignon tenait cette prédiction d'un célèbre mathématicien dont elle goûtait fort les ouvrages. Je préfère interpréter, dans un sens mystique, les paroles de l'aventurière. Elle

(1) Le chevalier de Beaurain, Histoire inilitaire de Flandre, t. II, p. 29 et 30.

(2) Tombeau de la fausse théologie, Uï'^ partie, lettre xll. Amsterdam, 1679, cité Jans t.E ROY, I. c. — M. DK REiFFENBERG, particularités sur le bombardement de Bruxelles, en 1695 [Nouvelles archives des Pays-Bas. Bruxelles, t. I, p. 107).

considérait sans doute la capitale des Pays-Bas comme une nouvelle Sodome, et son imagination en délire croyait ses habitans menacés de la vengeance divine. Il est difficile dadmeltre qu'elle ait eu connaissance de quelque ordre secret de Louis XIV, car sa prédiction remonte au do janvier 1666: la France et l'Espagne étaient alors en paix, et, avant le traité des Pyrénées, les hostilités n'avaient pas pris, entre ces deux puissances, le caractère sauvage que leur imprimèrent depuis les ordres du cruel Louvois et de son digne maitre, non moins inflexible dans ses vengeances.

En i69o, la fortune qui avait comblé de faveurs le grand roi, parut vouloir l'abandonner. Le duc de Luxembourg mourut. Villeroi , son successeur, joignait à beaucoup de courage une grande présomption. Pour continuer la lutte sans désavantage, les alliés firent des efforts inouïs, et réunirent des forces redoutables. C'est ce qui encouragea le roi d'Angleterre. Guillaume III, stadhouder de Hollande, et l'électeur de Bavière, Maximilien Emmanuel, gouverneur général des Pays-Bas Espagnols, à investir ^'amur. Louis XIV ne put voir sans colère les ennemis assaillir la forteresse dont ses poètes avaient pompeusement célébré la reddition. Tel fut, dit-on, le motif qui le détermina à envoyer à Villeroi l'ordre de se porter sur Bruxelles et de la bombarder, dans lespoir que Guillaume et l'électeur lèveraient le siège, afin de sauver la capitale de la Belgique.

Rapin de Thoyras donne une autre cause à l'expédition de Vifieroi. Selon lui, si on bombarda Bruxelles, ce fut pour*punir la reine de Pologne, mère de l'électrice de Bavière, de ce qu'elle avait favorisé l'alliance contre l'empire Ottoman, et rejeté les offres que la France lui avait faites pour l'engager à se séparer de cette ligue. Voilà ce que dit la reine elle-même à l'ambassadeur français (1).

(1) Histoire d'Jngleterre, tome XI, pages 374 et suivautcs , édition de La Haye, année 1749.

Une note extraite de la correspondance de François, baron de Molo, ministre du roi de Pologne, nous donne une nouvelle version, qui, si elle n'est pas la meilleure, offre plus de vraisemblance que la précédente. Ce négociateur, qui vint aux Pays-Bas sous prétexte de réclamer des navires polonais dont les marins français s'étaient emparés, a laissé un recueil manuscrit, en deux volumes in-folio, sur les affaires politiques de son temps.

Entre autres choses curieuses, on y trouve la première trace du traité des Barrières, conclu un quart de siècle plus tard. On y voit aussi que la France, où les ressources commençaient à manquer (1), voulait la paix, qu elle était appuyée dans les Provinces-Unies par un parti considéraljle. Molo traitait pour la ville d'Amsterdam, avec l'autorisation du pensionnaire Heinsius: mais le roi d'Angleterre et son entourage désiraient la continuation de la guerre. Les Espagnols partageaient ces sentimens, et, pour rompre les pourparlers, ils insultèrent l'agent français.

Dans une lettre du 22 août 1694, le baron mande que la cour de Versailles consent à ouvrir des conférences, mais qu'elle ne peut envoyer quelqu'un, à Liège ou à Aix-la-Chapelle, qu'après s'être assurée que son député ne sera pas insulté, comme cela est arrivé l'aimée précédente à Bruxelles, l'envoyé de France ayant dû prendre la faite. Le marquis de Torcy disait que son maître ne voulait point de Louvain, ville que le baron de Molo avait proposée, ni même d'aucune autre cité appartenant à l'Espagne; il préférait un lieu situé dans les Provinces-Unies. On se détermina enfin pour Liège, où les députés français se rendirent, le 21 octobre, de Harlay, sous le nom de comte de Saint-Germain, et Callières sous celui de Gigny.

Quelques mois après (8 novembre 1694), Molo écrivit qu'il importait au gouvernement de Louis XIV d'of-

(1) Voyez VOLTAIRE, siècle de Louis XIV.

frir une bonne barrière à la république, afin de la décider à forcer le roi Guillaume à la paix. La France ne refusait pas d'accorder une barrière, mais elle en voulait une aussi (4 octobre 1694).

Si l'on ajoutait foi à ces détails, 1 insulte faite à son envoyé aurait été le principal grief de Louis XIV contre les Bruxellois. Molo semble y faire allusion lorsqu'il dit, dans une lettre écrite en août 1695 : « Le bombarde- « ment de Bruxelles a touché le cœur de toutes les gens « pacifiques, et ceux qui sont la cause mouvante de ces « désolations se chargent d'un grand fardeau » (1).

Villeroi, que les alliés avaient attiré en Flandre, eut peut-être fait avorter leurs desseins, en marchant immédiatement au secours de jNamur, mais il samusa à prendre Furnes et Dixmude. Ce fut seulement le 6 août, deux jours après la prise de la ville de Namur, qu'il passa l'Escaut. A la tète d'une armée forte d'environ 70,000 hommes, il se dirigea par Lessines vers Enghien, où plusieurs convois lui amenèrent de Mons tout le matériel nécessaire pour un bombardement.

L'annonce de son approche chassa le prince de Vaudemont de la Flandre, où on lavait laissé avec 14 à 15,000 hommes, pour surveiller les mouvemens des Français. Instruit que leurs efforts allaient se diriger sur Bruxelles, et ne voulant pas s'exposer à être coupé, il prit la route du Brabant, passa le canal de Willebroek sur les ponts de Yilvorde et du Pont-Brûlé, et se mit à l'abri, le 7, derrière la Senne, entre les Trois-Trous et Dieghem. Il fut rejoint , en cet endroit, par le duc de AVirtembergh, qui commandait dix bataillons d'infanterie et deux régimens de cavalerie (2).

Le prince eut un instant l'idée de se poster dans

(1) Je tlois ces détails, qui sont restes jusqu'à présent inconnus, ù l'obligeance de M. Goetlials, ancien bibliotliécaire delà ville.

(2) Relations Véritables du 12 août 1695. — Relation de la campagne de Flandres en Uiai; p. 37 et 3S. — l.a narration de Rapin du Tuoyras, 1. c, est lotit à fait inexacte. Voyez M. I.f.vae, le Bombardement de Bruxelles {Trésor National, année 1842, t. 1er, |). 217).

la plaine s'étendant au delà d'Anderlecht , entre le gigot (i) et le hameau de Sint-Anna-Pede. En appelant à lui les corps du comte d Athlone et du prince de Nassau , ce qui eût porté son armée à 160 escadrons et 76 bataillons, il pouvait sans crainte attendre Yilleroi. Défendu d'un côté par la Senne, de l'autre par la Pede et par le ruisseau et les étangs de Moortebeek, protégé par quelques retrancliemens élevés à la hâte, il eut sans doute épargné à Bruxelles une calamité effroyable. C'est ainsi que le maréchal de Luxembourg avait sauvé Dunkerque d'un bombardement, et Guillaume III préservé Liège d'une ruine complète (2). Au reste, les alliés avaient déjà, à plusieurs reprises, porté leurs troupes du côté d'Anderlecht pour couvrir la capitale de la Belgique. Vaudemont, en n'imitant pas ces exemples, commit une faute grossière, que l'on voulut excuser en prétextant la nécessité de garder les communications entre Bruxelles et le camp de Namur (3).

D'Athlone et Nassau restèrent donc entre Waterloo et Genappe; quant au général espagnol, il vint le 8 diner en ville (4), pendant qu'une grande partie de son infanterie occupait les hauteurs, situées hors de la ville, audelà de St-Gilles. Comme c'était là le point le plus vulnérable de la place, on le rendit inaccessible, au moyen d'un retranchement bordé par un grand chemin creux servant de fossé. Ce retranchement, qui fut armé de cinquante pièces de canon, commençait au bois de la Cambre, puis suivait les hauteurs en passant par la Heeghde et l'emplacement dit les trois tourelles [de dry torrekens). De fortes avant-gardes étaient placées, à Forêt, dans un fort voisin du bois de la croix de Sainte-Anne (^Sint-Anne-Cruys-bosch) et au bois des Savetiers

(1) Le gigot on Het negenmanne/ccn, auberge située sur le chemin de Bruxelles à Hal, entre Anderleclit et l.eeuw-Saint-Pierre.

(2) Histoire de JDriixelles, parMH. Hrnne et Wauters, t. II, p. 130.

(3) Relation de la campagne de Flandres, 1. c. — Relations véritables, 1. c.

(4) Relations véritables.

(^Schoenlappei's-bosch) . De riches moissons couvraient encore les champs environnans; l'été ayant été trèspluvieux , les paysans n'avaient pu les enlever ^ elles lurent entièrement détruites par ces travaux et par les fourrageurs (1).

Pendant que l'on poussait avec vigueur ces préparatifs, la cavalerie des alliés vint camper le long du canal, pour en défendre les abords. Quelques bataillons renforcèrent la garnison de la ville. Bruxelles était alors entourée de fortifications ; on s'empressa de la mettre en état de défense ; au dehors des portes, du côté de l'ouest, on éleva des retranchemens autour du hameau de Cureghem et autour de la ferme de Ransfort, appartenant à l'hôpital Saint- Jean (2). Quatre cents soldats travaillèrent aux fortifications intérieures et extérieures de la place, près de la porte de Flandre^ plusieurs délachemens furent chargés de réparer d'autres ouvrages extérieurs et les rempartSy Les receveurs de la commune payèrent à ceux-ci 182 et 650 Uorins, à ceux-là 240 florins (résolutions des 12 et 15 août). Le magistrat devait connaître, dès le 8, les intentions de Villeroi, car ce fut ce jour-là que les travauxcommencèrent (5). Pour faciliter leur achèvement, il fournit tous les objets nécessaires, en aussi grand nombre que possible. Le 12, il commanda encore, pour le service du roi, trois cents tonneaux vides, quatre cents sacs remplis de laine, des chevaux de frise, des brouettes, etc.

Le 10, le magistrat convoqua le large conseil ou second membre de la commune, pour le lendemain malin, à 7 heures, afin de « le consulter sur des affaires dim-

(1) Chronicke van deser cloester van Vorst, ms.

(2) Chronicke van (léser cloester van ^ori/.— Ces détails sont préférables û la narration de Ravin DF.TnoYRAS, qui se trompe bien certainement lorsqu'il place du cùté d'Anderleclit, le grand retranchement construit par ordre du prince de Vaudemont.

(3) Le IGaoùt, le magistral enjoignit aux receveurs de payer 2,860 florins aux soldats ayant travaillé aux fortincations et à éteindre l'incendie, du 8 au 15. La liste de ces soldats était certifiée par Ferdinand-Guillaume, duc de>Virlemberg. Resolutie Boeck.

portance (1); » puis il se constitua en permanence, en décrétant que, jusqu'à nouvel ordre, quelques-uns de ses membres veilleraient tour à tour à la trésorerie (bureau des trésoriers et des receveurs). Le premier bourgmestre, Guillaume-François Yan PafTenrode, leséchevins baron de Heusden et Cano, les conseillers Vanderschueren et Van Eesbeke, et le greffier Zeghers furent désignés pour passer ainsi la première nuit.

Afin de donner, en cas d'attaque, un lieu de ralliement aux militaires et aux bourgeois, on désigna, pour places d'armes, aux sections : la Monnaie, le Marchéaux-Poulets, la place de Louvain, le Sablon et la place des Wallons, et à la cavalerie de la garnison : la rue près des baraques, au Béguinage, la rue dite le Fossé, près de la Monnaie (Fossé-aux-Loups), la petite place voisine de l'église de Finistère, le cimetière de Saint-Martin (aujourd'hui la Chancellerie), le Marché-au-Bois, la Kantersteen, la rue près de l'hôtel d'Egmont (rue aux Laines) , le marché de la Chapelle, le 3Icybnom. Les hôpitaux de Saint-Jean, de Saint-Guislain, de Saint- Jacques, de Saint-Laurent, ainsi que la Duchthuys ou maison de correction, devaient être ouverts aux blessés; le trésorier Fierlants et le receveur Bronckhorst en eurent la direction temporaire.

Comme on prévoyait qu"un nombre très-considérable de bras serait indispensable pour arrêter les progrès du feu, on mit en réquisition non-seulement le nombreux personnel que la ville employait à ses travaux et à ceux du canal, mais les maçons, tailleurs de pierre, charpentiers, couvreurs, etc. Les échevins De Fervacques et Deckher, accompagnés du pensionnaire, se rendirent, le 10, chez les doyens de ces corporations et leur intimèrent l'ordre de réunir les corps qu'ils présidaient, chacun à sa salle d'assemblée, et de demander aux membres combien ils pouvaient fournir d'ouvriers ; que la ville en

(1) Le compte-renilu de cette séance ne se trouve pas à Phôtel de ville.

engagerait au moins 500, auxquels elle assurerait une bonne solde. Les couvens furent aussi invités à mettre à la disposition de la commune la moitié de leurs religieux. Religieux et ouvriers se formeraient en sept corps, dirigés par des commissaires qui seraient choisis par les doyens des métiers cités plus haut.

On avertit chacun de rester chez soi pour éteindre le feu ou aider ses voisins, et d'illuminer la façade de sa maison ; on interdit à ceux des habitans qui demeuraient près des portes d'Anderlecht, de Flandre et du Canal, d'obstruer la voie publique; tous les bourgeois furent astreints à placer, au besoin, près de l'entrée de leur habitation, une cuve pleine d'eau (10 août). Afin d'empêcher que le tocsin, ce sinistre messager de lincendie. ne vint augmenter encore la terreur générale, on défendit, le 11, aux curés, maîtres d'église ou de chapelle, et supérieurs de couvens de faire sonner les cloches. En cas d'événemens fâcheux, ils devaient en donner aussitôt avis à la Trésorerie.

Partis d'Enghien, le iO août, avant le jour, les Français passèrent la nuit suivante à Hal; continuant leur marche, ils arrivèrent, le il, vers les quatre heures après-midi, à Anderlecht. Comme ils avançaient jusqu'aux Maïsojis des Lépreitœ de Molenbeek (1), on dirigea contre eux une canonnade assez vive , qui ne leur fit pas grand mal, parce qu'ils étaient protégés par les mouvcmens du terrain. Villeroi jeta une brigade dans le village d'Anderlecht, où il établit son quartier général, au couvent des Minimes (2). Ses troupes prirent position en avant d'Itterbeek et de Dilbeek, entre la Senne, d'une part, Zellick et le moulin de Ganshoren, d'autre part.

(1) Fragmens de l'Histoire de Bruxelles, iiis. Cette léproserie est aujourd'hui l'hospice de la commune de Molenbeeli. Voyez Histoire de Bruxelles, par MM. Henné et Wauti-.rs,1. lll, p. 630.

(2) Et non pas à l''abbaye de Uillgliem, comme le disent la Bclalion abrégée du bombardement, par un bourgeois de Bruxelles, l'abbé .Mann, M. de Reiffenbeeg et M. I.evae.

A huit heures du soir, les assiégeans se dirigèrent vers un moulin (à Cureghem) , qu'ils croyaient fortement occupé, mais où il n'y avait que 150 soldats. Ce délacliement repoussa avec vigueur leurs premières attaques, puis, après une longue résistance contre des forces supérieures, et ne se voyant pas secouru, il se replia sur la ville, sans être inquiété (1). Les ennemis s'emparèrent aussi de la ferme de Ransfort, et profitèrent de la nuit pour creuser des tranchées qu'ils poussèrent jusqu'aux inondations. Le lendemain, ils achevèrent ces travaux sans rencontrer d'obstacles. Leurs batteries, qu'une distance de cinquante toises seulement séparait de la contrescarpe, furent armées de dix-huit pièces de canon et de vingt-cinq mortiers braqués, ceux-là sur la hauteur de Scheut, au delà de la ferme de Ransfort, et ceux-ci, entre la Tête-de-Mouton et Molenbeek; les fours à chaulïer les boulets se trouvaient près de ce dernier village (2) .

Les assiégeans se répandirent ensuite aux alentours. Leurs maraudeurs, au nombre d'environ 500, passèrent la Senne au pont de Ruysbroek, pillèrent le château, l'église et le village de Droogenbosch, et en firent de même à Reersel, où ils saccagèrent toutes les maisons et dépouillèrent de leurs vêtemens les habitans, sans distinction d'âge ni de sexe. Ils ne vinrent pas à Fx)rêt, de crainte, sans doute, d'y rencontrer les troupes alliées. Celte incursion fut la seule qu'ils tentè-

(1) Mercure historique, août 1696, t. XIX, p. 235.

(2) On varie beaucoup sur la force de rarlillerie française et sur I"emplacenient qu'elle occupait. Dans le plan de Bruxelles accompagnant la Beschryvinghe des Fransche moelwil, elle se trouve entre la ferme de Ransfort et Tauberge dite la Tête-de- Mouton (Schaeps-hoofd), sur la chaussée d'Anderleclit, les mortiers en première ligne, les canons en seconde ligne. Selon la Chronicke van Korst, Aontl'Awlewr é\.^\t contemporain, il y avait trois batteries : une près de la Tête-de-Mouton, une à Ransfort et une à Molenbeek ; elles se composaient de douze pièces et de vingt mortiers. Nous avons suivi la version de Deblf.ye, Kronjcke der stadt Brussel. qui s'accorde mieux avec les publications officielles du temps. Selon la tradition, farlillerie de Villeroy fut mise en batterie près du beau tilleul qu'on voit sur la hauteur, A quelque distance delà porte de Ninove et à droite de la chaussée conduisant à la petite ville de ce nom.

— lurent: on ne les vit plus depuis, et les fermiers de Ruysbroek purent conserver leurs récoltes presque intactes. Quelques soldats de Yaudemont se portèrent alors du côté de Leeuw-Saint-Pierre, et y enlevèrent aux Français un grand nombre de chevaux (i).

A'audcmont ne fit aucune tentative pour inquiéter Tennemi et retarder ses progrès. Inaction déplorable et que rien ne peut justifier. On en a accusé les Bruxellois, en disant qu'ils refusèrent au prince les secours qu'il demandait (2). Les détails dans lesquels nous sommes entrés nous dispensent de réfuter cette assertion. Est-il plus raisonnable de dire que les habitans ne prirent pas les précautions nécessaires, parce qu'ils ne pouvaient croire aux menaces d'un bombardement (5)? La ville contenait, il est vrai, une immense quantité de marchandises françaises. Celte circonstance devait écarter de l'esprit des bourgeois l'idée du péril (4), mais bien certainement leur confiance n'était partagée ni par le magistrat, ni par la cour, qui fit insérer dans les Relations verz^o- Z>Ze-S' du 1 2 août les lignes suivantes, peu faites pour les rassurer :

ce Lennemi veut faire quelque diversion au siège de « îVamur. mais cela nempêchera pas qu'on ne le pousse « à bout, et quoique ces sortes d'exécutions sont épou- « vantables, on aime mieux d'être exposé à cette barbare « vengeance, pour le service du roi et le bien public u de tous les alliés, que de voir le siège du château de « JXamur abandonné. »

Cependant on ne cessait de tout disposer pour se mettre en état de soutenir un siège.

Le roi Guillaume vint, le 1 1 . à Waterloo, où il manda le prince de Yaudemont pour lui donner des ordres : il retourna le lendemain à Namur (o).

(1) Chronicke van yorst, 1. c.

(2) GilbkrtBdrnf.t, cité par M. Levae, I. c. p. 221.

(3) Mercure historiques, c. p. 298.

(4) Ibid. — Sandkrus, Choragraphia sacra Brabantiee, t. III, p. 99.

(5) Relation de la campagne de 1695, I. c.

— là —

Le 42. on inonda le front de la ville au moyen des écluses.- les canons de la commune furent livrés au gouverneur , prince de Berghes. qui les fit traîner dans les batteries et dans les demi-lunes, du côté de l'ouest (1). Le maître de l'artillerie de la ville, Van Roer, distribua ensuite la poudre que l'on conservait à la Grosse Tour, et les munitions de guerre qui se trouvaient à l'arsenal (2). La corporation des canonniers (3) était chargée de les recevoir et de veiller à ce quelles ne fussent ni dérobées, ni gaspillées. Elle avait ordre de donner, au nom de la ville, du fromage, de la bière et du brandevin, aux soldats qui serviraient les batteries. Il fut enjoint aux sermens et aux sections d'assurer à ses membres un libre accès aux fortifications et de leur ouvrir les portes de la ville à leur réquisition. Les sermens furent convoqués, « à leurs chambres respectives et bien armés : » chaque défaillant encourait une amende de 12 florins.

Le 13, l'électeur de Bavière arriva en toute hâte dans sa résidence habituelle: il entra par la porte de Namur et parcourut aussitôt les remparts jusqu'à la porte de Flandre, pour reconnaître les dispositions de l'ennemi et les préparatifs de défense faits par la garnison (4). II avait rencontré en route quelques détachemens qui, par ses ordres, se rendirent précipitamment à Bruxelles (o).

Cette ville présentait en ce moment un aspect lugubre. Les habitans, éperdus, transportaient en hâte leurs effets dans les quartiers où ils espéraient trouver un asile assuré. Ceux surtout de la rue Haute et des rues voisines étaient livrés à la désolation (6). On a dit que la population des rues d'Anderlecht et de Flandre abandonna ses foyers, à cause de la proximité des batteries

(1) le 19 août, le magistrat pria le prince de les faire garder par quelques soldats.

(2) L'arsenal de la commune se trouvait à riiôtel de ville. — Voyez Histoire de Bruxelles, 1. c, t. III, p. 44.

(3) Voyez Ibid., t. II, p. 642.

(4) Fragmeiis de l'histoire de Bruxelles, ms. (3) M.Levae, I. c.,p.223.

(6) Chronicke van f'orst, 1. c.

ennemies, et qu'elle transporta ses meubles au centre de la ville, où tout fut brûlé, tandis que les quartiers voisins du rempart, restèrent, pour ainsi dire, intacts. On ajoute que ce furent les magistrats qui donnèrent aux citoyens ce conseil funeste (i). Il est bien certain, cependant, qu'eux-mêmes craignaient pour l'hôtel de ville, puisqu'ils décidèrent, le 12, qu'ils se réuniraient à la maison du Saint-Esprit de Sainte-Gudule, rue des Paroissiens, pour le cas où ils devraient abandonner cet édifice, « par suite du tir des bombes (2). »

Au milieu de la confusion, plusieurs congrégations religieuses abandonnèrent l'asile où elles vivaient dans la retraite : le gardien des Récollets, Henri Diurna, conduisit les Pauvres-Clairesà l'hôtel dcYaudemont (derrière Sainte-Gudule) ; elles y furent reçues avec cordialité par la princesse; mais bientôt, ne s"y croyant pas en sûreté, elles coururent se réfugier chez les Carmélites, près de la porte de Namur. Les Riches-Claires ou Urbanistes allèrent demander l'hospitalité aux Annonciades.

Le gardien, ne voulant laisser échapper aucune chance de salut pour son couvent, envoya, vers midi, au camp des assiégeans un de ses religieux, le père Josse Van Auwerkerke, et un frère lai , qui tous deux connaissaient la langue française. Lorsqu'ils arrivèrent au couvent des Minimes, le maréchal dînait; il les reçut avec affabilité, et, après avoir lu la requête, dans laquelle le père Diurna lui demandait dépargner sa pauvre communauté, il répondit : « Je ferai mon possible, w 11 répéta plus tard ces paroles à laumônier de son armée, qui l'implorait de nouveau en faveur des Récollets. En partant, les deux moines apprirent par les serviteurs de Villeroi que leur couvent courait de grands dangers, parce quil était très-proche de l'hôtel de ville et du beffroi, et que les bombardiers ne pouvaient pas diriger leur feu de manière à ce qu'aucun projectile ne l'atteignît. A cette

(1) Relation abrégée, ciléeplus haut, el les auteurs qui l'ont suivie.

(2) Resoltitie-Boeck.

nouvelle, la communauté donna au peuple la bénédiction avec le Saint-Sacrement, et se rendit chez les Annonciades (1).

Vers une heure de l'après-midi, un parlementaire apporta au prince de Berghes la lettre suivante :

" Le roi, plein de bonté pour ses sujets et d'attention à con- <i tribuer à leur défense, voyant que le prince d'Orange envoyé « sa flotte sur les côtes de France pour jeter des bombes dans «t les villes maritimes et essayer de les ruiner, sans qu'il en •( puisse tirer aucun avantage, a cru ne pouvoir arrêter de tels <• désordres qu'en usant de représailles ; ce qui fait que Sa !'■ Majesté m'a envoyé l'ordre de venir bombarder Bruxelles et «t de déclarer que le roi ne s'y est porté qu'avec peine, et que « dès que l'on voudra assurer que l'on ne jettera plus de bombes «i dans aucune place maritime de France, le roi pareillement <i n'en fera poirtt jeter dans celles qui appartiennent aux princes <: contre lesquels il est en guerre, réservant cependant à l'un •< et à l'autre parti la liberté de le faire dans les places qui '< seront assiégées. Sa Majesté s'est résolue au bombardement 'c de Bruxelles avec d'autant plus de peine que M=°^ l'Elec- '1 trice de Bavière s'y trouve. Si vous voulez bien me faire •t savoir ie lieu de la ville où elle est, le roi m'a commandé de « défendre d'y tirer. J'attendrai de vos nouvelles, monsieur, •i jusqu'à cinq heures du soir, après quoi j'obéirai sans différer <i aux ordres que l'on m'a donnés.

•: Du camp d'Anderlecht, le là août 169S, à midi.

«'. Le maréchal de Yilleroy. »

Le délai accordé par le maréchal allait expirer, lorsque M. de Berghes lui fit savoir que TEIecteur venait d'arriver, que l'Electrice était accouchée avant terme d'un fils, mort après avoir reçu le baptême; que, si M. de Villeroi voulait attendre encore une heure, le gouverneur-général lui répondrait lui-même. Le magistrat et le large conseil envoyèrent, en même temps, au général français une députation pour lui représenter que le bombardement des places maritimes de la France ne devait être imputé qu'au roi d'Angleterre, et qu'il serait injuste

(!) SANDERCSjI. c.

d'en rendre responsables de pauvres bourgeois, innocens de ces actes d'hostilités. Yilleroi n'eut aucun égard aux supplications des députés, mais il accorda au gouverneur un nouveau délai d'une heure et demie, pour que l'Electeur put lui faire parvenir sa réponse.

A six heures et demie, le maréchal ne voyant venir aucun parlementaire, fit jeter dans la ville cinq ou six bombes, l'une après l'autre. La première tomba Montagne de la Cour, vis-à-vis de la chapelle de Nassau, et tua un homme. Au même moment, Maximilien Emmanuel, ou, selon d'autres (1), le prince de Berghes,lui demandait un nouveau délai de vingt-quatre heures, en lui fesant observer que le roi de la Grande-Bretagne, sans lequel on ne pouvait rien décider, n'était point à Bruxelles.

En présence des ordres formels donnés au maréchal par Louis XIV, ces négociations ne pouvaient avoir de résultats; aussi, vers les sept heures du soir, Villeroi les termina en commandant le feu (2).

De sept à neuf heures, son artillerie ne lança que quelques bombes, mais depuis onze heures jusqu'au malin (5), elles tombèrent sans discontinuer. Alors s'alluma un incendie terrible, dont la violence recevait sans cesse de nouveaux alimens. La vétusté des bàtimens, le grand nombre de constructions en bois, l'encaissement des maisons dans des rues étroites, le soin que prenaient les Français de concentrer leur feu sur un seul point de la ville, tout favorisait ses progrès. En peu dinstans, il prit un développement effroyable. Que l'on se figure, s'il est possible, l'aspect sinistre d'un pareil désastre : la plus belle partie de la cité transformée en un immense brasier, le bruit de la canonnade se mêlant au fracas des murailles qui s'écroulent, les clameurs d'une nombreuse population fuyant avec les débris de sa fortune, et, comme pour couronner cette scène horrible, le ciel se teignant de lugubres clartés.

(1) Relation de la campagne de 1695, p. 8.

[2) Mercure Historique, |>. 303.

(I) Ibid., p. 237.

Le centre de la ville fut le premier foudroyé. La maison communale, dont la flèche aérienne s'élève avep tant de grâce dans les airs , servit de point de mire aux soldats de Yilleroi. Ils l'eurent bientôt atteinte; les flammes dévorèrent sa toiture, les plafonds de ses appartemens, une foule d'objets d'art, et une partie des archives de l'administration et des états de Brabant. Seule, la tour défia tous les efforts de l'ennemi. Les murs du bâtiment restèrent aussi debout, grâce à leur solidité, et plusieurs salles, particulièrement celles durez-de-chaussée, durent leur salut à leurs voûtes.

Yis-à-vis de l'hôtel de ville, la Maison du roi ou Maison au pain ( TBroodhuys) éprouva de grands dommages. Elle perdit ses élégans pignons latéraux et sa toiture, que décoraient de hautes lucarnes. Bientôt les autres constructions qui environnaient la Place ne présentèrent plus qu'un monceau de ruines. Efles servaient, pour la plupart, de lieu de réunion aux corps de métier, qui y conservaient leurs archives et une foule d'objets qu'ils avaient acquis par achat ou par don. Dans leur ensemble, ces habitations présentaient un spécimen curieux des modifications successives que lart de bâtir avait subies à Bruxelles, pendant trois siècles, de l'an 1440, époque de la construction du grand bâtiment formant le côté Est du Marché, à l'année 1691, date de la réédification de la maison la Louve, appartenant au serment de l'arc.

Le campanile du beffroi communal ou tour de l'église de Saint-Nicolas brûla, avec les cloches de la ville et un magnifique carillon fondu par le célèbre Hémony. Plusieurs rues environnantes, et entre autres le Marché au Fromage (1), souffrirent aussi considérablement. Tout à coup vers quatre heures du matin (2), le bombardement s'arrêta. ^'

Il parait que les assiégeans manquaient de munitions.

(1) Requête du boulanger Nicolas de Kempeneer, citée par M. Lkvae.

(2) Sanderus. — Le Mercure historique, I. c, dit sept heures.

comme on le crut généralement par la suite (1). Selon d'autres, le maréchal, louché des ravages que son canon avait fait en quelques heures, ordonna aux bombardiers de cesser le feu ; mais le duc de Maine, grand-maître de l'artillerie, exigea impérieusement que l'on bombardât encore vingt-quatre heures pour lui. Il désirait, à ce que l'on prétend, réduire en poudre la tour de Saint- Michel. On ajoute que les Bruxellois , imputant au bâtard de Louis XIV le renouvellement de la canonnade, lui vouèrent une haine profonde, et que lorsqu'il fit, en d702, une entrée solennelle en cette ville, du sein de la foule accourue sur son passage, il entendit à diverses reprises sortir ces paroles d'anathème : « Duc de 31 aine ^ encore vingt-quatre heures pour tnoi (2) ! »

Nous répugnons â admettre ces circonstances, qui ne sont appuyées que sur un témoignage fort suspect. L'accusation lancée par Sandras contre le duc n'est pas, ce me semble, soutenable. En effet, si la canonnade menaça l'hôtel de ville, ce fut dans le principe, tandis que, le l^ et le 15, elle frappa des quartiers éloignés de cet édifice. Autant que l'on peut en juger parles relations écourtées sur lesquelles nous avons dû baser notre récit, les Français dirigèrent leur feu de manière à incendier successivement les points quils purent atteindre. Ce qui le prouve, c'est que les bombes tombaient ordinairement, vingt à la fois, dans un même lieu, et qu'elles s'y succédaient sans relâche, afin d'écarter les travailleurs.

Les habilans, espérant que le bombardement ne recommencerait plus, reprirent quelque courage: mais, tout à coup le bruit se répandit qu'une autre partie de la ville allait être canonnée. Cette nouvelle plongea dans la consternation ceux que le désastre avait épargnés, et, si l'on en croit un auteur contemporain, ils s'empressèrent

(1) Sanderus, 1. c.

(2) La guerre d'Espagne, de Bavière et de Flandres, ou Mémoires du marquis U.

fCOL'RTlLZ DE SANDDaS), p. 630.

de porter leurs richesses dans les rues qui déjà avaient été foudroyées (i).

On vil alors à quel point la terreur dominait la population, qui ne se sentait plus la moindre force pour braver le danger. Les corporations de religieuses, surtout, semblaient en proie à une terreur panique. Les Urbanistes et les Annonciades s'enfuirent à la Cambre (2). Les dames de Forêt , se fiant peu aux sauvegardes de Vaudemont et Yilleroi, avaient abandonné leur monastère et étaient entrées, le 13, dans leur refuge, rue Haute. Elles le désertèrent aussi et se rendirent chez le résident de l'électeur palatin, Columbanus, qui demeurait près des Longs-Escaliers de Sainte-Gudule (3). Les religieuses du Petit-Bigard, à l'approche de l'ennemi, avaient aussi cherché un asile à Bruxelles; dans la confusion, elles se dispersèrent, chacune courant là où elle espérait trouver un abri; « la ville, selon leurs expressions, offrait » l'aspect de l'enfer (4) ! »

Le 14, au soir (o), le bombardement recommença avec une nouvelle fureur, et se prolongea sans discontinuer jusque dans la soirée du lendemain.

La demeure conventuelle des Récollets avait déjà failli périr, et n'avait échappé aux flammes que grâce au zèle des religieux. Le 14, le toit de chaume qui couvrait la nef de l'église s'embrasa, et la voûte ayant cédé sous le poids des bombes, tout l'édifice devint la proie de l'incendie. La façade de l'église, façade que la ville avait fait construire, vers 1680, pour récompenser l'empressement avec lequel les Récollets soignaient habituellement les malades, en temps de peste; le chœur, dont la voûte était renforcée par des ancres en fer, et la chapelle attenante, bâtie au quinzième siècle par des seigneurs du nom de

(1) Sanderus, l.c.

(3) Chronicke van Forsl.

(4) Want de stat scheen een helle te syn. îIarie Badwrns, Memorie van eenighe goede geschiedenissen des cloestersvan Opbygarden, ms.

(5) Sanderus. — a. Levae dit à neuf heures du matin.

Villain, restèrent seuls debout. De l'église, le feu gagna la sacristie et pénétra dans un caveau où se trouvaient lesornemens sacrés, et, entre autres, les richesses de la chapelle de Notre-Dame du Chant-d'Oiseaux , une des plus anciennes images miraculeuses de Bruxelles. Les chasubles et antipendia^ avec leurs franges et bordures, faites de l'or le plus fin, ainsi que les riches vélemens de la Vierge, qui n'avaient pas leurs pareils dans les églises de Bruxelles, furent dévorés par les flammes; l'image de la Vierge même ne leur eût pas échappé, si on ne lavait transportée, avant le bombardement, à la maison de la comtesse de Melin, rue d'Assaut (1).

La chute des bombes, et celle des pans de mur qui s'écroulaient, à demi-calcinés par l'extrême chaleur, empêchèrent les frères de rien sauver; tous les secours étaient inutiles, à cause de l'intensité du foyer. Ils partirent, à l'exception du frère lai Adrien Van Outers, qui resta caché dans une cave pendant vingt-quatre heures. Il en sortit le 15, au soir, les vêtemens en désordre, la barbe et les sourcils brûlés, le visage et les mains noirs de fumée, et semblable à un cyclope, comme le dit le continuateur de Sanderus (2).

Vers le même temps, la rue de la Montagne commençant à s'enflammer, les dames de Forêt s'efl'rayèrent. L'abbesse, accompagnée de trois ou quatre religieuses, s'enfuit précipitamment pour Louvain, « en faisant un tel tintamarre qu'on aurait cru que le salut de tout le pays tenait à la conservation de ses jours (3). » Elle séjourna dans cette ville, à l'abbaye de la Vigne, jusqu'au 17.

Elle laissait une grande quantité de meubles, de coffres, de linge, etc., sous la garde de quelques sœurs et

(1) Korte beschrxvinge van het beeld van Onze-Lievc-Vrouive ter yoghelen-Sangh, Bruxelles, 1752, in-12. — Docteur Coremans, il/i^ce//a?i^w de l'époque de Maximtlien Emmanuel (Bulletins Ue la commission royale d'histoire, t. IX, p. 482).

(2) Sanderus, 1. c.

(.3) Jl oft het ventes van tiet hetl landt aen hun lyf dependeerde. Chronicke van Vorst, 1. c.

d'un chapelain. Celui-ci, voyant que l'incendie se rapprochait de la maison du résident Columbanus, craignit pour le dépôt confié à ses soins. Il le fit transporter, pendant la nuit, sous les arbres du Parc, où il resta quelques heures. Le lendemain malin , le tout rentra au refuge, par les ordres du chroniqueur auquel nous empruntons ces détails.

L'argenterie du monastère n'eut pas le même sort. Déposée d abord chez les Capucins, elle avait été ensuite, conformément aux volontés de l'abbesse, transférée à l'hôpital Saint-Jean. On croyait que cet établissement serait respecté, ce qui engagea beaucoup de personnes à y déposer des objets ; des serviteurs de l'hôpital étaient chargés de veiller à leur conservation. Quand ils virent les projectiles de l'ennemi atteindre l'église et le quartier des malades, ils jetèrent par les fenêtres tout ce qu'ils purent trouver. Les bombes y tombant de plus en plus, et vingt à la fois, ils ne purent rester à leur poste. Outre ce qui fut brisé dans le désordre. Forêt perdit de riches aubes et des objets d'orfèvrerie, pour une valeur de plus de trois mille florins. On regretta surtout un crucifix en argent, orné des statues de Saint-Jean, de la Yierge et de sainte Marie-Madeleine, et qui décorait l'autel de sainte Alêne. Les chartes et autres archives du monastère se trouvaient aussi à l'hôpital, toutefois elles ne furent pas anéanties (1).

Le feu épargna, pour ainsi dire, l'église de Saint-Jean, ainsi qu'une grande salle contiguë, mais il ne resta rien des autres corps de logis. On s'était hâté de transporter ailleurs les malades; malheureusement, quatre de ces infortunés, qui furent oubliés dans la confusion ou qu'on n'eut pas le temps d'enlever, périrent dans les flammes (2).

Activé par un fort vent d'ouest, l'incendie allait toujours grandissant. On fut enfin forcé de recourir à un

(1) Chronicke van yorst,ï.c.

(2) Belation abrégée.

moyen extrême pour arrêter sa marche. Le 1^, au matin, on lit sauter quelques maisons, qu'on n'avait pas le temps de démolir. On détruisit ainsi, en présence de l'Electeur, l'hôtel de Chimai, dans la rue de l'Hôpital (1). Les Ouatre-Seaucc , dans la rue de la Montagne, au coin de la rue de Loxum, et d'autres habitations, éprouvèrent le même sort. Mais, comme l'intérêt particulier se résigne difficilement aux sacrifices que lui impose l'intérêt général, ces mesures excitèrent beaucoup de murmures, et un bourgeois dont on anéantissait ainsi la propriété, blessa d'un coup de feu le général comte de Yalsassine (2).

C'est le IS que brûla le couvent des Dominicains: il disparut en entier, à l'exception de la brasserie et d'une partie de l'infirmerie. Comme on le jugeait à l'abri du danger, à cause de son éloignement, les particuliers y avaient déposé, en grande quantité, des richesses et des papiers de famille : tout fut anéanti. Deux frères lais perdirent la vie sous les ruines. Dans l'église, l'incendie détruisit le magnifique mausolée d'Adolphe de Clèves, seigneur de Ravestcin, qui occupait le milieu du chœur, tandis qu'il épargna la chapelle de saint Philippe, où on voyait la tombe non moins fastueuse du célèbre Philippe de Ravestein, fils d'Adolphe. La chapelle des Espagnols, qui formait une annexe de l'église des Dominicains , et dont l'autel était orné d'une toile de Rubens, subit le même sort que le couvent (5).

Au milieu de l'elîroi général, des misérables, endurcis dans le crime, osèrent braver les flammes pour ravir, dans les rues abandonnées, ce qui avait échappé à l'élément destructeur. Plus d'un y périt, étouiïé par la fumée ou enseveli sous les décombres. La confusion favorisa même le meurtre, et, à ce que l'on assure, des bour-

(1) Beschrxvinghe dcr Fransche moclwil.

(2) Relation abrégée.

13) Voyez ROMBAUT, Bruxelles illustrée, t. U, passiin.

geois en profitèrent pour assouvir des haines personnelles. Il n'y eut pas moyen de punir ces crimes, parce qu'ils furent commis dans un de ces momens où l'autorité se trouve sans force et la justice désarmée. Le parc était encombré d'une multitude de malheureux de tout âge et de tout sexe, qui remplissaient l'air de cris et de gémissemens (1). D'autres avaient quitté la ville et erraient, éplorés, dans les campagnes environnantes.

Cependant, la garnison manquant de poudre et de boulets , n'opposait à l'ennemi que quelques rares volées de canon. On dit que les bourgeois des sermens se servant, dans leur indignation, de pavés pour charger leurs pièces tirèrent sur les ennemis qui s'approchaient de la place, et qu'ils tuèrent quelques officiers et soldats, qui furent ensevelis à l'abbaye de Dilighem et à la chapelle de Scheut. L'Electeur Maximilien se porta partout où sa présence était nécessaire, bravant les plus grands dangers avec le sangfroid du guerrier. Un boulet passa près de son cheval et faillit le tuer, sans qu'il manifestât la moindre émotion (2). Le prince de Berghes et quelques seigneurs de la cour rendirent aussi de grands services, en dirigeant ceux qui aidaient à éteindre les flammes (3). Nul doute que de courageux efforts aient été tentés pour arrêter les ravages du fléau. Combien il est à regretter qu'on ne nous ait pas mieux conservé la mémoire de ce qui se passa dans Bruxelles pendant les journées funestes du 13, du 14 et du 15 août. A côté des scènes de terreur qui attristèrent alors notre patrie, nous aurions pu retracer quelques-uns de ces actes de dévouement dont le souvenir inspire des idées généreuses, et qui sont une faible, mais douce consolation, des malheurs de la guerre.

Le feu cessa enfin le lundi 1 5 , jour de l'Assomp-

(1) Relation abrégée.

(2) Ibid.

(3) Relations véritables du 19 acùl.

tion, au soir (1), vers quatre (2) ou cinq heures (3).

Les Français, selon le MeQ-cicre hhtoriqne, avaient lancé dans la ville près de deux mille bombes et quantité de boulets rouges. Us se mirent aussitôt à démonter leurs batteries, et. le 17 (4). ils se retirèrent, abandonnant un de leurs canons qui, le lendemain, fut amené en ville (o).

En retournant à Enghien, ils firent courir le bruit qu'ils allaient faire subir le sort de Bruxelles à plusieurs de nos cités, ce qui jeta partout une épouvante affreuse. On crut d'abord que leur armée se dirigerait vers la Flandre ou prendrait le chemin de Mons, mais elle n'en fit rien, et marcha du côté de Namur (6). Dès le i7, Vaudemont avait rallié dAthlone à Waterloo, puis rejoint l'armée du roi d'Angleterre. Celui-ci attendit dans ses lignes le général français, qui n'osa pas l'attaquer, et Boufflers, qui défendait encore le château de Namur, rendit celte place aux assiégeans, le 1" septembre (7).

Un événement aussi glorieux pour la cause des alliés devait exciter dans Bruxelles des transports de joie. Le magistrat en félicita l'Electeur par la lettre suivante :

>t Monseigneur, « Nous ne pouvons pas manquer de congratuler votre Alteze

(1) Sandebus, l. C.

(2) Relations véritables du 19 août. — Et non pas â miJi, comme le disent la Relation de la campagne de 1695, p. 39, le Mercure historique, Rapin de ThotraS et d'autres écrivains.

(3) C'est l'instant indiqué par les lignes suivantes, qui constituent chacune un clirunograiïime :

DeciMâ tertlâ aUgUstI horâ seXlâ triste BrVXeLenses Ustl, DeCIMâ qVarlà aVgUstI fUerVnt fVlgUre et tonltrV tristlores. DeCIMà qUIntâaUgUslI horâ qVIntâ absoLJ'erUnt hostes, ablerUntqCe. lia Ut fUerlt mis régis eXeCUtIo qUaDragInta scpteM horls, ablt [&ic), SeX MILLe aeDIbUs et aris, atqUe paLatlIs InsIgnlbCs InUslIs, ForMosIoreqUe CiVItatls BrVXeLensIs Vslo atqVe DeVastalo, Pop ULIs et eorVM effectlb Us Désert Is et eX Urbe eXItis. Fragmens de l'Histoire de Bruxelles, nis.

(4) Relations véritables, 1. c.

(5) Mercure historique, p. 237.

(6) Il)id.,l.c.

(7) Relation de la campagne de 1695, p. 41 et siii v.

Electorale au subject de la réduction du chasteau de Namur. exécutée par sa valeureuse conduilte, et luy donner en mesme temps part que les étincelles du triste embrasement ont d'abord icy esté employées pour allumer les feux de joye, tant est en vénération la vertu d'un prince si relevé, que la bénignité extraordinaire qu'il at tesmoigné, accourant au milieu des bombes pour assister et consoler le peuple affligé, at fait moins ressentir le malheur qui leur surprit pendant sa ditte expédition, et que ses actions héroïques nous font oublier les calamitez passées, et espérer de voir un jour le rétablissement de ce pays. Sur cette confiance, priant Dieu pour la conservation de Sa Personne Electorale et le succès de ses bons desseins, nous demeurons en très-profond respect, «t Monseigneur,

«i De votre Alteze Electorale,

« Les très-humbles et très-obéissans serviteurs. «t Bourgmestre, eschevins et conseil de la ville de Bruxelles.

« 6 septembre 1695. «

La superscriplion était : A Son Alteze Electorale, au camj).

Le 8, à cinq heures après-midi, un Te Deuni fut chanté à l'église de Sainte-Gudule, pendant qu'à trois reprises le canon de la ville, traîné sur les remparts, tirait en salve royale (i).

On continuait à retenir leau de la Senne dans les prairies d'Anderlecht; on n'ouvrit les écluses que le 9 septembre, sur l'ordre écrit du prince de Berghes, en date du même jour (2). 11 paraît que cette mesure de précaution ne fut pas tout-à-fait inutile , et que l'armée ennemie fit un second mouvement offensif vers Bruxelles, puisque, le 24 août, dix régimens d'infanterie et mille dragons arrivèrent, (( pour la défense delà ville, après une marche continuelle de quinze milles. » Sur lïnvitation du Conseil d'Etat, le magistrat résolut, le 26, de leur distribuer de la bière et d'autres liqueurs, dont le prix

(1) Copye-Boeck, aux Archives de la ville.

(2) Resolutie-Boeck.

serait retenu sur le premier subside accordé au roi (i).

La nouvelle du bombardement de Bruxelles produisit dans toute l'Europe une sensation profonde. La cour de Versailles, toute habituée qu'elle était à mépriser l'opinion publique et les plaintes des peuples, fut honteuse du succès de cet acte de vandalisme. Pour se justifier, elle publia le manifeste suivant, qui ne convainquit personne :

« 11 y a deux ans que les alliés font consister leur plus grande gloire à bombarder les villes maritimes de France et à désoler, par leurs continuels incendies, de pauvres habitans qui n'ont aucune part à la guerre, que les souhaits qu'ils font de la voir finir. Cependant, quelque facilité que le roi ait eue de porter, dans les principales villes de ses ennemis, de plus grands dommages que ses sujets n'en ont reçus. Sa Majesté a toujours cru que les alliés, faisant de sérieuses réflexions sur tout ce que leur pays pourrait souffrir de son juste ressentiment, mettroient fin d'eux-mêmes à cette manière de faire la guerre. Mais, comme la trop grande répugnance qu'elle a faitparoître à user de représailles, a fait croire aux ennemis qu'ils pouvoient impunément essayer à mettre le feu dans toutes les villes de France situées auprès de la mer, elle s'est enfin vue forcée de faire sentir à la ville de Bruxelles, comme à la capitale des Pays-Bas, les effets réciproques de semblables actes d'hostilité, offrant néanmoins, comme elle a fait, de les faire cesser aussitôt que les alliés voudroient en convenir. En sorte que, si la dite ville de Bruxelles, et toutes celles des ennemis qui pourront à l'avenirêtre exposées àdc semblables représailles, y trouvent leur ruine inévitable, elles ne le devront attribuer qu'au peu de cas que les chefs de la ligue font de la conservation des peuples qui leur sont soumis, et, au lieu de donner des éloges, comme depuis deux ans elles le font , aux continuels bombarde-

(1) Hesoliilie-Bocck.

mens que leurs flottes ont exercés sur les côtes de France, elles auront plus de raison de traiter la continuation de ces grands exploits de barbare vengeance, que de qualifier de ces termes, comme elles ont fait, ce que les armes de Sa Majesté viennent d'exécuter contre la ville de Bruxelles, en présence d'une grande armée qui auroit pu garantir cette ville de l'incendie, si elle eût voulu livrer bataille à celle de France , qui en cherchoil l'occasion (i) ! »

A ce tissu de faussetés manifestes, on répondit par ces réflexions pleines de force et de justesse :

« Avec quel front la France ose-t-elle avancer que les alliés, depuis deux ans, font consister leur plus grande gloire à bombarder ses côtes et à désoler les peuples? 11 y a quinze ans qu'elle se sert injustement de bombes et de carcasses ; il y a quarante ans qu'elle désole une infinité de peuples... Peuples! la France n'a jamais rien entrepris sur vous que par représailles. — Effronterie admirable! En 1688, elle atlaqua Gènes avec une furie barbare, et à coups de canon et de bombes, qui sembloient sortir de l'enfer, elle réduisit en cendres la plus belle partie de cette grande ville, et força cette république, en menaçant de mettre tout à feu et à sang, d'envoyer son doge, dans un âge décrépit, à Paris, demander pardon au roi d'une faute de cérémoniel, et lui rendre grâce de ce qu'on ne les avoit pas entièrement ruinés. — Vous vous trompez, Génois, ce n'est pas la nation française qui vous a bombardés ; habitans du Luxembourg , d'Audenaerde, de Charleroy, de Liège, ce n'est pas la France qui a ruiné vos maisons par ses bombes et par ses carcasses; elle n'en avoit pas encore, en ce temps-là, la connoissance, etc. (2) »

(T) Arerci/re^iff^oriqrMC, septembre 1695, p. 296. —Capkfigtje, Louis XIV, son gouvernement et ses relations diplomatiques, t. III, p. 180 (édit. de Brux., Grégoir, Wouters et Ce, 1842). — M. Levae, I. c, p. 240.

(2) Réflexions sur les raisons que la France allègue pour justifier le bombardement de Bruxelles, Ratisbonne, chez Pierre Constant, 1695, 8 pages petit in-4''.— M. Levae, p. 242, signale à tort cet opuscule comme inédit. Voyez les Nouvelles archives des Pays-Bas, de M. df. Reiffenberg, 1. 1, p. 105.

Celte guerre de plume, à laquelle prit part un autre écrivain, auteur d'un opuscule intitulé : Lettre de Lucifer à /a i^r«nce(i), n'aboutit àaucunrésultat. LouisXIV persévéra dans le système de guerre quil avait adopté, et qui consistait à ruiner le plus possible le pays ennemi: en l'année 1696 ou 1697, ses lieutenans se disposèrent à bombarder Bruges, qui dut son salut à une marche rapide de l'Electeur. Il ne sera pas inutile de faire observer ici que l'évêque de Munster qui. en 1672, seconda le roi de France dans sa guerre contre la Hollande, fut un des plus zélés propagateurs de ce moyen énergique de destruction, et qu'il prit plaisir à le perfectionner.

Selon la Relation de la campagne de Flandre, le quart environ de Bruxelles fut réduit en cendres. Ceci est exact, si l'on ne considère que l'étendue des lieux qui soufïrirent du feu des batteries de Villeroi, mais comme ils formaient la partie la plus riche, la plus commerçante, la plus peuplée de la ville, on peut fixer le nombre des maisons dévastées à un tiers du nombre total. En efïet, il y en eut 5,820 entièrement détruites, et 460 fortement endommagées (2). Ce qui y périt en marchandises, meubles, richesses de toute espèce, fut immense: quelquesuns l'évaluaient à vingt-deux ou vingt-trois millions (3), le maréchal deMérode-Westerloo (4) l'estime à soixantedix millions, chiffre évidemment exagéré, car il suppose une perte moyenne de seize mille florins par habitation. On aurait pu, ajoute M. de Mérode, soustraire aux flammes plus de la moitié de cette valeur, si Ion avait pris la précaution de laisser et de faire sauver à temps les effets, au lieu de l'empêcher, et de rassurer, mal à

(1) M. I,F.VAE , p. 245 et suiv., en a publié des fragmens.

(21 C'est le chiffre indiqué dans Xn Beschrjvinghe der Fransche moetwil. La Chronicke van Vorst, Sanderus, la Relation abrCgêe du bombardement , disent 4,000 maisons. Le Mercure historique n'évalua d'abord qu'à 1,500 le nombre des maisons détruites ou dégradées ; depuis il porta à 2.500 le chiffre des bAtimens brilles.

(3) Beschrjvinghe der Fransche moetwil. — Bruzk.n de l.^ Martisière.— Rapindk

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