‹ Bombardement de Valparaiso (documents officiels) suivi du Combat du CallaoChapitre 2 sur 32 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Santiago, 1*' avril 1866.

Nous avons à raconter au monde civilisé une de ces horribles catastrophes, qui déshonorent la nature humaine et le siècle où nous vivons.

La tempête de fureur que déchaîna, dans la péninsule espagnole, la nouvelle de la capture de la Covadonga par un navire chilien, est venue éclater sur notre pays. L'Espagne déclarait avoir besoin de venger rhonneur de son pavillon :

Il est vengé ! mais comment? Non comme il convient à une

nation jalouse de sa dignité ; non avec l'épée du soldat,

non avec le courage du marin luttant, en mer, contre nos ,,„iMAdc0â.-i)t nos fortifications de Chiloë : TEspagne préparait

un autre genre de vengeance, moins glorieux, mais aussi plus sûr et plus facile. Elle croit que 'honneur de son drapeau est sauf, parce qu elle a réduit en cendres la plus grande partie d'une ville sans défense, l'orgueil du Pacifique, par sa civilisation, son activité et sa richesse !.^.

Le 27 mars, 1866, le commandant général d'armes, de Yalparaiso , le corps diplomatique résidant à Santiago et le corps consulaire de Yalparaiso reçurent diverses communications de l'amiral espagnol, dans lesquelles ce dernier leur* notifiait le prochain bombardement de la ville, fixant un délai de quatre jours pour que les vieillards, les femmes,, les enfants et les non-combattants abandonnassent la ville.

A la note adressée aux représentants étrangers était joint un exposé des motifs qui obligeaient l'Espagne à procéder ainsi contre le premier porl du Chili. Tous ces documents étaient rédigés en termes ambigus et contradictoires. Ainsi^ par exemple, dans les communications reçues pat JeB corps diplomatiques et consulaires i on parlait du

r bombarde miiiit des édifices publics, tajidîs que, dans la nâ| 1 coinuiaudant général d'armes, on annonçait le bombardement de toute ia ville.

Lo commandant g(5néral accusa réception de la note du chef espaguot, protestant contre l'injustifiable attentat qui &o préparait et repoussant péremptoirement la distinction de combattants et de non combattants que l'ennemi faisait, dans une ville ouverte, sans armes et sans autre défense que les lois sacrées de la civilisation et de l'humanité.

Les résidents étrangers, dont les intérêts représentaient la plus grande partie dos valeurs mobiles de Valparaiso, s'émurent profondément. Dans les entrepôts de la douane, immense édifice qui allait positivement servir de but aux artilleurs espagnols, existait un dépôt de 25 à 30 millions de piastres en marchandises, appartenant à des citoyens anglais, français, allemands et américains du Mord.

Déjà, depuis que les bruits de bombardement avaient pris

Ido la consistance, les consuls des diverses sections da l'Allemaguo, les résidents de cette nationalité et les citoyens américains s'élfiient adressés au comniodorc Rodgers, commandant de la redoutable escadre américaine mouillée dans nos SBUS, — demandant la protection de ses forces contre l'attentat iarbaro qui se préparait contre la propriété des neutres. Les résidents anglais s'adressèrent aussi à l'amiral Denman, cbef de la station anglaise, qui leur promit formellement de les défoudre. Mais cet officier ayant rétracté plus tard sa solenuello promesse, ses compatriotes cberchèrent à émouvoir l'esprit de l'honorable W. Thomson, ministre résident do la Grande-Bretagne, qui se trouvait à Valparaiso depuis cette nouvelle et très^gravo complication.

La situation si critique du commerce des neutres, les clameurs et les supplications des nombreux i:é&vift»SA fe'vs.iss.î-

îi's, cl, plus que tout, peut-être, la conscience de leur posi- 1 de représentants de la politique des États-Unis dans rnérique du Sud, impressionnèrent vivement le ministre %t le Commodore américains. Après avoir continué leurs efforts en faveur de la paix, dans la mesure de la dignité do notre République, le général Kilpalrick s'occupa activement d'obtenir une décision des représentants étrangers.

Mais les plans et la bonne volonté du ministre américain échouèrent complètement, et l'intervention des puissances européennes, en faveur de leurs nationaux, se borna a des protestations diplomatiques et consulaires plus ou moins énergiques.

De leur côté, les représentants des gouvernements du Pérou et de l'Equateur s'adressèrent à Mendez Nuiïez, protestant contre cet acte barbare et sans exemple, et annonçant que leurs gouvernements respectifs se verraient, le cas échéant, dans la triste nécessité d'exercer de terribles représailles contre les Espagnols résidant dans leurs pays.

Au fond de tout ce stérile bruit diplomatique, une vérité terrible et sinistre restait dans tout son éclat : la ville était condamnée !

Dès que les premiers bruits du bombardement commencërentà circuler, la population en masse se prépara vaillammcntl au sacrifice. Cependant un grand mouvement d'évacuation! commença : de lourJcj charrettes tirées par des chevaux, desl mules ol des fines, dos journaliers chargés de balles de mar- ■ cbniidiscs, de meubles et d'ustensiles de ménage obstruèruuf, pendant quatre jours, les rues do Valparaiso.

Abandonnés par leur? protecteurs naturels, les résidents | neutres n'eurent d'autre parti à prendre que celui de la résiguatioQ. Le nialbuur commun et la réprobation générale du. j j--i-/inû que l'amiral espagnolse proposait d'exécuter établirent, J

entre eux et la populalion nationale, une solidarité de sontitncnls et d'appréciations qui devint, por moments, plus tenace et plus intime. Néanmoins, les An^-lais n'accepteront pas la situation qu'ils devaient à la faiblesse de leurs représcnlants diplomatiques et militaires, sans manifester leur juste colÈre. Un mccling eut lieu le 29 mars, et on y adopta des résolu-'lions très-défavorables k la conduite de ces fonctionnaires, — résolutions qui révélaient la légitime indignation de citoyens accoutumés à trouver un appui dans leur gouvernement et dans ses agents, qui les laissaient exposés à une ruine complète.

Une dernière espérance restait au commerce neutre. L'amiral "espagnol avait manifesté vaguement, dans sa note aux I consuls, qu'il bombarderait seulement les édifices appartenant I Hu fisc, respectant, autant que possible, la vie et les propriétés des habitants. En outre, dans plusieurs entrevues, et très-pai"liculièroment, en présence des consuls d'Anglelcrie, do France et de Belgique, il avait déclaré solennellement qu'il canonnerait seulement les édifices de l'Klat chilien. Ces déclaratioiis inspirèrent beaucoup d^ confiance, car, l'incendie n'étant pas . à craindre, la propriété des neutres se trouvait parfaitement [à l'abri de la destruction dans les dépôts publics ou paiticuriiers. Confiants dans la parole d'honneur de l'amiral, laplu- Lpart des principaux négociants de Valparaiso, Français, rBelges, Anglais, etc., ^'abstinrent de retirer leurs marchanrdifcs des magasins de la douuuc, opération qui demandait ^des frais considérables et suscitait aux commerçants des cm> ubarros de tout genre.

■ La République ùa Chili n'hésita pas devant la sauvage ■jneuaco suspendue sur sn plus florissante cilé ntiuiliine.

■ Valparniso se soumettait au sacrifice, avec te calnin et IL cournge des peujiles les plua UéTOï^c» à*s\Vxs.V«vv»t^"^ ^^*^ ■

se fit pas entendre une voix pour conseiller des concessions. Le Chili résolut la perte de ses villes, de ses richesses et de ses citoyens, plutôt que de céder à la brutalité de son ennemi. La nation voulait, avant tout, sauver son honneur.

Dans ces circonstances, le gouvernement de la République désirant préserver d'une destruction imminente la plus opulente de ses villes maritimes, adressa au commandant Mendez NuSez une proposition de combat à forces égales, dont le Commodore Rodgers s'offrit à être juge, — combat qui devait mettre fin à la guerre, le vaincu se soumettant aux exigences du rainqueur. Cette proposition paraîtra d'autant plus opportune si Ton se rappelle que le commandant espagnol, dans son,^ manifeste aux ministres étrangers, énonce; "ïomme raison justificative du bombardement, lo fait de n'avoir pu trouver, à la portée de ses canons, les navires de Tescadre alliée. La fausseté de cette affirmation n*est un mystère pour personne au Chili, oii sont connus Péchec des frégates espagnoles, à Abtao, et la honteuse retraite de la Numancia devant notre escadre réfugiée dans le port de Huitî,

Le vénérable amiral Don Manuel Rlanco y Encalada, l'un des plus héroïques champions de l'indépendance du Chili, sollicita rhonneur de détruire l'escadre espagnole, dans les eaux mêmes de Valparaiso, ou de périr, avec la flottille chilo-péruvienne, pour la défense de la plus sainte cause. — Mais l'amiral Nunez, n'acceptant pas le combat offert par le gouvernement de la République, se prépara à exécuter les hautes œuvres ordonnées par le gouvernement de Sa Majesté Catholique.

Avant de commencer son œuvre de destcuction, l'amiFai espagnol adressa, pour la forme, au gouvernement chilien, Vullirmtum suivant :

Le gouvernemr>nt du Chili remettra à l'amiral Nuïïez une Note dans la quelle il déclarera:

l* N'avoir eu aucune intention d'insulter l'Espagne;

2" Que le traité entre le Chili et l'Espagne n'est pas annulé par la guerre, mais seulement interrompu;

â° Que la Covadonga sera rendue avec son armement, son I équipage et ses officiers.

II. En réponse à cette Note, l'Espagne déclarera qu'elle n'a f aucun désir d'humilier le Chili ou de s'emparer d'une partie de I son territoire, et «ju'elle rendra, en échange de la Covadonga,

les prisonniers chiliens et les navires de commerce saisis dans I les eaux chiliennes.

III. Un salut réciproque de vingt et un coups de canon sera tiré. |je Chili tirera le premier coup de l'un de ses forts, et un

I navire de l'escadre espagnole répondra coup pour coup.

, L'amiral auriez se rendra ensuite à Santiago, en qua- [ Uté d'envoyé extraordinaire, pour donner pleine sanction au t nouveau traité do paix.

L'amiral Nunez s'engagea à attendre la réponse du gour vernement chilien jusqu'au S7 mars, à huit heures du matin.

Aucune de ceacondilions ne )|touvû\. &Vi« %c£A,\\^%.t<e><-'NK>'^ .

■ — rejet fut longuement motivé par M. Covarrubias, ministre des affaires étrangères.

Le ministre alléguait, pour principales raisons: — en premier lieu, que le Chili ne pouvait accepter la paix, tant que les républiques sœurs et alliées continueraient à être menacées. En second lieu, qu'il ne pouvait consentir à échanger la Covadonga^ capturée dans un combat loyal, en mer, pour des bâtiments marchands, saisis par les Espagnols dans des ports sans défense.

La nouvelle du rejet de Tultimatum espagnol se répandit promptement dans la ville de Santiago, et le télégraphe la . transmit à Valparaiso.

L'émotion, on le conçoit, tut grande dans les doux villes; mais la conduite digne et ferme du gouvernement fut unanimement approuvée, même par les étrangers. Les représentants des puissances étrangères tinrent une conférence et se rendirent en corps à Valparaiso, pour tenter un dernier effort.

L'amiral espagnol répondit par un manifeste long et diffus, dont voici l'analyse: cr II rappelait les prétendus griefs de l'EspagUQ et prétendait se trouver dans la nécessité de bombarder Valparaiso, parce qu'il n'avait pu atteindre la flotte chilo-péruvienne, pour lui livrer combat.

Cette flotte^ disait-il, s est retirée dans des endroits rendus presque inaccessibles^ non-seulement par la nature et par les brouillards y mais parles obstacles que les Chiliens ont accumulés dans des passages étroits,

€ Conséquemment, l'escadre espagnole ne pouvant, qu^au p'ix de trop de témérité, aller jusqu'à portée de canon des navires chilo-péruviens, l'amiral Nunez était bien résolu à bombarder Valparaiso et toutes les autres villes quHl lui piûirûiî de traiter de la même façon, a

Ce manifeste porlnta dote du 27 mars 18661 A ce manifeste le gouvernement chiliea répoDdit par la proposition dont nous avons déji parié, — dans les fermes

Valpuraiso. 3U mars ISCG.

Monsieur,

Le ministre de la marine m'ordonne de vous écrire ce qui suit :

L eLe gouvernement de la République a eu conuaissance, Bpar les journaux, du manifcsle adressé au corps diplomatique étranger, à Santiago. Dans ce. document, on prétend que l'escadre espagnole est poussée b. r.exécrnhle mesure de bombarder une ville paisible et sans défense, par suite de l'absolue impossibilité où elle est de se mesurer avec lu petite escadre chilo-péruvienue, au milieu des obstacles et des brouillards qui entourent l'archipel de Chiloé.

Ce prétexte n't-st pas admissible de la part d'une puissance qui prétend être généreuse, et qui cherche à atténuer le plus injustitiable des outrages, car des navires espagnols ont pénétré, sans difficulté, jusqu'à Abtao, et s'ils n'ont pas poussé jusqu'au mouillage de notre escadre, c'est que certainement CL'la ne leur a pas convenu.

On ne conçoit pas qu'il soit impossible aux frégates espagnoles Blanca, Resolucion, Berenguela et Villa de Madrid, de naviguer dans un canal où lu frégate péruvienne Apurimac, qui a nn tirant d'eau beaucoup plus fort, a pu navi^'uer sans difnculté.

Mais puisque le chef de Tescadre ennemie se retranche derrière cette prétendue impossibilité, et la donne comme excuse, le président de la République a voulu enlever jusqu'au plus léger prétexte qui pourrait être allégué, et il a donné des ordres pour que la proposition suivante vous fût transmise :

ft Vous proposerez au chef de l'escadre ennemie, M. Men- > dez Nunez, un combat entre les forces maritimes dont » disposent le Chili et le Pérou, et les torces que ledit chef

* espagnol a sous ses ordres. Comme ces dernières forces » sont incomparablement supérieures aux premières, non- » seulement par le nombre des canons, mais aussi en raison

* de la présence de la frégate cuirassée humancia, il est » juste que ce navire ne prenne point part au combat : les » éléments de la lutte seront alors égaux.

» Et, afin que les brouillards et les obstacles de Tarchipel » deChiloé ne soient pas invoqués comme une cause de refus,

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