‹ Bombardement de Valparaiso (documents officiels) suivi du Combat du CallaoChapitre 32 sur 32 · PROTESTATION DU GOUVERNEMENT ARGENTIN · texte numérisé non relu

PROTESTATION DU GOUVERNEMENT ARGENTIN

A , S. Ex. M. le Minisire pténipolenliaire de la républiqve ArgeiUine près le yûuverneme7it de S. M. C, M. Mariano Batcaree,

Monsieur le Ministre,

Le peuple argentin vient d'apprendre avec une dontoureu$e émotion. que la ville de Valparaieo a été bombardée et de propott délibéré incendiée par les forcée navale>! du gouvernement de B. M. C. qui bloquaient le dit pOTt.

l civiliiiaiion des tempe modernes a déjà conBacré le principe que lei opérationR de guerre doivent être limitées à des actes qui tendent directement h l'isBue de la lutte, condamnant ceux dont l'unique fin serait de causer Bans nécessité un prt^judice à l'ennemi, pour la satisfaction d'un» cruelle et stérile vengeance.

En bombardant et en incendiant une ville esEcntiellement commerciale, et sans défense, le gouvernement deS. M. C, qui, parcetie rigueur extrème. n'a pas augmenté «a puissance, ni affaibli l'ennemi, ni même rapproché le terme de la guerre, le gouvernement de 8. M. C. a violé uuvertament le principe qui sert de garantie à toute les nations civilisées.

I le gouvernement de 8. M. C. iaU avec i\\ift\"ïci'>iî'i\\e%wwt-ïv*i

— lec —

la République a suivi la marche des événements, dont le Paciûque était malheureusement le théâtre.

La nation argentine, liée récemment' au peuple espagnol par un traité d'amitié, par un commerce étendu et par une nombreuse et industrieuse population qui s'accroît constamment, liée d'un autre côté, au peuple du Chili par les mêmes liens et par la tradition, vivante encore, de la communauté de dangers et de gloires, dans la lutte où nous avons conquis notre indépendance, le gouvernement argentin, sans chercher à pénétrer les causes de cette guerre entre deux nations amies, s'est borné à déplorer de n avoir pu éviter les maux qui devaient dériver d'une si terrible extrémité, en observant la plus stricte impartialité, qui, selon son espoir, aura été dûment appréciée par le gouvernement de S. M. C.

Le gouvernement argentin entend que cette même situation spéciale qu'il s'est faite l'autorise, en toute justice, à protester devant S. M. C, contre l'emploi de moyens contraires aux principes consacrés par le droit des gens, et pour les dommages que ces moyens auraient causés ou pourraient causer aux citoyens argentins et à leurs propriétés, dont l'indenmisation respective sera sollicitée opportunément, et à déclarer en même temps combien il serait difficile de maintenir les bonnes relations, qui heureusement existent entre les deux pays, si le gouvërrieibent de S. M. G. persistait à employer les mêmes moyens de guerre contre les peuples d'Amérique.

V. Ex. donnera copie de cette note à S. Ex. M. le Ministre d'État de S. M. G. — Dieu vous garde.

RUFINO DE ELIZALDE.

X 1 biro

PHOTESTATiON DE LA PRESSE DE BUENÛS-AYRES

Bninos-Ayres. 33 avril 1B6C.

En prennes de l'attentat commiB par les forces espagnoles en bom- I bardant la ville de Valparaiso, place purement commerciale de la République du Chili, tail contraire à tout principe et à tout droit. la presse de Buenos-Ayres, unanime, déclare ;

Qu'elle considère le bombardement de Valparaiso comme un attentat indigne d'une nation civilisée;

Que l'armée et le gouvernement espagnols ont rétrogadê jusqu'aux

temps de barbarie où était en videur cette maxime de guerre qu'il allait

bire le plus de mal possible à l'ennemi :

Et, en même lempx. atti?ndu qu'en Taisant cette manlfentatlon, la

L presse de Buenos-Ayres n'est que l'interprète des sentiments du peuple

I argentin, elle demande à la presse de toute la République son adhésion

l acte de réprobation contre un fait sans exemple dans les temps

I modernes.

I Mariano Varola, rédacteur de la " Tribana •• — Carlos Alfredo d'Amico, Ednardo Wilde, rédacteurs du " tfacional - — Salustiano Zavalia. José M. Gutierreï "Nation Arjentina •■ — Isanc Tétanos " Pufftiu •• — Augustin de Vedia ■■ La America ■• — J. M. Canlilo, directeur du •■ Car- Tto dti Domingo ■• — i.I. G. et E. I Mulhall ■■ Staniari - Raoul Legoul, (Jh. Cerry, .. Courrier de la Plata •■ — L. Cboquet " Moiqwto >■ — HPnrique Curth. ■ Journal Adimand. ■

CORPS LKCtISLATIF de L'EMPIRE FRANÇAIS

DOMBARDEMENT DE VALPARAISO

Séance du jeudi 14 juin 1866

Préflldenre de H. IValewski. — Discours de H. Gamler-Pacèt

et de H. Bonhcr, minlslre d'État

Extrait du compte rendu analytique)

GARNiER-PÂGKS. — Nous ïiavons pas à examiner la cause de la guerre

qui a éclaté entre l'Espagne, le Chili et le Pérou; nous n'avons à nous occuper que de la grande question d'humanité.

Apros avoir mis devant Valparaiso un blocus dont se sont plaints les commerçants de tous les pays, le gouvernement espagnol a menacé Valparaiso d'un bombardement. Valparaiso est une ville ouverte, sans défense, peuplée de 80,0(H) habitants, l'immense entrepôt de marchandises qui alimente l'Amérique du Sud par l'intermédiaire des négociants de toute l'Europe. Valparaiso, menacée d'un bombardement, voulut se servir des moyens employés en ce moment dans les luttes "tnaritimes ; le gouvernement chilien voulut faire venir des torpilles à Valparaiso. Aussitôt le consul et le vice-amiral anglais réclamèrent et dirent au gouvernement chilien : Ne faites pas cela, ne donne aucun prétexte au bombardement et à l'incendie de Valparaiso ; c'est une ville ouverte, une ville de commerce ; la France et l'Angleterre pendant la guerre de Crimée ont respecté Odessa et toutes les villes de commerce; vcus avez droit au même respect si vous ne prenez aucune mesure pour attaquer la flotte ennemie.

il advenu? Mal!ieur(!ugement k tloue cliilîenuo remporta une victoire et s'empara d'une corvette espagnole. Le gouvernement espavenger ù tout prix ; il proclama son droit et son intention . villes (iésarmée?.

gnoV voulut s I df détruire le

^^L EUGÈNE PEl ^^V GARNIEIl-PA

[^^^ proteste pas i

EUGÈNE PELLETAN. — C'est «hominBltle !

e en Angleterre on ne

GARNiEii- PAGES. — Il est tmpossibis qu'ici

~ proteste pas contre de telies maximes ; on peut dire en effet qu'elles nous

font rpculer ver« les sièclp* barbares. (Cest vrail — Très-bien ! sar plu-

ksleurRbaiics.) L'amiral espagnol menaça Valparaiso de bombardement et d'incendie BOUS le prétexte que la Hotte chilienne s'était retirée dans des endroits iiresque inaccessibles. Ainsi la flotte espagnole n'alla pas cliercher l'enne^ ni là où il y aurait eu péril iile rencontrer; elle préféra attaquer et déiFuiro une ville ouverte I ■.'Tr&s-bien ! très-bien! autour de l'orateur.; Le ^uvernement chilien eut alors une idée que le Moniteur françaiii a qiwliQée de chevaleresque et dans îaquelle les feuilles espagnoles virent une insulte ; le gouvernement chilien proposa de mettre en présence, à 10 inillea au large, devant Valparaiso, avec le commodore américain pour juge

Éde camp, 3 frégates et 2 corvettes espagnoles d'une part, et de l'autre } frégate et 4 corvettes chiliennes; c'était mettre 99 canons en présenco ia 150. L'amiral espagnol refusa et fit connaître son intention de délruire la ville, le 31 mars.

Ici le drame commence. Protestation du commandant militaire de Valparaiso, qui dét'lare qu'une wlle ouverte, sans défense, centre commercial impwtant. ne pouvait être considérée comme place de guerre. Protestation du corps consulaire, qui rappelle les intérêts considérables qu'ont les étrangers à Valparaiso. Pétition du commerce français qui réclame l'intervention morale du chargé d'affaires de France. Protesiations énergiques des chargés d'aflïiires d'Angleterre et de Franco. Offre faite aux représentants des autres puissances, par la légation des Etats-Unis, de s'opposer par la force au bombardement. Malheureusement, faute d'autorisation, les représentants de ces puissances ne purent accepter cette proposition.

■ L'konoralile membre donne lecture de ces divers documenlt, d'où doit tortir, dit-ii, une rérlamation potilive .

Malgré ces représentations généreuses, le 31 mars, jour indiqua pour le bombardement, les vaisseaux anglais et américains, qui se trouvaient placés entre la flotte espagnole et la ville, s'étant éloignés, la (lotte espagnole, au nom d'un droit maritime qu'on ne saurait plus recoticiaiw», '■^^to.'œbsjv»* d'approbation;, arrive en lifine de \i!ila.\\.\« p\. tt.\ciî*w»ïaTO.ev>.tw>LV.\ft-wiR^«»

el Tincendie. Quatre jours avaient été donnés pour enlever iOO millions demarchandigef < Ëtgit-ae un délai suffisant? Evidemment non.

La population seule avait pu s'éloigner ; elle s'était réfugiée sur les hauteurs voisines d'où elle assista au spectacle odieux du bombardeotenl d*une ville sans défense.

ERNEST PICARD. — G*est abominable !

GARRiER-PAGBS. — On était convenu que des drapeaux seraient placés sur les hospices où il ne restait plus que les makdes et les sœurs qui les .soignaient ; cependant les boulets atteignent les hospices. Une rue où habitent en grand nombre de nos nationaux est l'objet des attaques directes des vaisseaux espagnols. L'entrepôt, qui était rempli de marchandises appartenant aux neutres, est incendié; 151 magasins deviennent la proie des flanmies. Voilà les résultats de trois heures de bombardement. L'amiral espagnol s'éloigne ensuite, en menaçant de revenir. Les Français ont éprouvés des pertes considérables; pertes qui, il faut l'espérer, ne seront pas définitives, car la France a un droit incontestable à des revendications. (Bruit.)

EOGÊNË PELLETA N. — Écoutez! ces réclamations valent bien celles du Mexique. '

Voix nombreuses. — Mais tout le monde écoute.

GARNiER-PAGÈs. — Les pertes réunies des puissances neutres s'élèvent à 41 millions, et la France figure dans ce chiffre pour 17 millions.

Les consuls européens, après avoir énergiquement protesté, ont constaté les faits ; ils ont exprimé leurs réserves au nom de l'humanité, et au nom du droit de leurs nationaux.

Après les protestations des consuls, sont venues celles de notre corn* merce d'exportation.

Le commerce de Paris, daiis sa plainte, énonce l'espérance que tous les cabinets s'entendront pour demander à l'Espagne de légitimes réparations.

La chambre de commerce du Havre, consultée par les négociants de Paris, leur répond qu'il sera écrit aux ministres des affaires étrangères, du commerce et des travaux publics, pour les prier d'user de leur influence dans les conseils du Gouvernement, à l'effet d'obtenir de l'Espagne une indemnité suffisante pour les pertes subies à Yalparaiso par les négociants français, au mépris du droit des neutres.

Ainsi nos négociants réclament des sommes consb Yoioi

ça6)}e est la situation : le congrès de Paris a décidi dès

neutres devait être respecté même suTunNa\^&e«LU ««M ^êStk

(lu un antM'|iutV iN esl-i* pas pn-cisemoiit un iflrrani in'uLrt', ou, sont di'poi^éea les ninrclmndiecs qui sarLcnt <1es navires V L'aHelmiUtion est coin' plAte. L'Ej)paj^nâ al<^ pritla pi'op» e brde nos nationaux ; elle doil compter avfic nous.

En Angleterre, le lendemain même du jour eu l'on apprit le bombardement di! Valpsraiso, la chambre des lords et la chambre des commune! se sont occupées de la question. Une séance tuut rintière a été consacrée à l'examen ilos'faits.

La discussion établit que l'amiral anglais avait déclaré que, ei l'on bonir Wdatt sans avis préalable, il s'y opposerait par la force. Or, les natlo* tiaux anglais, prévenus seulement quatre jours d'avance, trouvèrent le délai insuffisant, et crurent pouvoir compter sur la promesse conditionnellede l'amiral comme sur une promesse absolue. Aussi, à la cliambre des communes, a-t-on reproché à l'amiral d'avoir repoussé les propositianB de l'amÙTil américijn qui voulait empêcher le bombardement.

Il y a dans la réponse du ministre anglais quelque chose qui concerne la France. Nous y voyons qu'à la première nouvelle du projet prêté au Ronvemement espagnol île bombanler Valparaiso, le gouvernement anglais et le gouvernement français demandèrent au cabinet de Madrid si tel était en effet son dessein. Le p;ou\ernement espaiçno! , ce sont les paroles mP- I mes du ministre anglais, n'agit pas loyalement, il se retrancha derrière I des équivoques, et bientôt on apprit que la (lotte espagnole avait bombardé nne Tille sauf défense.

Nous serions donc d'accord avec le gouvernementani^lais en faisant entendre des réclamations.

Legrand enseignement de ces tristes faits est celui-ci : il faut réformer le code maritime et le droit des gens maritime. Il faut achever l'œuvre du congrès de Paris, afin qu'il ne soit plus permis de brûler des villes et des entrepôts sans défense. C'est surtout au moment où nous sommes menacés de grandes guerres qu'il est bon de faire prévaloir les ]iriiicipeB d'humanité, afin que, si la fmerre civile européenne vient à éclater, les intérêt? commerciaux et le droit des neutres soient partout respectés. (Vivo approbation sur un certmn nombre de bancs.}

M. LE pRftsinENT WALEwSKi. — La parole est fi M. !p ministre d'État.

s. ESC. H. noL'HER. mintstrt d'Elat.— Le. bombarderaeai île Valparaîso

a causé au (/ouvi?rneinent frani;ais une véritable émotion et une profondp

tristesse. 11 n'a pas attendu tes observations de l'honorable M. Garnier-

jè» pour exprimer ses sentiments au gouvernement espaf;nol. La

leetion se présente à un double point de vue : au point de vue de l'hu-

Let de la civilisation, au ço\t\v Aft- SJ.*,.^?^,^!^-^

guerre. Peut-être pour la traiter dans son ensemble, faudrait-il reprendre Texposé des faits, Je ne le ferai pourtant que si la Chambre le juge nécessaire. (Oui ! oui I — Non ! non! — C'est inutile !) Je craindrais, en effet, les redites, M. Gamier-Pagès ayant déjà exposé avec une grande exactitude les événements que la publicité a fait également connaître. Toute* fois, je ne me refuse pas à préciser en quelques mots la vérité de la situalion. (Assentiment.)

La guerre qui a éclaté entre l'Espagne et le Chili remonte à plusieurs mois. Un premier traité, conclu entre le gouvernement chilien et le ministre espagnol au Chili avait d'abord réglé les questions d'intérêt et de dignité nationale. Mais le gouvernement espagnol ne le trouva pas satisfaisant et refusa de le ratifier. La guerre fut déclarée. Les gouvernements d'Angleterre et de France unirent immédiatement leurs e%rts pour conjurer les périls qu'elle pouvait faire courir aux intérêts de leurs nationaux ; ils offrirent simultanément leur médiation à l'Espagne et au Chili, et ils avaient lieu d'espérer un heureux résultat, lorsque la prise de la corvette Covadonga par un navire chilien vint compliquer la situation. Je n'ai pas à distribueY ici le blâme ou l'éloge, ni à rechercher si une pareille capture opérée sous pavillon neutre constituait un procédé acceptable dans une guerre loyale. (Mouvement.)

Ce qui est certain, c'est que le gouvernement espagnol fut profondément blessé, et que l'amiral Pareja crut ne pouvoir sauver son honneur qu'en recourant à un déplorable expédient, le suicide. Dès lors, les efforts des neutres ne pouvaient plus aboutir. La guerre continua, et l'Espagne chercha, une satisfaction. Dans le temp& que l'amiral Pareja commandait encore la flotte espagnole, la pensée d'un bombardement de Yalparaiso s'était déjà fait jour; on avait conçu des appréhensions à cet égard et les consuls des différentes nations avaient déjà présenté des observations en prévision d'une pareille éventualité.

L'amiral Pareja n'avait pas pris l'engagement do ne pas bombarder Yalparaiso ; et prévoyant le cas où les éventualités le forceraient de recourir à ce moyen extrême, il avait invité les neutres à prendre leurs précautions.

Des difficultés de la môme nature furent soulevées avec le brigadier Mendez Nunez. Au commencement de mars, elles s'aggravèrent. Le bruit se répandit que le gouvernemerit chilien, qui avait fait une alliance offensive et défensive avec le Pérou, l'Equateur et la Bolivie, cherchait à se procurer des engins do guerre pour faire sauter la flotte espagnole.

L'amiral manifesta l'intention de bombarder la ville, si le gouvernement chilien donnait suite à ce projet.

Ici se place une SiMe de faits qu'il importe dft ^xomv^t CC\^^Àxv^\.^xsv^\^X^

puur que la Chambre pui^iHe apprécier l'allitude érier^Ujue ilu nos ayenls. et les dilTérentes phases de la question.

Des efforts de diverse nature Turent tentés dans le cours de ce mois. A cette époque, i! y avait dans les eau.v de Valparaiso des vaisseaux anglus, commandés par l'atniial Deninati, et des navires américains sous les ordres du général Kilpatrick et du commodore Rodgers, La France n'avait dans le port aucune force militaire, mais seulement un transport de guerre ; VÉgérie, je crois.

Quand les menace de Ijomliardement lurent devenues plus prosBantes, lu chaîné d'affaires et le Commodore américains liront des démarches auprès de l'amiral espa^iiol. Des tentatives de conciliation furent essayées entre les parties belligérantes.

Le Commodore Rodgers proposa un salut simultané entre le gouvei'iicment chilien et la flotte espagnole, moyen qu'il considérait comme de na- Im^ à satisfaire ladignité des deux peuples. Le bripadier Sunez déclara ne pouvoir accepter cette proposition, mais il était pi'ét à revenir aux proposition originaires de la France et de rAngletene, à condition que le navire la Cmiadonga lui serait rendu; il oil'rait de restituer, de son côté, les prisonniers et les navires chiliens dont il s'était emparé.

Le gouvernement cliilien repoussa cet arrangement. C'est alors que fut faite cette proposition dont a parlé M. Gamier-Pagès : envoyer à dii milles en mer des forces égales, et vider la querelle dans une sorte de duel maritime.

L'amiral espagnol n'avait pas le droit de resti'eindre ses forcoi et de les placer dans les conditions les plus favorables à l'ennemi. La proposition futrofuséo.

Là s'arrêtent les tentatives de conciliation des officiers américains. Cependant nos représentants ne restaient pas inactifs. Les consuls de France et d'Angleterre s'étaient rendus à Valparaiso et faisaient des efforts non moins vils pour éviter le bombardement.

Deux propositions furent pi'ésentées à l'amiral espagnol : la premier» réclamait la prolongation du délai de quatre jours accordée aux habitants peur évacuer la ville; In .-seconde demandait que les propriétés neutres ^^sent respectées et que l'attaque fut concentrée sur les édifices publics.

La première proposition fut j'ejetée par cette raison que la prolongation du délai faciliterait l'évacuation non-seulement des marchandises neutres, mais aussi de celles de l'ennemi. Quant à la seconde, le brigadier Nunez, •vec un empressement auquel il faut rendre hommage, déclara qu'il ne frapperait autant que possible que lus édilices appartenant à l'ennemi; it indiqua lui-même la nécessité de placer des drapeaux sur les hôpitaux dTil« « militaires. C'était \a. àemvfeiB Vioàte ic* veçjaSvi^'v -^^'Sing»^.

Alors se posa pour l'amiral anglais ^i le commodore Rodgefs jff^ (ffi^tion délicale : les forces dont ils disposaient devaient-elles s'int^rpofier? Y avait-il une violation directe du droit des neutres qui justifiât pet^ intervention? Le commodore Rodgers inclinait à 1^ penser; mais i'anuf]^ anglais déclara que ^es ii^structions lui prescrivaient la plus stricte neutralité et qu'il ne pouvait pas la violer en dirigeant ses canons contre lef vaisseaux espagnols.

Les forces anglaises et américaines s'éloignèrent donc ; le bomb^dement eut lieu et causa des préjudices matériels considérables. C'est du moins, une consolation de penser que la vie des hommes à ét^ mén^ée et que quelques malheureux à peine ont été atteints.

Il y a ici deux questions, la question d'huùianité, de civilisation, et la question de droit.

Au premier point de vue, je ne crois pas qull soit bon d'approuver une agression contre une ville de commerce sans défense, et dont la destruction ne peut donner au vainqueur aucun titre de gloire. (Très-bien!)

Nous n'avons pas tenu une conduite semblable quapd nouç nous sommes trouvés devant Odessa, qui est aussi une ville commerciale. Nous avons réfléchi que nos boulets causeraient du dommage non-seulement à l'ennemi, mais aux neutres ; notre flotte s'est retirée et nous avons concentré nos eflTorts contre Sébastopol. (Très-bien î très- bien !)

Mais de là à une question de droit, d'interprétation des principes du congrès de 1856, il y a une certaine disfance.

L'honorable M. Gamier-Pagès disait que les gouvernements neutres devraient s'entendre pour savoir s'il y avait des réparations à demander, et contre qui.

Qu'il me permette de ne pas m'expliquer davantage sur une thèse de droit, ^î, eu égard à la distance des lieux, n'a pu être suffisçuoment élaborée. Cette question doit être l'objet d'une entente entre les puissances neutres dont les résidants ont été frappés.

Il y a là, je le répète, une question très-délicate au point de vue du droit extrême de la guerre. La traiter avant qu'elle ait été l'objet d'un examen diplomatique serait une imprudence que le Corps législatif ne voudra pas mlmposer.

RAPPORT OFFICIEL DU COMMODORE AMÉRICAIN" RODÔERfs- 8Vn LE COMBAT DU CALLAO.

boni da VKpetT des États-Unis le Vanitri En mer, le l^lmai 1866.

Monsieur.

J'ai ITionneur de vous annoncer que, le 27 avril, l'amiral espagnol Nunez a adressé au corps diplomalique, à Lima, une leltre dans laquelle il déclarait que le port du Callao aérait bloqué â partir de cette date ; dans une autre lettre, il cherchait à justifier la conduite de l'Espagne, et annonçait qu'il accorderai l aux neutres un délai de quatre jours, pour mettre leurs propriélés el leurs personnes à l'abri, avant le bombardement ilt; la ville, qui aurait lieu le 30 avril. L'amiral Pearson fit ancfcr nos navires de guerre hors delà portée des canons du GaUao. Les navires marchands avaient pris, quelques jours auparavaoi, des positions qui les mettaient à l'abri du feu. On ci-ojail gtio l'attaque commencerait le l^f mai, à l'expiration du délai »«-. cordé aux neutres pour se relltec, mais zz w, tA ^t •«,'^,

vers dix heures du matin, que la flotte espagnole se mit en mouvement. Elle employa quelques moments à se mettre en ligne, et, vers onze heures, elle s'avança en deux divisions pour attaquer les fortifications du Callao; la première division était dirigée par l'amiral Nunez, et se composait de la Numancia, frégate cuirassée de 7,000 tonneaux, et des frégates Blanca et Resolucion; elle se dirigea le long de l'île San-Lorenzo, pour attaquer les batteries au sud du Callao, tandis que les frégates Villa-de-Madrid^ Berenguela et Almanza, passant près des navires marchands ancrés dans la baie, se dirigeaient, d'abord lentement, vers les ouvrages péruviens au nord de la ville .

A mesure que ces navires approchaient du lieu de Taction, ils accéléraient leurs mouvements et prenaient rapidement position. A midi quarante-cinq minutes, le premier coup de canon fut tiré par la Niimancia et suivi aussitôt de deux coups partis d'une batterie de la côte. La flotte espagnole disposait d'environ deux cent quarante canons, la plupart de 32. La Numancia est armée de canons de 68 de même que la corvette Vc7icedora^ qui était en réserve, pour remorquer au besoin les navires désemparés ou pour protéger les transports.

Les batteries péruviennes étaient armées de quarante-cinq canons, dont cinq de ioO (Blakeley) et quatre canons Armslrong de 300, montés sur des tourelles en fer; les autres pièces étaient du calibre de 321. On avait employé une grande quantité de sacs de sable pour construire les batteries; quelques-unes étaient en maçonnerie et d'autres en terre. Le feu devint bientôt très-vif. Vers deux heures, la Villa-de-Madrid largua ses bonnettes et son foc et se retira rapidement du combat {ran oui of the fight). Elle fit des signaux et fut prise à la remorque par la Vencedora, tandis que la vapeur s'échappait abondamment àa ses ûancs. Elle fut suivie par la Berenguela^ renversée sur "fj de ses flancs et laissant échapper \a NaçeviT v^\ ^^^^^^\^%.

Au moment où celle dernière se relirait, un nuage de poussière noire parut sur son flanc, à la hauteur de la ligne de floltaison, et du côté opposé aux batteries. H est proliable qu'un boulet avait traversé sa soute au charbon d'une muraille à l'autre. Nous TÎmes des hommes cherchant à fermer, au moyen de la toile voile, le trou fait par le projectile; eu trou avait à peu prés deux pieds carrés.

VÂlmanza s'était mise en marche pour rejoindre la première division engagée contre les batteries du sud. La Resolucion et la ïilancu cessèrent le feu vers deux heures trente et se retirèrent, laissant la Numancia et VAlmanza continuer le combat. Ces navires se retirèrent à quatre heures quarante-cinq, et les Péruviens continuèrent à tirer sur eux, aussi longtemps qu'ils ■turent à portée.

L'action, commencée parles Espagnols, a été conduite avec courage et persévérance par les dtux belligérants. Les canons péruviens, qui étaient tous montés en barbette, ne cessèrent (Pas un instant le feu, et les Espagnols ne se retirèrent, je crois, ,que lorsque leurs munitions furent épuisées. Parmi les Péruviens, quatre-vingts hommes ont, dit-on, été tués ou blessés. Dans une des batteries cuirassées, un obus a fait explosion et a mis le feu à un amas de poudre ; les canons ont été mis hors de service. De plus, cette explosion a coulé la vie à M. Galvez, ministre péruvien delà guerre et de la marine, qui a sauté avec tout ce qui l'entourait. M. Galvez était, après le dictateur, l'homme le plus puissant du pays; ses opinions étaient Lbérales et son habileté généralement reconnue; sa mort est donc u perte sérieuse pour la République. S. Exe. le dictalP'"" a ^^ été au milieu du feu pendant toute la doré mait, encourageait et dirigeait les artill

J'ignore quels dégâts la floUe e'^ \erles sont probablement conavil

— IRO —

plaeieure des navires avainm fortement soufTert. Les espagnol croyons-nous, ne s'approchaient pas très-près des batterie! et un certain nombre de leurs projectiles tombaient dans l'eau j La présence des torpilles dans la bal6 peut avoir inspiré cett^ prudence. En revenant d'une visite d'adieu, l'amiral Pearsoi reficontra une torpille flottante abandonnée parmi nos navires^ C'était un petit baril rouge contenant environ cinquante livrt fle pondre mouillée et quelques yards de fil d'&rchal isolé, âttachéï k l'arrangement intérieur, qui permet de faire partir la torpillij pïtune décharge galvanique.

» Le chirurgien principal de notre escadre, M. Peck, a ébfi envoyé â bord de la Villa-de-Madrid et la Bei'm^ela, qu'elles ont été ancrées, pous oËfrir ses services aux officiel*.! Les offres ont été acceptées par la Villa-de- Madrid ; mais, à bor( de la Berengiœla, les officiers se sont réunis autour de lui, prè»l de l'échelle de tribord, et lui ont dit que, tout en lui étant três-1 reconnaissant, ils n'avaient pas besoin de ses services. Lorsqi la Numancia a jeté l'ancre, le docteur Johnson a été envoyé I .ion bord, tandis que le docteur Parle, qui était revenu à bort du Vanderfjilt, se rendait à terre pour offrir ses services atG Péruviens. J'ai appris avec regret, par M. Johnson, que l'amiPJll N'unez a été gravement blessé par des éclats de bois ; il n'a pft reçu ilioins de huit blessures, à la tête, aux bras, aux jambi et au côté. Le docteur n'a pu voir l'amiral, et je crains qu'il E soit sérieusement atteint.

> Les batteries péruviennes ont peu souffert. Les auiofîlôs] étaient pleines de confiance le lendemain du bombardement,! disaient qu'elles seraient bientôt mieux préparées à résister \ une nouvelle attaque. Il y avait deux navires cuirassés du c6lJ des Péruviens; l'un, le monitor Loa, aimé d'un seul canon de S4, placé âans une tourelle, et l'autre, \i Viiiorva, toasteaUe j iarJe modèle des navires contèdètés,b\vu4êfea.'(îK.(S

chemin de fer et portant deux pièces de 6S. Le monitor a éti atteint dix fois, mais il n'a pas été endommagé. J'ignore quel a été le sort de l'autre. Il y avait aussi plusieurs petits nafires de guerre, mais le faible calibre de leurs artillerie les empêchait de prendre part à l'actiun ; ils étaient ^marrés près du port.

> J ai rhonneur> etc.

John Kodoers,

> Commodore,

» A M. Gideon Wells ^ secrétaire de la marine. »

C0NGLUS10^

Les dernières dépêches du Pacifique ont amplement confirmé le rapport officiel du commodore Jlodgers.

La défaite des Espagnols, au Callao, a été complète.

Trois frégates de Sa Majesté Catholique ont été tellement endommagées par les batteries péruviennes, qu'elles ont dû jeter à la mer leurs canons.

La Armada vaincue de Sa Majesté Catholique, ayant épuisé ses provisions de charbon et ses munitions de guerre, s'est éloignée des côtes du Pérou, le 10 mai, naviguant péniblement à la voile vers les Philippines.

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