‹ Bombardement de Valparaiso (documents officiels) suivi du Combat du CallaoChapitre 31 sur 32 · CONTRE- MANIFESTE · texte numérisé non relu

CONTRE- MANIFESTE

Ce document, d*une très-grande importance, est Thistorique de toutes les péripéties du conflit hispano-chilien jusqu^au 25 octobre 1868.

CONTItE-MANIFESTE DE M. ALVARO COVAIIIIUBIA»

Depuis le 14 avril de l'année 1864, le P.icilique est le Miéùtre d'llOS-^ lililés sans juslification ni raison d'èlK, exercées par les forces navalesJ de l'Espagne contre divers Élnls américains.

A celle date, une escadre espagnole s'emparait des lies Cliinclias I apparlenant ù la République du Pérou, et ne les lui rendait qu'après ^ une occupation de dix mois, et en écliange d'une somme de trois millions de piasires, arrachée sous les plus futiles prélexles.

Aujourd'hui, l'amiral de l'escadre espagnole, dans l'océan Pacifique, vient de déclarer le blocus des ports du Chili : les navires placés si son commandement menacent quelques-uns d'entre eux, et cette at-V laque a allumé la guerre entre la Hépublique et l'Espagne.

Le cabinet de Madrid ne s'est pas même occupé de revêtir de l'ap- 1 parence de la justice celte politique d'agression et de violence. Dnl resic, si cette politique n'avait pas eu pour mobile des vues secrètes! d'usurpation et d'intérêt, elle ne pourrait s'expliquer que par le désirl du cabinet espagnol de faire facilement ostentation de sa prépondérance marilime sur des pays qui, surpris dans leur confiance et dansl l'activiié bienfaisante de la paix, se trouvent presque désarmés et sj force» navales.

Cependant un désir aussi puéril ne constituait pas un motif suffisant pour fixer la conduite du gouvernement espagnol, quel que soit le peu de sagesse qu'on veuille d'ailleurs lui supposer. De plus puissantes raisons ont dû influer sur la conduite qu'il a tenue. L'existence de desseins cachés apparaît bien évidente^ quand on se rappelle les précédents et l'histoire des événements accomplis, et lorsqu'on observe avec attention le chemin tortueux qu'a suivi la politique espagnole en Amérique.

Depuis longtemps déjà la presse périodique de la Péninsule répandait des opinions dangereuses pour la sécurité extérieure du Pérou, et caressait le projet de reconquérir et de ressaisir le gouvernement des États américains qui furent colonies de l'Espagne. En même temps, le cabinet de Madrid entreprenait, par tous les moyens en son pouvoir, l'annexion de Ja république de Saint-Domingue, prenait part à l'expédition contre le Mexique et envoyait, dans le Pacifique, une escadre ayant à son bord une illusoire commission scientifique, afin de cacher le but de son voyage. C'est sous de tels auspices qu'arriva à Lima, en mars 1864, don Eusebio de Salazar y Mazarredo, commissaire spécial extraordinaire de Sa Majesté Catholique.

Le titre inusité dont cet agent était accrédité suggéra quelques doutes au gouvernement péruvien qui jugea opportun de les insinuer à M. Salazar y Mazarredo, tout en signifiant ses bonnes dispositions de reconnaître en lui le caractère d'agent confidentiel. Le commissaire espa« gnol répliqua par de vagues menaces à cette démarche conciliatrice, et rendit impossible toute espèce d'explication amicale, en abandonnant immédiatement Lima, et en allant s'embarquer au Callao, à bord d'un vapeur^aviso de l'escadre espagnole.

Quoique soudaine, en apparence, sa conduite n'était que Teffet d'une détermination préconçue. C'est ce qui explique pourquoi il ayait d'avance appelé dans les eaux péruviennes les deux frégates qui, réunies au vapeur- aviso déjà mentionné, formaient l'escadre de rami* rai Pinzon. En quittant le Callao, M. Salazar alla retrouver ces nayirfls

qui, ayant abandonné, sans retard, le mouillage de Valparaiso, Tattendaient à la hauteur des lies Ghinchas.

Deux jours après le iéfan de Lima du commissaire espagnol, M. Salazar y Mazarredo, le gonvernemenl péruvien était surplis par la nouvelle que les lies se trouvaient au pouvoir de l'escadre espagnole. L'amiral qui la commandait et le commissaire de S. M. Catholique les avaient occupées, le ii avril, au nom de l'Espagne : ils avaiontamend le drapeau péruvien , qu'ils avaient remplacé par le drapeau de leur nation.

Le même jour, ils expédiaient une déclaration destinée à rendre publics les considérants sur lesquels ils basaient leur manière d'agir. D'une part, ils alléguaient la nécessité de contraindre, par la force, le Pérou à l'accomplissement des obligationssacrées qu'il avait à remplir envers l'Espagne ; d'autre part, ils prétendaient que la guerre d'émancipation n'était pas terminée au Pérou; qu'entre ce pays ot son ancienne métropole, il n'existait, de fait, qu'une trêve, et que la couronne de Castille pouvait revendiquer la propriété de ces lies.

De lels considérants, loin de juslifier l'occupation, lui imprimaient un caraclÈre d'autant plus dangereux qu'il était moins déterminé. Le fait accompli pouvait se considérer ou comme un ado de représailles, ou comme le début d'une nouvelle conquête. Sous l'un ou l'autre point de vue. c'était un triste abus de la force, offensant la dignité et les droits du Pérou, menaçant pour la sécurité des autres républiques américaines, et méritant le bl9mc de tous les peuples civilisés.

SI les agents e.spagnols ne voulaient qu'obtenir du gouvernement péruvien la satisfaction de dommages ou d'obligations en suspens, — avant d'employer des mesures cocrcitives , ils auraient dti exposer leurs exigences, et celles-ci une fois repoussées ou éludées, pr&enler un ultimatum, adresser quelque Intimation. Ils ne firent rien de tout cela; au contraire, ils rendirent plus grave l'anomalie de leur procédé, en lui imprimant un cachet de surprise, incompatible avec la probité que l'on se doit entre nations. m

Considérée comme un acte de représailles, l'occupation espagnole^ fonlalt aux pieds toutes les garanties que le droit des gens offre aux Etais faibles pour sauvegarder leurs Intérêts légitimes, et elle affectait, oar conséquent, les républiques del'^'Cûéï\(\wç.ïvi\, ^tTOfeafe^ss^-^fc

*éPOu, manquent d'une marine militaire assez puissanlc pour les préserver de l'agression d'une escadre élrangèrc. Sous ce point de vue, ]a cauiie du Pérou était celle de loules les autres nations du conlinent.

Mais elle devait l'être, avec bien plus de raison encore, si l'occnpation des liée Cliinclias amenait le renouvellement de la guerre de- l'indépendance, pendant laquelle les anciennes colonies espagnoles de l'Amérique unirent d'une façon indissoluble leurs efforts et leurs destinées. La victoire qu'elles parvinrent h remporter, dans cette longue et glorieuse lutte, leur donna un titre commun qui leur fit ]irendre rang parmi les nations souveraines et indépendantes, surtout lorsque le fait accompli fut reconnu par les nations civilisées, et accepté par l'Espagne elle-m'^nie, — explicitement pour le Chili, mais d'une laçon implicite, quoique incontestable, pour le Pérou.

Pour révoquer en doute la force de ce fait, pour remettre en vigueur certains droits éteints, pour rallumer une guerre terminée, le gouvernement espagnol avait à effacer de l'histoire un demi-siècle de lïlalions internationales entre l'Amérique et l'Europe ; il avait à se mettie en contradiction avec ses pi-oprcs actes. Dans un cas de ce genre, les républiques américaines, fidèles à la première alliance, devaient combattre pour l'indépendance du Pérou, afin de niainteuir l'intégrilé du principe de leur existence politique.

Comme on le voit, l'agression inopinée des agents espagnols avait une portée funeste au repos et h la stabililé de l'Amérique. C'est ce que comprirent les peuples et les gouvernements de ce continent. parmi .lesquels la nouvelle des faits accomplis suscita une profonde agitation et les plus énergiques protestations.

Les représentants diplomatiques des nations étrangères à l'Amérique s'associèrent à leurs collègues américains résidant à Lima, pour protester contre l'occupation et les bases sur lesquelles elle se fondait.

Les détenteurs des lies péruviennes comprirent alors qu'ils avaient été trop loin, et ils s'efforcèrent d'atténuer la gravité de leur premier acte. En conséquence, ils dëclaièrent qu'ils s'étaient emparés des Chindias saas èlrc autorisés par leur gouvernement, dont ils attea-a

daient les instractions, tout en se maintenant en possession des lles.'j titre de représailles et non de revendication.

Cette affirmation, inconciliable avec la première déclaration du 14 avril, l'est aussi avec la circonspection que l'on pouvait supposer devoir exister chez les fonctionnaires d'un gouvernement respectable. A peine conçoit-on comment les agents espagnols ont pu occuper une partie du territoire péruvien, et invoquer, à cet effet, des lilres caducs et inadmissibles, sans y être autorisés, et au risque d'attirer sur eux une désapprobation mortifiante et une sérieuse responsabilité. On ne pouvait non plus attribuer leur conduite à un acte de précipitation inconsidérée, puisque l'on a déjà pu observer qu'elle obéissait à une suite d'idées préméditées et irrévocables.

Que ces idées odieuses viennent du cabinet de Madrid, cela n'est plus aujourd'hui matière au moindre doute, d'autant plus que, à cette époque, les gouvernements américains, plaçant dans l'honneur de ce cabinet une confiance qui fut malheureusement trahie plus tard, refusèrent de croire qu'il participait aux étourderies de ces agents.

Cependant, les événements l'accusèrent dès le principe. S'il n'avait aspiré qu'à obtenir du Pérou ce qui lui était dû, il aurait adoplé la voie franche, expéditive et honorable que suit toujours celui qui réclame une chose juste. Il aurait envoyé, dans le Pacifique, des forces navales, sans cacher artificieusement le but de son expédition ; il aurait manifesté, par l'organe de la diplomatie, ses légitimes prétentions, exigé leur accompUssemenl, et, s'il ne l'avait pas obtenu, il en aurait appelé il la force. 11 n'aurait pas envoyé dans ces mers une escadre, sous le prétexte d'expéditions scienlifique.'i, il n'aurait p.is accrédité près du gouvernement péruvienun commissaire dont le titre et les actes étaient calculés de manière à susciter un conflit.

Sur le terrain des intentions loyales, sa politique de feinte était d'autant moins compréhensible que, disposant d'une puissance maritime très-supérieure à celle du Pérou, il n'avait pas besoin de prendre ses précautions contre les armements maritimes du gouvernement péru-

L Elle ne pouvait donc avoir d'autre but que celui d'endormir ta ijcé-

voyance des Étals améritains, pour exécuter, sans résistance, d'illlciles. ppojcls nuisibles à tous ces États.

C'est ainsi que s'explique la riitractation que les agents espagnols s'empressèrent de faire de leur première déclaration; ainsi s'explique aussi la prècipiialion avec laquelle le cabinet de Madrid désapprouva la conduite de ces unîmes agenis, sur la foi d'une simple rumeur publique, avant d'avoir reçu ta moindre communication officiede. Eu égard à l'honneur des fonctionnaires de l'Espagne et aux mesures dictées par la plus vulgaire prudence, il aurait dû s'abstenir d'une semblable désapprobation et suspendre son jugement jusqu'au moment où il se trouverait en possession d'informations autorisées. En n'agissant pas ainsi, il a donné à entendre, de la façon la plus claire, qu'il vivait de bonnes raisons pour juger de prime-abord vraisemblable la nouvelle de ce qui s'était passé : vraisemblance qu'il n'aurait pas trouvée si ses agents avaient occupé les lies Chincbas et invoqué le droit de revendication sans instructions compétentes.

Ainsi donc, lorsque le cabinet espagnol désapprouva l'occupailon déjà effectuée et le droit de revendication, en les déclarant étrangers à ses vues sur le Pérou, il obéit uniquement aux suggestions d'une politique sans scrupules. Comme ses agents, il comprit que ces premiers actes étaient prémalurés et maladroits, et qu'il était urgent de faire taire les protestations des pays américains, dont la coalition pouvait entraver l'exécution de ses projets occultes. ^H

Son manque de sincérité fut trahi par ses actes postérieurs. Le d^H qui s'était emparé des lies péruviennes, et qui avait prétendu tes n^| vendiquer, fut maintenu à son poste, et l'on continua l'occupation. u^Ê cette façon, non-seulement on laissait impuni un fonctionnaire 0^1 n'avait pas rempli fidèlement les instructions de son gouvernemel^H mais encore on prolitatt du bénéfice de sa faute, I^ connivence du 4^H binet de Madrid avec ses agents ne pouvait se mettre en questio^H lorsqu'on le voyait méconnaître ainsi les devoirs les plus impresci^fl tibles de la bienséance et ^e la morale publique. ^M

Pour donner quelque apparence de justice il la permanence de T'^i^l cupatioD, il se servit d'un expédient inespéré. ^H

Peu de jours après la prise de possession des lies, le cominisij M. Salaziir y Mazarredo s'était déleririiné à retourner en Espa^^ s'était embarqué sur un paquetiot de la Compagnie de navigiilion du Pacifique. Pendant sa traversée du Caliao à Panama, il s'imagina, ou vouJut s'imaginer que sa vie était le but de criminelles entreprises de la part d'émissaires du gouvernement péruvieiii et, à son arrivée à Uadrid, il présenta au ministre d'État une relation des périls imaginaires qu'il avait courus.

Aucun gouvernement civilisé ne pouvait être complice d'une trame aussi indigne et aussi honteuse, et cependant le ministre espagnol trouva duns cette rêverie, dans cette aventure invraisemblable le prétexte dont il avait besoin jiour pallier l'cft'el de la permanence de l'occupation des Cliinchas. Dans sa circulaire du 34 juin 1864, il disait aux agents diplomatiques de l'Espagne, à l'étranger, que son gouvernement, avant de rendre les Iles, exigeait du gouvernement péruvien qu'il protestât et donnât des explications s^ilisfaisantes de son innocence au sujet des tentatives faites contre la vie de M. Salazar y Mazarredo. Ce qui n'empêchait pas le ministj-e d'assurer, en môme temps, qu'il n osait, ne vavlaii et ne pouoatt accuser le gouvernement péruvien de semblables tentatives.

Le s:) aoiit 1S64, le ministre des relations extérieures du Pérou adressait aux légations de son pays à l'extérieur, une circulaire dont le contenu, s'appuyant sur des témoignager dignes de foi, démontrait de la manière la plus évidente que ces périls étaient entîÈrement chimériques.

Le principe qui pi-olongeait l'occupation une fois détruit, on ne mit pas cependant, un terme à celle-ci ; bieji au contraire, le gouvernement espagnol, en envoyant de nouveaux navires dans le Pacifique, convertit l'escadre de l'amiral Pinzon en une flotte considérable, et continua k occuper les iles, sans faire au Pérou la moindre réclamation, sans " recherche!' aucune voie de solution.

Cependant les mois s'écoulaient, et le gouvernement péruvien, renonçant a l'Idée de recouvrer par la force les lies séquestrées, se iiit. enfin, oiiligé d'ail» chercher un arrangement paciti.iue àbarddcA'»s^

cadre espagnole, dont /e commandement, peu de temps auparavant, avait été pris par l'amiral Pareja. Ce. chef vendit la paix au Pérou, moyennant trois millions de piastres et une convention préliminaire qui ouvrait de riants horizons à la convoitise du cabinet de Madrid.

En effet, ce gouvernement n'avait pas abandonné, avec les lies Chinchas, ses premiers desseins. En conservant dans le Pacifique une puissante escadre, il pouvait, éans difficulté, les occuper de nouveau. En remettant, par la convention citée, à un accord po'stérieur le règlement de ses créances et réclamations contre le Pérou, rien ne lui était plus facile que de se procurer de nouveaux prétextes pour une nouvelle occupation.

Aujourd'hui, il parait hors de doute que les exigences pécuniaires imposées par le gouvernement espagnol au ministre du Pérou près la cour de Madrid sont exorbitantes, et impliquent, pour la nation péruvienne, la perte de ses dépôts de guano.

L'acquisition de ces dépôts, non-seulement remédierait à la profonde détresse des finances espagnoles, mais encore penneltrait à l'Espagne de posséder un pied-à-terre dans le Pacifique, et de contempler, des îles Chinchas, le champ d'ambitieuses conquêtes que pourraient lui offrir les fertiles vallées de la côte du Pérou.

Une telle perspective devait nécessairement séduire un État qui a laissé en Amérique les traces profondes d'une avarice et d'une ambition sans frein. Mais, instruit par l'expérience, le cabinet de Madrid se propose de réaliser ses projets graduellement, en s'occupant d'étouffer les résistances et les inquiétudes.

Diviser les peuples américains, les soumettre à l'inaction, par le moyen de fausses promesses, de menaces ou d'hostilités, telle est la première tâche qu'il a entreprise.

C'est de là que tire son origine l'agression qu'il vient de diriger contre le Chili, dont la constante sollicitude pour les intérêts de l'union de l'Amérique contrariait ses desseins, et sur lequel, peut-être, sa vanité blessée prétend assouvir de tristes vengeances.

Telles sont les véritables causes de la rupture survenue entre le 1M\ et l'Espagne. Quant aux motifs ostensibles que le gouvernement

espagnol a alléj^ués pour rompre les hosUlilés avec la république, se réduisent à l'accuser d'u condu'le 'sjslémaliquement opposée à h Péoinsule pendant le confli h spano pi' u len.

Le simple exposé des faits 'suffit pon 1 montrer que la politique du Cbîli, pénéreuse, amicale, et b e i te t o née à l'égard de l'Espagne, avant le conflit mentionné, a pas d pu changé de caractère.

Aussitôt la guerre de rin(iéi.e danco te n inée, les sujets espagnols commencèrent à irouver d ce pj s la ême hospitalité l'panche et cordiale que celle qui se donne à tout étranger. Non-seulement ils purent y résider librement, se livTcr à l'exercice de l'indu^irie et du commerce, acquérir des propriétés, mais encore ils eurent ;.ccès aux emplois publics.

Le gouvernement chilien n'hésita pas à conclure avec celui de l'Espagne un Irailé de paix et d'amilié, pour reconnaître comme siennes les dettes conlraelées par le gouvernement espagnol pendant la guerre, I et pour offrir d'accepter les créances provenant de séquestre*; ou d'em-

bargos sur les biens espagnols.

I La conclusion ultérieure de ce traité fit naître entre les deu<i pays

' des relations diplomatiques où présida toujom's la meilleure intelli-

gence. La légation de S. M. Catholique à Santiago n'eut jamais beaucoup de vigilance à exercer pour la sécurité des personnes et les intérêts de ses nationaux étiiblis dans la République. Ils trouvaient dans I les lois, dans les autorités et dans l'esprit du pays, protection, sécu-

rité sympalbles, considération personnelle et moyens de subsistance Iet de prospérité.

Lorsque l'escadi-e de l'amiral Pinzon mouilla à Valparaiso, il s'était déjà répandu au Chili des rumeurs dénonçant le but odieux de sou Toyagc. Malgré cela, et bien que le commandant eùtsignalé son entrée dans les eaux chiliennes par un ucle de brusque impolitesse, lui ùl ses compagnons jouirent d'une cordiale réception ù Sanliago et à Valparaiso.

Si les excellenles dispositions du Chi.. ci. laveur de rii4ijafs\<t. Vûlliéûii-ent, comme il était iwHiTc\,''a,vï'avo'i4'i^^w^'^^'i**^'^*^'^|gi

Chinchas, elles ne disparurent pas, et ne donnèrent lieu à aucun sentiment hostile à la Péninsule.

La nouvelle de cet événement produi it dans la République une commotion universelle; elle suscita d'énergiques proteslations, inspira dès démonstrations de sympathie fraternelle à l'égard du Pérou, de patriotique sollicitude pour la sécurité du Chili, -d'adhésion ardente aux intérêts communs et vitaux de rAmérique. Ce mouvement de l'opinion publique était le propre d'un peuple dont la première vertu est le patriotisme, qui aime son indépendance et ses institutions libres, qui comprend la solidarité américaine, et qui croyait voir les destinées de .ce continent menacées par une nouvelle conquête monarchique. Mais les Chiliens n'avaient aucune tendance hostile à l'Espagne, comme il est impossible de ne pas le reconnaître, en se rappelant la condition avantageuse et sûre dans laquelle continuèrent à demeurer placés les sujets espagnols résidant au Chili. Ceux-ci ont pu vivre tranquilles et se livrer à leurs travaux ordinaires, perdant que la politique de leur gouvernement semait dans ce pays des perturbations et des conflits, et cela en dépit de la conduite imprudente et provocatrice qu'ils observaient eux-mêmes.

Alors que l'attidude du peuple chilien était dépourvue de tout caractère d'hostilité contre l'Espagne, le gouvernement de la République témoignait, par ses actes, de sa loyale et sincère amitié pour le cabinet de Madrid.

Participant à l'émotion publique, comprenant la portée dangereuse de la conduite des agents de S. M. Catholique au Pérou, le gouvernement du Chili n'héMta pas à s'adresser aux autres gouvernements de l'Amérique, afin de protester en commun contre la mesure de force non motivée et abusive que ces agents avaient employée. Mais, en ag^issant ainsi, il manifesta de nouveau au ministre d'Espagne à San tiago la confiance qu'il avait de voir cette mesure désapprouvée par le cabinet de Madrid, quand, pour calmer l'émotion des esprits, il lui demanda des explications sur les événements accomplis-, mais \i

'Obtint qu'une réponse vague et incomplète.

G&ue cûnffâoeè du gouvernement cbîWen è\a\t xm^ ^tcocs^ ^'««xsvwv

plus claire du bon esprit qui l'animait, que les précédents de l'oé! patlon des Chinchas impliquaient, comme nous l'avons exposé plus haut, de sérieuses chaires contre la probité et la franchise du gouvernement espagnol.

Les dispositions amicales du gouvernement du Chili, i l'égard du gouvernemeut espagnol, ne s'altérÈTent pas pendant toute la durée de la complication liispano-péruvienne : il s'était efforcé de concilier ses devoirs envers le Pérou, envers l'Amérique et son propre pays, avec la continuation de ses relations cordiales avec l'Espagne.

Pour atteindre ce but, il travailla avec un soin incessant à éviter une rupture définitive entre le Pérou et la Péninsule, et à provoquer un arrangement pacifique, satisfaisant la dignité et la convenance des deux parties intéressées. (Jela est évidemment prouvé par toutes les démarches que firent, piindant le cours de la question, les agents diplomatiques du (.hili, à Lima, ainsi que par les actes même du gouvernement chilien, dont on a voulu défigurer h saine politique, en afTecta&t de méconnaître les différentes circonstances dans lesquelles il eut à exercer son action.

En effet, le conflit hisp;ino-péruvien eut deux phases très-distinctes, auxquelles la marche de la politique chilienne dut se subordonner.

L'occupation des Chinchas était un commencement d'hostilité qui, à la rigueur, devait produire immédiatement l'état de guerre entre le ■Pérou et l'Espagne. Malgré celte occupation, l'élatdepaix se maintint, pendant les premiers mois, en conséquence des dispositions manifestées de part et d'autre. D'un côté, le gouvernement péruvien croyant avec confiance, comme celui du Chili, que le cabinet de Madrid désapprouverait la conduite de ses agents, et le remettrait en possession du territoire occupé par eux, paraissait, en altendanl, disposé à ne pas employer la force pour le recouvrer. Ainsi le laissaient entendre ses déclaralions officielles et son altitude passive à l'égard de l'escadre espagnole. D'autre part, l'amiral qui la commandait, assurait qu'il .-avait, de sa propre autorité, et sans ordres exprès, effectué l'occupa- ,lîon. et que, tant qu'il n'aurait pas reçu d'instructions de son iî,ou.v«itftur la (lètensVve. ¥wa\ftTOCT>\. V xmk^jsSh^S

au Chili croyait qu'il s'agissait d'un fait isolé et susceptible de recevoir la désapprobation du cabinet de Madrid. Tous ces faits se réunissaient pour maintenir l'affaire dans un état de paix.

La décision inespérée et contradictoire du gouvernement espagnol changea complètement l'aspect des choses. Ses exigences humiliantes pour le Pérou furent rejetées; son escadre fut considérablement renforcée, sa décision de soutenir par les armes d'injustes prétentions ne fut plus douteuse. En même temps, le gouvernement péruvien, trompé dans son attente, se montrait résolu à faire usage de la force, pour chasser les navires espagnols des lies G h inchas. Le congrès du Pérou ne croyait plus nécessaire de l'autoriser, dans ce but, à déclarer la guerre à l'Espagne; mais, par la loi du 7 septembre 1846, il lui prescrivait l'emploi de toutes sortes de moyens « pour défendre, par la force^ le territoire natio::::! de toute agression déjà accomplie, ou que » l'on tenterait d'accomplir ;\i:' h suite. »

A ce sujet, le ministre des aiïaires étrangères du Pérou notifiait dans une circulaire adressée au corps diplomatique de son pays à l'étranger, en date du 11 du mois déjà cité, que : « la réparation de l'offense n'empêche pas cependant que le gouvernement n'ait lou- » jours son attention fixée sur le fait de l'usurpation du territoire

commencée le 15 avril et prolongée jusqu'à ce jour. Pour repousser

les agresseurs, une déclaration de guerre n'était pas nécessaire ni

même une résolution spéciale du congrès. Si Ton en a fait mention

dans la loi, c'est uniquement dans le but de rendre plus forte l'action

du gouvernement, et, surtout, dans celui d'éloigner les obstacles

auxquels il se pourrait heurter dans l'usage des moyens nécessaires

pour atteindre ce but: le gouvernement ne s'est pas désisté et ne se

désistera jamais de son dessein de repousser les agresseurs par /^

force. C'est ce qu'il exécutera, aussitôt que se trouveront terminés ses

préparatifs de guerre, etc., etc. » Le gouvernement péruvien parut

en dernier lieu, disposé à livrer, sans retard, un combat désa venta-

geux à l'escadre de l'amiral Pi nzon : le congrès de plénipotentiaires

ûœé/icaiûs, qui, à -"*"" ^'^''^ue, siégeait à Lima, s'oçposa à celte

Tïiesure, De tels fails disaient bien haut qne l'ëlat de guerre éiai survenu, de facto, entre le Pérou et l'Espagne.

Ces vicissitudeï^ de la question inlluèreiit nalurellemenl sur la cod9 duite du gouvernement du Chili.

En prenant lu résolution de se maintenir en possession des lies Chiiâ chas, le cabinet de Madrid fit surgir, comme nous l'avons exposé, l'étal de guerre. Par une telle décision, et malgré ses protestations de res5 pect pour l'autonomie et la stabilité des nations américaines, il répondait très- mal aux espérances du gouvernement de la République.

Cependant le gouvernement chilien se fia encore à la loyauté de ce cabinet; et en présence de l'état de guerre, il se détermina ù prendre une attitude neutre, attendant que la suite des événements vtnl lui donner la mesure des prétentions et la véritable valeur des promesses de l'Espagne.

Mais sa neutralité ne pouvait être passive. La continuation de l'anomale occupation des Chinchas, quelques moyens qu'on prit pour la légitimer, laissait subsister tous les dangers et les mauxque le fait même avait apportés, dès son origine, aux États américains, et spécialement au Chili, voisin immédiat du Pérou. Pour faire disparaître œl acte Irrégullcr el menaçant pour l'Amérique, le gouvernement de la République dut mettre, et mit en effet en jeu, tout en conservant son iinparlialilé et ses (acuités de neutre, autant de ressorts qu'il le jugea efficace.

C'estainsique, pendantque son rcprésenlantdiplomatiqueau Pérou, deconcei't avec les autres agenLs de l'Amérique résidant à Lima, agissait de façon à obtenir la cessation pacifique de l'occupation des lies et l'acceptation d'un arrangement satisfaisant qui évitât une rupture difinilive entre les belligérants, il s'opposait i ce que ceux-ci prissent , dans les ports chiliens, le moindre article de contrebande de guerre, et, en particulier, du charbon de terre. Lu manque de comliusiible devait rendre difficiles les opérations d'une guerre maritime soutenue par des navires à vapeur ; par ses efforts pour en éloigner la possibilité, le gouvernement chilien recherchait l'unique moyen de pouvoli; conserver sa bonne intelligence a\ec\ft cab'\Rfe\.4t1ii4si4.,^™'^> N^'*"'

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cela, dései^ter là cause des plus chers, des plus légitimes intérêts de son pays et de l'Amérique.

Cette politique de conciliation et de générosité est celle que Ton a accusée d'être systématiquement hostile à 'Espagne, parce qu'on ne voulait pas avouer que la constance et la calme énei^ie de la République pour la défense des droits de l'Amérique gênaient l'exécution de projets honteux.

Pour donner quelque vraisemblance à l'accusation, on insista sur les réclamations que, pendant la durée du conflit hispano-péruvien, le ministre de Sa Majesté Catholique au Chili, M. Tavira, avait faîtes au gouvernement de la République. Formulées au milieu de l'effervescence ' des événements, inspirées par une sollicitude excessive en faveur des *ntérêts espagnols, ces réclamations ne portaient déjà plus que sur des fails isolés et indépendants de l'action du gouvernement du Chili, ou sur des actes du même gouvernement, complètement inoffensifs pour l'honneur et les droits de la Péninsule. Les griefs qu'elles contenaient avaient été effacés par les explic<')tions données en temps opportun.

Un an, à peu près, se passa sans qu'on agitât les premières décès réclamations, et, pendant ce temps^ le gouvernement de Sa Majesté Catholique continuait à offrir des preuves non équivoques de bonne intelligence et d'amitié à la République, ainsi qu'on le verra plus lard. Il semblait donc que l'on avait regardé les réclamations comme sans fondement, et.comme satisfaisantes les explications données à leilr sujet.

Cependant, le 13 mai dernier, M. Tavira adressa au soussigné, ministre des affaires étrangères du Chili, une communication par laquelte, sur l'ordre de son gouvernement, il notifiait les motifs de plaintes qu'alléguait l'Espagne, qui se croyait offensée par la République, et h bonne disposition du cabinet de Madrid à accepter l-^s soUnnelleg déèUh' rations qu'exigea t le ra<, en tant qu^ elles ^traient canipatibiêB acee êa propre dignité.

Les réclamations antérieures du diplomate espagnol s'étaient converl/es en motiïs de plainte, puisqu il fevgu^iteut d'ignorer les explictûons énoncées.

Le soussigné v? exposer et examiner, un à un, ces motifs de plaint? afin que l'on puisse juger do la véritable valeur des griefs qu'il a déjà eu plus d'une fois l'iionneur de réfuter.

Premier gbiep. — Outrages au paviVon espagnol. — Ces outrages se basent sur un incident qui eut lieu le i" mai 1864 à la porte de la Légation d'Espagne. Quatre jours après, M. Tavira en informa le prédécesseur du ministre soussigné, en lui signilianL qu'il y avait élé très. sensible, et qu'il le porterail à la connaissance Je son gouvernement, mais sans faire de formelle déclaration, sans exiger la moindre réparation.

Eu égard h celte communication du représentant de S. M. Catholique, on fil les investigations nécessaires. Et la preuve de la version suivante fut établie : le jour ciié, eut lieu, au théâti'C municipal de Santiago, une réunion populaire, provoquée par les habitants les plus respeclables, et destinée à raanifesler les profondes et universelles alarmes qu'avait suscitées la nouvelle de l'occupation des Chinchasi l'eçue peu d'heures auparavant. Une partie de la foule, qui se rendait il la réunion, dut passer devant la Légation espagnole, et, en ce lieu, quelques cris isolés de : « Mort à l'Espagne! meurent les Goths! à bas le pavillon ! » se firent entendre. De semblables cris ne trouvèrent pas d'écho dans la majorité des spectateurs, et quand l'un d'entre eux voulut toucher le drapeau espagnol, qui flottait â sa hampe, ses compagnons eux-mêmes le forcèrent à abandonner son projet, La foule ce tarda pas à continuer sa route, poussée par un balaillon de la garde nationale, qnidi'filait. en ce moment sur le théâtre de l'événement et se dirigeai! vers le Champ de-Mars: le chef ayant cru prudent défaire mettre sa troupe au pas, à la suite du peuple, afin de réprimer tout semblant sérieux d'offense au drapeau espagnol.

L'incident rnpporlt' s'explique naturellement, quand ou se r.ippelle qu'au momeni où il eut lieu, il y avait dans les esprits une agitation vive et générale provenant de nouvelles récentes du Pérou. Cette scène fut .sans doute trè^-désagréable, mais il était impossible de la prévenir, et il n'y eut, en résumé, aucun outrage contre le vav\'ARl^^«B>^i'^^J^•&.- ■ Les offenses au drapeau des nalion^ s>oftV it \ft\\e. wïiViKfc ^ *^Ut

telle $cravité que, jusqu'à ce qu'elles aient été réparées, il est impossible qu'il existe la moindre espèce de. relations pacifiques et amicales entre l'offenseur et l'offensé, pour peu que ce dernier se respecte lui-même. Si l'Espagne avait été offensée par le Chili, on ne pourrait s'expliquer» en restant dans les limites de l'honneur, la conduite que, depuis Tineident du 1*^ mai, continuèrent à observer avec la République, M Tavira, le gouvernement de la Péninsule, le même amiral qui, aujourd'hui, bloque les ports chiliens, et M. Roberts qui succédait, par intérim, à M. Tavira, à la veille de l'agression espagnole. — Voici les faits.

Lorsque le ministre de Sa Majesté Catholique au Chili appela Tattention du gouvernement du soussigné sur l'incident en question, il ne lui donna pas le caractère d'un outrage à son drapeau, puisqu'il ne demanda aucune satisfaction, et ne fit pas même de réclamation formelle. Tout au contraire, il continua à résider dans le pays et à entrelenir des relations officielles avec le gouvernement chilien. Plus tard, aa mois de mai de cette année, il arbora de nouveau son drapeau, ce qu'il avait cessé de faire pendant quelque temps.

Six mois après l'événement, en octobre de l'année dernière, le même agent diplomatique déposait entre les mains de Son Exe. le Président de la République trois lettres de sa souveraine, dans lesquelles celle-ci informait S. Exe. d'événements heureux ou malheureux survenus dans le sein de sa royale famille, et, en même temps, elle lui réitérait l'expression de son amitié. Les réponses du Président à ces lettres furent expédiées au ministre d'Etat de Sa Majesté Catholique, et le 25 janvier de cetteannée (1865), ledit ministre annonça au soussigné qu'il les avait élevées jusqu'à leur haute destination.

Peu de temps auparavant, le 22 décembre 1864, la reine d'Espagne, eii ouvrant les cortès du royaume, leur adressait un discours, dans lequel on lit les paroles suivantes : « En inaugurant les travaux qui * doivent concourir à un but aussi louable, je dois vous dire que nos » relations avec les puissances étrangères continuent à être saiisfai- » santes.savf une seule exception lanuntahle relativement au Pérqu^

> dont le g-ouvernement arrivera, sans doute, à se convaincre de ^^ l'esprit de justice qui nous anime, le s\\\s%o\A^vv\i^ Y^^\'^'$.^\ers5^

■^ni

• devoir se ri^lablir pi-omptement, ctitre l'Espagne et celte Répu-

• blique, la plus cordiale intelligence, sans porler atteinte à notre n ïiooneur. » Les relations avec le Chili (Slaient donc alors satisfaisantes.

Le commandant de l'escadre qui bloque aujourd'hui lesports cliiliens signait, au commencement de cette année (186o), avec le gouvernement du Pérou, une convention qui devait mettre fin à l'occupation des lies Chinchas, ainsi qu'on l'a vu ci-dessus. Dans cette convention, l'amiral espagnol donnait au Chili le litre de vatioii amie ; le gouvernement de Sa Majesté Catholique ratifla le traité, dans lequel apparaissait une qualification dont l'exactitude n'avait été altérée par auci:n événement, jusqu'à l'heure où éclata la gueiTC actuelle.

Six jours avant que ce môme commandant ne rompit les hostilités contre la République, le 18 septembre dernier (18B5), anniversaire de l'indépendance de ce pays, on voyait i\ Santiago le pavillon espagnol flotler h la porte de M, Roberts, chargé d'affaires intérimaire de Sa Majesté Catholique. Cela ne pouvaii signifier autre chose que la participation amicale de l'agent diplomatique de l'Espagne ii la grande fête nationale de b |,lorieuse indépendance du Chili.

De tels faits démontrent que non-seulement le mortel outrage dont nous nous occupons n'e:(>Mait pas entre le Chili et l'Espagne, mais qu'il n'y avait pas même de sérieux motifs de plainte ou de mauvaise intelligence qui pussent motiver une rupture. Pour penser le contraire, il faudrait admettre que le cabinet de Madrid méconnaissait les règles les plus élémentaires de la logique Ptde rhor.neur desgouvernements, ou, que les connaissant, il \ manquait avec une impudente et criminelle duplicité.

Deuxième grièk. — Circulaire du goiwcmemenl de la République aux autres gouvernements de V Amérique, en liote du !i mni 1864. — Le soussigné a déjù manifesté l'impression que fil dans l'esprit de son gouvernement la détention anormale et violente des lies Chinchas, et la proleslalion qu'il crut nécessaire de formuler à ce propos. Cette proleslalion, incluse dans la circulaire citée, est ce que l'on représenta comme un acte d'hostilité envers l'Espagne.

— Uî —

Pour cela, il faut considérer que le gouvernement du Chai, en protestant, montrait sa confiance dans le cabinet de Madrid, qui devait désapprouver le fait: confiance cruellement déçue par les événements, mais qui prouvait toute son amitié, toute son indulgente bienveillance pour ce cabinet.

Une telle circonstance suffisait pour dépouiller de tout caractère hostile la protestation mentionnée, quand même elle n'eût pas été aussi bien motivée qu'elle le fut en réalité. Mais le gouvernement espagnol lui-môme rendit pleine justice aux alarmes et aux prévisions qui l'avaient inspirée, en désapprouvant, de la façon la plus ostensible, tomme un manque de bonne foi, la conduite de ses agents au Pérou. Peu de temps après cette désapprobation, le premier secrétaire d'Étal de S. M. Cath^ Mque disait, dans sa circulaire déjà citée, du 24 juin 1864: « Je n'ai pas besoin de parler à V. S. ni de l'agitation qui, en » conséquence de l'occupation des Ghinchas, s'est manifestée, aussi V bien au Pérou que dans d'autres pays de l'Amérique, ni des démar- » ches inutiles faites par divers agents diplomatiques résidant à Lima, » entre autres celui du Chili, dans le but d'amener un accord entre ce » gouvernement et MM. Pinzon et Salazar. Le gouvernement de Sa » Majesté est reconnaissant de ces démarches, bien qu'elles n*aient » produit aucun effet: Quant à cette agitation^ qui s était principal )» lemeni réalisée par l'idée que Von s* occupait de revendiquer (fancient ]» droits y 'il était naturel qu'elle se calmât aussitôt que l'on saurait en » Amériq' e que V Espagne et son gouvernement^ bien loin de Vadmettre^ )) désapprouvaient, au contraire^ une semblable revendication. » Lc gouvernement de l'Espagne considérait donc comme fondée ragitation que la blâmable conduite de ses agents avait fait naître en Amérique, et, sans tomber sous le coup d'une inconséquence flagrante, il ne pouvait attribuer à des sentiments hostiles une protestation fidèlement traduite par cette agitation.

Non-seulement il est tombé sous le coup d'une telle inconséquence» mais encore sous celui d'une autre plus grave, si cela est possible. Tandis qu'il demandait satisfaction pour la protestation du Cliilî, il idjssait passer sous silence l'adhésion complète et publique à cet-te prch

testalion des autres gouvernements américains, aTec lesquels, ju8i)| ce jour, il a continué ses reJalions d'amitié ut de parfaite harmonie

Troisième grief. — Le gouvernement du soiissirjaé n'a pas mU dv frein avx égarements de l'opinion. — On vient de voir jusqu'ù tjuel point le cabinet de Madrid a expliciterasnt justifié l'agitation des peuples américains, produite par l'occupation espagnole. L'opinion pulilique du Cliili, dominée ù un très-haut degré par celte agilalion, révéla, avecl' énergie propre S un peuple libre et viril, ses appréhensions et ws inquiétudes. Si celles-ci ne cessèrent pas avec les déclarations du gouvernement de l'Espagne, cela ne dcyait pas sembler étrange, car la censure stérile et contradictoire de .'occupation laissait le cliamp libre à dejustes soupçons, du moment que Ton désapprouvait les considérations qui l'avaient amenée, et que néanmoins, on maintenait le Tait qui avait servi de base à ces considérations et qui avait été la source des premières alarmes.

L'expression de sentimenls aussi naïuiels, le jugement émis sur des actes aussi contradictoires, irréguliers et anomaux, est ce que l'on a nommé les égarements de l'opinion. La liberté de réunion ai la liberté de la presse, dont on jouit au Chili, permettaient que, duns de semblables circonstances, celle expression se manifeslAi avec la plus grande vivacité, que ce jugement s'émit avec une noble indépendance, ainsi que cela arrive chez tous les peuples libres, et même chez ceux qui, comme l'Espagne, sont soumis, quant à leurs affaires intérieures, à un système compressif. Déduire de cela un grief contre le gouvernement chilien est un fait non-seulement inusité et peu rationnel, mais encore incompatible avec l'impunité dont la presse espagnole a joui, sans interruption, dans ses diatribes effrénées contre les gouvernements et les peuples de l'Amérique.

QUAiniÉME CRIEF. — Avoir permis au vapeur de guerre pérw vien Lerzundi de »e pouvoir, à Valpar-iiso, de charbon de terre, de vivret, de poudre, tt d'enrôler un grand nninbre de geru de mer, — Au moment où le navire mentionné était 5 Valparaiso, le coollit hispanopéruvien préser.lail encore l'aspect indéterminé et obscur que le Kinssigné a rappelé ci-dessus. L'on ne pouvait encore regarder le

Pérou comme (Slant en guerre avec l'Espagne : il n'y avait donc aucune raison pour empêcher les vaisseaux de la flotte de celte République de fÉiire librement leurs provisions de mer et leurs enrôlement dans les ports chiliens.

Legouvernement de l'Espagne, en invoquant l'existence de l'étal de guerre entre ces deux pays, à une époque où il ne s'était pas encore manifesté, en affectant de ne pas reconnaître cet Etat, plus lard, lorsqu'il survint réellemPnt, a prétendu soutenir, contre la vérité, deux g'riefs qui se détruisent réciproquement : celui dont il est question, maintenant, et celui relatif au charbon de terre, dont le soussigné s'occupera plus loin.

En outre, le présent grief manque d'exactitude. Guidées par un sentiment de délicatesse scrupuleuse et de bienveillance à l'égard de l'Espagne, les autorités chiliennes permirent au Lerzundi de ne prendre, à Valparaiso, que les matelots nécessaires pour compléter son équipage et les provisions indispensables pour effectuer son voyage. Telle est l'exacte vérité, quelques effoits que l'amiral Pareja ait faits depuis pour détruire l'importance de ce fait par une négation dépourvue de toute justification.

CINQIilÉME GmEF. — Avoir permig la sortie de Valparat;o pour le Pérou à une expédition de volontaires armét qui s'embarquèrent sur un navire mareliand, le « Ûart ». — Le soussigné a déjà dit que, à l'époque dn départ de cette expédition, la guerre n'avait pas encore été déclarée entre le Pérou et l'Espagne. Malgré cela, l'on ne permit de s'éloigner aux volontaires qu'après que les autorités de Valparaiso se furent assurées qu'ils étaient sans armes.

Cette précaution fut conseillée au gouvernement du Chili par les mêmes sentiments bienveillants et prudents que ceux qui l'animèrent dans le cas du Lerzundi, et nullement par les devoirs d'une neutralité qui n'existait pas, puisqu'il n'y avait pas de belligérants, et que la République ne savait encore s'il lui faudrait, plus tard, adopter ce rôle.

Le départ des volontaires, sans armes, eut été innocent même durant l'état de la guerre, parce que les passagers du Dart n'avaient d'autre

caractère (jue celui des passagei's qui vont de Valparaiso au Pérou,' bord des vapeurs de la Compagnie anglaise du Pacifique,

Le départ des volontaires armés ne pouvait être hostile à l'Kspagne que dans le cas oii l'on aurait regardé comme probable le projet, invraisemblable, d'aller attaquer l'escadre de l'amiral Pinzon, avec une goélette marcliande, comme le Dan,

Bien qu'il n'ajoutùt pas la moindi-e foi à une rumeur que l'expérience ne tarda pas à démentir, le gouvernement de la République veilla à ce que l'expédition partU. comme elle le fit, en effet, complètement diîsarmée, afin d'ôter tout prétexte à de malveillantes accusations,

SlXiéilE UR1£F. — N'avoir point pris de mesure pour diuiper la crainte que répandit, chez les paisibles habitants du Chili, l'anathéme fulminé par un journal (le San Marii.v) contre ceux ijui fourniraient des provisions à l'escadre espagnole ou à ses agents. — Nul n'ignore le peu de valeur que l'on donne aux menaces faites par ua journal quelconque, dans un pays où la presse périodique possède la plus ample liberté de discussion, et personne, au Chili, ne s'aviserait de s'effrayer de semblables menaces. Et, si l'on considère que l'anathéme en question venait d'un journal tel que le SanMartin, discrédité dans l'esprit public par le peu de modération de ses écrits et par la violence de ses attaques, l'on comprendra facilement que le fait n'avait pas la moindre importance et ne pouvait mériter l'attention du gouvernement de la République. Du reste, celui-ci se respecte trop lui-même, et rend trop justice aux bons serilimonts de son pays, pour s'êti'e, en aucun cas, inquiété d'un analhème, dont la puérilité ne peut être comparée qu'à celle du grief que l'on formule contre lui.

Lorsque l'on hasarde de pareils griefs, on révèle la pauvi*cté de motifs réelsde plainte, el en même temps le vif désir que l'on éprouve de trouver des prétextes, de créer des difficultés et des complications.

Sectiéme grief. — Trailement hostile que l'autorité maritime de Lota a fait subir à la goUlelte de guerre espagnole VenCedoba. — Ce navire entra dans le port de Lola ii la fin de septembre 1864, dans le but de réparer des avaries, de lalre sa provision d'eau, de prendre quelques vivres et, enfin, de renouveler son etiM^'osi^JiMsK*.-

Les propriétaires de ce combustible refusèrent de livrer la quantité demandée, se fondant sur ce qu'ils avaient vendu tout le charbon qu'ils avaient en dépôt. En conséquence, le capitaine de la goélette s'adressa au subdélégué maritime de Lota, et réclama son assistance afin d'en obtenir du charbon. L'autorité locale ayant déclaré qu'elle n'avait pas la faculté de forcer la volonté des propriétaires du combustible, le capitaine espagnol lui adressa une protestation, formulée contre ladite autorité et contre les propriétaires du charbon.

IvC ministre d'Espape à Santiago réitéra» plus tard, la même protestation au gouvernement du soussigné, qui la rejeta comme non motivée.

En effet, il n'y avait pas de raison pour prétendre que le subdélëgué maritime de Lota aurait dû obliger les propriétaires dû charbons à effectuer une vente qu'ils refusaient de leur propre mouvement. En refusant, ceux-ci exerçaient un droit incontestable que l'on était obligé de respecter. En s'écartant d'une pareille obligation, le subdélégué aui'ait commis un abus de pouvoir passible du plus sévère châtiment, car il aurait violé le respect dû à la propriété, la liberté de commerce et les garanties individuelles dont jouissent pratiquement et légalement les habitants du Chili.

Cependant, on a pris cette conduite irréprochable d'une autorité subalterne comme prétexte pour dire que la Vencedora avait été traitée en ennemie à Lota. Si ce qu'on a exposé plus haut ne suffisait pas pour détruire un semblable grief, il ne pourrait que s'annuler, si Ton se rappelle que la goélette espagnole, tout en n'obtenant pas de charbon put réparer ses avaries, faire sa provision d'eau et prendre, dans le port des vivres et du lest.

Ce dernier point servira encore à anéantir ou à dissiper la capri • cieuse insinuation de ce que le refus des propriétaires du combustible avait été inspiré par le subdélégué maritime. Si celui-ci avait vonlu nuire à la Vencedora, il aurait employé son influence à la priver, non* seotementde charbon» mais encore de toutes les ressources indispen* sables à la c(Hitinuation de son voyage.

De rhddést en question on a déduit un autre grief contre ie gou-

vememenl du Chili, qui approuva la conduite de l'autorité de Lola, Une semblable approbation étant àèjk assez justiGée il reste à nôtfir que si elle se donna en termes explicites, ce f t p c qu I 'agissait d'un agent subalterne, qui tenait ii connaître I p n n d g uvernement sursa conduite, dansuneaffaire gravcei e epl lie eu égard à sa modeste spliëre d'action.

Huitième grief. — Décret du gouiiernetnttit du Chili, en date du 27 septembre 1864, déclarant contrebande de guerre et défendant d'exporter le charbon de terre destiné aux riavires de guerre d'un Etat , employés à des opérations hostiles. — Le soussigné a déjà dit que le condit hispano-péruvien a iiréseittiî, dans son développement, deux phases très-marquées : l'état de pais d'abord, l'état de guerre ensuile. — Il a dit aussi que, lorsque la question entra dans cette seconde phase, son gouvernement résolut de garder une attitude neutre, sans pour cela renoncer à employer son inlluence, dans les limites permises par son étJt de neutralité, pour obtenir de l'escadre espagnole l'évacuation des po! ts péruviens, el à empêcher une rupture définitive entre le Pérou et l'Espagne. Son intérêt à prévenir cette dernière conjoncture était doublement légitime et louable, puisqu'une guerre de ce genre compromettait la paix el la stabilité de l'Amérique, sur lesquelles il avait le devoir et le droit de veiller, et rendait impossible la continualion de ses relations amicales, qu'il désirait maintenir avec le gouvernement de la Péninsule.

La diflicutlé d'oblenirdu charbon de terre devait entraver naturellement la guerre prévue, qui ne pouvait être que maritime. En conséquence, If. gouvernement du Chili résolut de défendre l'expoitalion de ce combustible, en tant qu'il devait être employé à favoriser des opérations de guerre. De IS, celte déclaration, que l'on n'a pas oubliée, par laquelle le cabinet de Madrid a formulé un grief contre la République.

Le soussigné va examiner les arjiumenls sur lesquels est fondé ce grief.

On aUègue, en premier lieu, que le gouvernement chilien n'avait pas la façpU^ déconsidérer aitp{B5.^^^i?M»>Si^,^^> '^-^^^^^^^

avant que ces deux nations ne se fussent elles-mêmes déclarées telles. Une pareille allégation signifierait que, sans déclaration préalable, la guerre n'existe pas, et que, par conséquent, elle n'impose ni droits ni devoirs aux neutres. Cependant Thistoire du monde civilisé enregistre bien des guerres entreprises, de facto, sans déclaration préalable, et dont les neutres n'ont pas attendu la notification, pour exercer des actes de neutralité. Le même cabinet de Madrid a contredit son allégation, en accusant la République de prétendues infractions au devoir d'un neutre, pendant le cours du conflit hispano-péruvien, et a basé làdessus quelques-unes des plaintes que le soussigné a déjà examinées.

Du reste, en reconnaissant qu'il y avait, de facto^ hostilité, et, par conséquent, état de guerre, le gouvernement de la République ne fit que céder à l'évidence des événements et à l'autorité des déclarations officielles, ainsi qu'on l'a prouvé plus haut. On ne peut mettre en question le droit de faire cette reconnaissance, même contre la volonté des parties, lorsqu'on se rappelle l'exemple donné par la France et J'Anglcterre, pendant la récente guerre des Etats-Unis, bien qu'ils se trouvassent en présence d'une lutte intestine (édit de la reine d'Angleterre, en date du 13 mai 18G1 ; — déclaration de nputralité de S. M. Itmpcreur des Français, en date du 10 juin de la rnême année).

En second lieu, on allègue que le gouvernement du soussigné se mettait en contradiction avec ses propres actes, vu que, le 27 septembi^ 1864, il avait considéré comme belligérantes deux nations que, le 24 juillet de la môme année, il avait déclarées comme étant en paix. On a déjà écrit les vicissitudes de la complication hispano-péruvienne qui, en môme temps qu'elles expliquent celte contradiction imaginaire, laissent voir la contradiction la plus flagrante dans laquelle tombe le gouvernement de l'Espagne, en supposant, dans le cas du Lcrzundi^ un état de guerre qui n'était pas encore déclaré, et niant son existence dans le cas présent, où il est vraiment survenu.

On allègue, en troisième lieu, que la déclaration citée était une mesure hostile à l'Espagne, parce que c'est à elle seule qu'elle devait être préjudiciable. Bien que les dommages produits par cette mesure aient nu/ exclusivement à l'un des bclligérauls, cela ne suffirait pas pour

qualifier celle-ci d'hoslile, ni même de partiale, en lunt qu'elle sHB pliquat sans exception, comme cela arriva dans le cas présent où les navires de guerre péruviens se virent privés des charbons de terre chiliens, de même que les espagnols. Mais ce dommage exclusif n'existait pas, cap le Pérou, ne possédant pas de mines de houille sur son lerriloire, devait forcément recourir aux mêmes marchés et aux mêmes moyens de transport que ceux dont se sen'ait l'escadre esjiagTiole pour se pourvoir de combusiible, et qu'il souffrait, par conséquent, les mômes dommages que son adversaire.

On alli>gue aussi qu'il est de l'attribution particulière des belligérants de déclarer les articles devant se considérer comme contrebande de guerre. Celte allégation est inconciliable avec les facultés que font dériver Ic-s États du fait même de leur souveraineté, en vertu de laquelle ils peuvent faire toutes les déclarations qu'ils jugent nécessaires, — pourvu qu'elles ne blessent pas les droits d'une autre nation, — et prohiber, à leur convenance, l'exportation des marchandises. De plus, la déclaration dont nous nous occupons se trouve autorisée par un acte identique du gouvernement de S. M. Brilanntque. Le 31 janvier 186?, lord Russell adressait aux lords commissaires de l'amirauté diverses instPDctions, relatives à la neutralilé à garder par son pays dans la guerre des Élals-Unis, — et dans la dernière de cas instruction.s, il donnait au cbarbon de terre, destiné à des opérations de guerre, un caractère odieux, et il restreignait son exportation.

On allègue, finalement, que la déclaration du 27 septembre était contraire aux pratiques internationales et aux principes du droit des gens, parce que. d'après ces principes, le charbon de terre est, dans tous les cas, un article de licite commerce. Celle affirmation e.st fort loin d'ùti'e exacte. S'il y a vraiment des nations maritimes regardant toujours ce combusiible comme une marchandise simple, il y en a d'autres qui la qualifient de contrebande de guerre, lorsqu'on l'emploie comme moyen d'hostilité. De ce nombre est l'Anglelerre, ainsi qu'on vient de le voir, et comme il est prouvé par le cas du Flambeau, vaùsseau des Ëtat:;-Unis, auquel les autorités anglaises de Nassau (archipel de Bahania] interdirent de prendre du chacliQn, U^ts. c^'â\«s< *<

datent à un vapeur marchand des États rebelles (note du comte Rnssell à M. Adams, ministre des États-Unis en Angleterre, en date du 25 mars 1862). L'opinion du gouvernement britannique à ce sujet, à laquelle se conforma le décret du 27 septembre du gouvernement du Chili, non-seulement s'appuie sur les doctrines de divers écrivains de droit international, entre autres sur celles de Téminent jurisconsulte anglais Phillimore (tome III, numéro CCLXVI de ses Commentaires)^ — mais encore sur les principes généraux du même droit de nation à nation. Depuis que l'emploi de la vapeur a succédé à celui du vent pour mouvoir les navires, le charbon de terre est venu jouer, dans la navigation, le môme rôle que jouait autrefois, la toile à voile, regardée universellement comme marchandise de contrebande (Bello, â'* partie, chap. VIII, §4).

La même divergence d'opinions et de pratiques, qui règne sur la matière, communiquait à la mesure en question un caractère de loyauté et d'opportunité, en tous points incompatible avec l'esprit partial et hostile qu'on aîfecte de lui prêter.

Neuvième grief. — N'avoir pas étendu aux vaisseaux de l'escadre française la défense d'exporter du charbon de terre et d'autres articles de contrebande^ bien que V empire français se trouvât en guerre avec la république mexicaine, — Le fait suf lequel se base ce grief manque d'exactitude, surtout si on le place sur le terrain officiel et diplonia-^ tique. D'autre part, en formulant le grief, on n'a cité aucune preuve, on n'a désigné aucun navire de l'escadre française ayant tiré du Chili des ressources pour faire la guerre au Mexique. Au contraire , il y a longtemps déjà que la France conserve, dans ces mers, une station navale permanente, dont les vaisseaux ont la coutume de faire leurs provisions dans les ports chiliens.

Un fait inexact et une hypothèse ne peuvent autoriser aucun grief.

Dixième grief. — Avoir permis au gouvernement péruvien d'exportur

des chevaux du Chili, — En établissant ce grief, le cabinet de Madrid

reconnaît encore implicitement l'état dé guerre, qu'il niait à propos

(fe la déclaration sur le charbon de lerTe-, oxv àoW. \ÀeiXv wc^v^y q^^ ç.ett^

défia ration avait lieiià la même époque où des chevaux étaient exportés pourie Pérou. Sa nouvelle contradiction a été cependant infructueuse, puisque le grief disparaît rien qu'en rappelant qu'il s'agissait d'une guprre maritirae, dans laquelle les chevaux ne peuvent avoir nul emploi. Et quaud bieu même il se fût agi d'une guerre terrestre, il aurait toujours été permis d'accorder au Pérou d'exporter, du Chili, un article dont il est accoutumé ii se pourvoir en ce pays, non-seulement pour son armée , mais encore pour ses entreprises pacifiques et industrielles; cala le plaçait sous la protection du droit habituel (Bello, pjtrt. 2, chap. VII, S 3).

Onzième grief. — Impunité du jour na! intitulé r.E San Martin. — Cette publication, comme on l'a déjà dit, s'attira, en peu de temps, le discrédit public, et, depuis plusieurs mois, elle a cessé de paraître, faute de lecteurs, h cause de l'âcrelé et des excès de style avec lesquels il censurait les défauts de la nation espagnole, et attaquait la souveraine et la famille royale de la Péninsule.

\jQ représentant de l'Espagne au Chili appela, à diverses reprises, l'attention du gouvernement de la République sur les offenses prodiguées par le San Martin, el dès la première fois, le soussigné lui fil connaître la désapprobation et le blâme que provoquait, dans son gouvernement, lg journal en question, et, en même temps, il l'invitait à manifester s'il désirait que le San Martin fiît ou ne fût pas traduit devant le tribunal qui, en ce pays, juge des délits de presse. Le diplomate espagnol ne répondit jamais nettement à cette invitation et se borna àconlinuerses vagues protestations contre les attaques du San Martin.

Toutefois, sans une réponse affirmative de sa p.ii-t, il n'élail pas permis de poursuivre le journal devant un jury, conformément à l'article 42 de la loi en vigueur sur les abus de la liberté de la presse, Cet article est conçu en ces termes : « Les écrits injurieux seront aussi * poursuivis, à la réquisition de la partie offemi'c, pai' le fiscal, ou ■ par ses agents, ou par le procureur de ville, en tant que lesdits . ;» écrits s'adresseroûl au président de U lUçiyÂs^si» «ïv *-«V* ^**

» gouvernements étrangers ou aux age'its diplomaticpies accrédités ' » près du gouvernement de l'État. »

Quand bien même cette condition préalable et imprescriptible n'aurait pas existé, le gouvernement du soussigné aurait beaucoup hésité à soumettre à la discussion, devant un tribunal spécial, 1er, outrages faits par le Stn Martin à la reine d'Espagne, outrages déjà assez punis par la désapprob:ition publique. Son hésitation devait naître uniquement d'un sentiment de délicatesse, de respect et de sympathie à l'égard de la souveraine d'une nation amie, à l'égard de la femme.

Ce grief avait si peu de consistance, que le gouvernement de l'Espagne a dû nécessairement le modifier plus tard. L'amiral Pareja le réduisit, dans son ultimatum du 17 septembre dernier, à une accusation, contre le gouvernement du Chili, de n'avoir pas explicitement condamné, dans le journal officiel» les articles injurieux du San Martin. Si une telle omission avait besoin d'être justifiée, elle le serait par la nature du journal officiel du Chili, destinée enregistrer les ordres et les documents du gouvernement, et toujours étranger aux discussions politiques. Mais elle fut largement réparée par la condamnation formelle que firent des outrages de ce journal les notes du soussigné à M. deTavira, et le dernier discours de S. Exe. le Président de la République au corps législatif; documents qui furent publiés, et qui exprimèrent, d'une façon plus officielle et plus authentique encore l'opinion du gouvernement du Chili.

Il est facile de s'expliquer le mobile qui a poussé le cabinet de Madrid à feindre de ne pas comprendre le langage non équivoque de ces documents, tout en se pleignant du silence du journal officieK II fallait, à n'importe quel prix, trouver des accusations contre la République.

Le soussigné a terminé l'examen des griefs adressés à son gouvernement, sous forme de motifs de plaintes, après avoir été rejetés .sous la forme de réclamations qu'ils avaient prise d'abord. L'examen qui précède permet de présumer combien il aurait été facile au soussigné de consigner, dans sa communication du 16 mai dernier, à M. Tavira, non-seulemettt les solennelles déclarations compaCibtet avec Vlionneur

dit gonvernemint expagnol, que l'on PXigcaiLdc la République, mais aussi des exiilications satisfaisantes.

Elles auraient dû être d'autant plus satisfaisantes, que le ministpe résidant de S. M. Catholique manifestait au soussif^né, le 20 du mois cité, qu'à son avis elles dissipaient tous les motifs de plaintes de son gOHvernemenI, et qu'elles contribueraient, selon son espérance, fi resserrer les relations des deux pays.

Une déclaration aussi concinanleet sans aucune restriction faite par le même fonctionnaire qui avait formulé les griefs et qui avait assisté aux événements, ne larda pas ù se confirmer par un acie des plus significatifs: le pavillon espagnol fut de nouveau arboré sur la maison de M. Tavira, en témoiffnage de parfaite amitié.

I^s actes eties paroles officielles du représentant de S. M. Catlioliquene donnaient donc plus lieu ù aucun doute; tout motif de désaccord avait disparu entre le Cliili et l'Espagne. Le gouvernement du soussigné s'en félicitait, et s'il désirait ardemment que M. Tavira obtint de son gouvernement une approbation complète, c'était, seulement, eu égard à la cordialité des relations existant entre les deux pays, qui n'auraient pu manquer de s'altérer par la dé.^pprobation de la conduite fie ce diplomate. Mais jamais le gouvernement d*u Gtiili n'eut la pensée qu'une telle désapprobation pût raviver les complications passées.

Si, dans certains cas, les gouvernements se réservent, comme, par exemple, dans des règlements de traités ou de conventions, la ratification des accords conclus par leurs agents diplomatiques, celte condition se stipule expressément

Or, la déclaration du ministre résidant de S, M. Catholique ne contenant aucune réserve de cette nature, le gouvernement du Ctiili dut la regarder comme irrévocable.

Celle opinion était si légitime, qu'elle fut admise mi5me par le eliargé d'affaires intérimaire de l'Espagne, M. Roberts, successeur de M. Tavira, bien qu'il siil que son gouvernement eijt désapprouvé la conduite de son prédécesseur. C'est ce qu'il signifia clairement en arborant, à la porte de salivation, le pavillon espagnol, le 18 septembre dernier, aunivcrsaife de l'indépendance du Chili -. taîV (v^^^V a^ "wt. '^''â;M'a:&'>^«>--

duire que par Tassurance de ce que ramitié et la bonne Intelligence entre les deux nations avaient continué, malgré une telle désapprobation.

Cependant, par une de ces fréquentes contradictions qui font douter du bon sens et de la bonne foi de la politique espagnole, ce même jour, 18 septembre, on remettait au soussigné un ultimatum du commandant des forces navales de l'Espagne dans le Pacifique, qui, deux jours auparavant, était entré dans le port de Valparaiso avec une partie de son escadre. L'amiral Pareja déclarait, dans son ultimatum, que M. Tavira, en acceptant les explications contenues dans la note du soussigné, en date du 16 mai dernier, n'avait respecté ni l'esprit ni la lettre de ses instructions et qu'il avait encouru la désapprobation de son gouvernement; qu'en conséquence, le cabinet de Madrid considérait les choses comme étant dans le môme état où elles étaient avant cette acceptation, et demandait à la République, comme réparation, des explications satisfaisantes sur les motifs qu'il* faisait servir de base i ses plaintes, et, de plus, un salut de vingt et un coups de canon au pavillon espagnol. En même temps il intimait que si l'on n'accédait pas aux exigences mentionnées, les relations diplomatiques seraient rompues entre les deux pays, et que, s: on le mettait dans le cas de faire usage des forces navales qu'il commandait, il réclamerait une indemnité pour les dommages éprouvés par l'escadre espagnole, en conséquence des dispositions du gouvernement du Chili.

Ainsi donc, le même gouvernement qui avait profité sans scrupules de la possession des Chinchas, consommée par une prétendue infidélité de ses agents au Pérou, ne se souciait pas davantage de faire peser sur la République les conséquences d'une nouvelle et prétendu^ infidélité d'un autre de ses fonctionnaires, en faveur duquel il avait sollicité du gouvernement chilien entière foi et entier crédit.

Si ce précé lent pouvait être de quelque poids dans les relations internationales, les Etats civilisés renonceraient, sans doute, à s'entendre avec les agents diplomatiques de Sa Majesté Catholique, tant que ceux-ci ne montreraient pas le texte original de leurs instructions. Aatrement ils courraient le danger detombe;T&^m\^^\éçe decompro-

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mis suscepUbles de s'annuler, cl dont les seuls effets Mnieni d'endormir et de dérouler leurs résoiulions.

Le soussigné, au nom de son {rouvernement, proteste, ^antloul, contre la portée d'un précédent qui pervertît et anniiiile fa noble mission de la diplomatie, etqui, appliqué dans le cas actuel, conduirait ù la conclusion absurde que la guerre entre le Chili et l'Kspagiie, provoquée par le commandant de l'escadre espagnole, en vertn ■ d'instructions de son gonvernement, n'existe pas définîtivemeni. 11 est superflu d'ajoiilcr que la République n'accepte pas une pareille conclusion.

Et cependant il y a autant d'indices pour présumer que l'amiral Pareja a manqué à ses instructions qu'il yen a pour douter que M, Tavira n'ait pas rempli les siennes,

En effet, la longue carrière et l'honorable caractère de cet ajreni diplomatique rendent invraisemblable l'accusation d'infidélité qui lui a été adressée, tandis que la désapprobation de sa conduite s'explique naturellement par le changement de ministère qui a eu lieu dans la Péninsule. Le ministère aux ordres duquel devait obéir M. Tavira paraissait disposé ii éloigner son pays de la politique d'ambition, d'aventures et de duplicité dans laquelle il avait été engagé, ainsi qu'il l'a prouvé en mettant un terme à la guerre de Saint-Domingue. Mais ce ministère dura peu de temps, et celui qui lui succéda ramena dans le conseil de la reine d'Espagne les mêmes hommes qui avaient envoyé en Amérique le commissaire Mazarredo et l'amiral Pinzon, afin de i-ompre des trêves d'un demi-siècle, et de revendiquer des territoires qui ne lui appartenaient pas. L'issue que, pendant ce temps.M. Tavirîi avait donnée aux instructions équitables et réparatrices du cabinet antérieur, contrariait le nouveau cabinet, décidé à renouer ses anciens projets d'ambition et de conquête sur l'Amérique; et il était empêché, dans leur poursuite, par le rétablissement de la bonne intelligence entre le Chili et l'Espagne. Le ministère, présidé par le générât O'Donnell, n'hésita pas, alors, à sacrifier le crédit et l'honneur d'un ancien fonctionnaire ù ses sinistres desseins, de même qu'il avait désapprouvé auparavant MM. MaiavveAo tV. Vmw\ , "çww ^sisasw -j

triste palinodie et dissimuler des fautes de probité et de pénétration politique.

Et quand bien même la précédente explication ne serait pas si vraisemblable qu'elle Test en réalité, quand bien même M. Tavîra n'eût pas rempli fidèlement ses instructions, et que la république eût été forcée de subir les conséquences de cette infidélité, les mômes motifs de plaintes que ceux existant le 13 mai dernier subsistant encore, les exigences fondées sur ces motifs n'ont pu s'altérer : à cette époque, on demanda seulement au gouvernement chilien, par ordre exprès du cabinet de Madrid, de solennelles déclarations compatibles avec Vhonnewr de ce cabinet. Pourquoi demander aujourd'hui des explications satisfaisantes, et pourquoi, avant qu'on les ait reçues et examinées, demander, comme satisfaction, un salut qui devient superflu si les explications données sont telles qu'on les demandait ?

Pour rendre, s'il était possible, plus inacceptables ces exigences non autorisées et inconséquentes, on les formula dans un ultimatum destiné à blesser la dignité et les sentiments les plus respectables du peuple et du gouvernement du Chili. II était signé par le commandant d'une escadre, au lieu de l'être par l'agent diplomatique de l'Espagne, en fonctions, à cette époque, à Santiago, comme on Ta déjà dit, et qui était l'organe régulier des communications du cabinet de Madrid. On y avait omis jusqu'aux apparences de conciliation, et l'injustice et l'arrogance des prétentions s'y mêlaient à des menaces prématurées Finalemp.nt, il fut présenté au soussigné, au moment même où le pays entier se livrait à des réjouissances publiques, pour célébrer le cinquantecinquième anniversaire de la naissance de la République.

En présence d'un semblable document, il était impossible de se méprendre sur l'esprit qui l'avait dicté. On voulait, à tout prix, humilier, outrager et réduire à l'impuissance le Chili, dont l'infatigable sollicitude pour les intérêts américains, dont l'influence d'unification sur l'Amérique entravaient l'exécution de secrets et honteux projets* déjà tentés par l'Espagne sur ce continent.

C'est à peine si le soussigné a besoin de dire que son gouvernement rejelû péremptoirement^ ôt avec une jwslft \xvdvccv2X\0u, le déshonneur

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que les propositions espagnoles otJ'ruieiit à la République, en échange d'une paix précaire. Vuttimaiitm l'ut renouvelé par l'amiral Pareja et rejeté, pour la seconde fois, le 2it septembre dernier. Le lendemain, le commandant de l'escadre espagnole mettait !c blocus devant le port de Valparaiso et déclarait également bloqués les autres ports de la République.

Jamais la force n'abusa d'une façon aussi brutale et aussi impudente d'un peuple sans défense, mais jamais non plus une nation désarmée ne sut répondre avec plus de décision et d'énei'gie aux abus d'un pou- TOir qui, à l'ombre de l'impunité, offensait la justice divine etl'opinion de rtiunianilé civilisée.

La République, par l'organe de sou gouvernement, parla volonté de tous ses enfants, accepta, sans bésiler, la guerre à laquelle on la provoquait, par une agression qui blessait pi-ofondémctit sa dignité et droits, qui menaçait sa sécurité présente et future. En prenant une aussi grave décision, elle n'a pu surmonter la douleur qu'elle éprouvait de renoncer à une longue paix, (lorissant* et glorieuse ; mais cela ne l'a pas détournée du chemin ouvert pour venger son honneur.

Elle a contemplé, sans trembler, la lutte inégale qu'elle comnienlit avec une nation comptant de nombreuses armées et une flotte conisidérablc. Le Chili est prêt à affronter passivement mais l'erniemenl , ;|es excès du pouvoir esjwgnol, en attendant le moment où il pourra 'prouver h son ancienne métropole qu'il n'a pas désappj'is l'art d'irhiroviscr des armées cl des escadres victorieuses. Toutefois, le soussigné déclare, devant les naiions amies, que son luvernoment a cnlrcpi'is la pi-ésenlc guerre, avec le dessein irrévoible de ne pas la terminer, tant qu'il n'aura pas rcfu du gouvernement de l'Espagne une réparation proportionnée aux olienses cl aux préjudices causés par une agression inexcusable, et de solides garan. lies qui mettent, pour toujours, à l'abri des futui'os et injustes agressions du cabinet de Madrid l'indépendance et le repos des républiques iméricaines.

Si|.daascetio guei-rc, il n'a pas d' alliée, te %()\k>&i\w.-^&is«>. «s». ^tsK»

signé luttera seul, et il croit, avec confiance, qu'il ne luttera pas, pour cela, infructueusement. Ainsi le lui promettent l'intrépidité , la constance et l'abnégation du peuple qu'il s'enorgueillit de gouverner, ainsi le lui promettent, surtout, la droiture de ses intentions et la justice de sa cause, dignes de la protection de Dieu et des sympathies de tout pays civilisé et généreux.

Mais la République ne craint pas de se trouver isolée; au contraire, elle est sûre que les États de l'Amérique sauront apprécier la portée d'une guerre dont le dénoûment va décider de leurs destinées, et qu'embrassant la cause du Chili comme une cause commune, ils renouvelleront la mémorable et puissante alliance, à laquelh.* les invitent leurs précédents historiques et leurs exigences politiques.

Une stérile satisfaction d'amour-propre n'est pas le résultat qne la République attache à son triomphe dans la lutte actuelle. Elle y attache le sort futur des nationalités d'origine espagnole.

Pour atteindre ce noble triomphe, elle ne reculera devant aucun sacrifice, et elle fera tous ses efforts pour le hâter par une action rapide, incessante et décisive.

Si elle ne trouvait pas, dans son impatience de recouvrer la paix,— qu'elle a abandonnée avec une profonde douleur, — un puissant stimulant pour la déterminer à faire la guerre dans de telles conditions, elle ne saurait manquer d'en trouver un dans sa sollicitude sincère pour les intérêts des neutres engagés dans la lutte, et dans son désir de ne pas voir se ralentir longtemps les vastes relations commerciales, et industrielles qu'entretiennent avec ce pays les nations étrangères.

En s'efforçant de rétablir promptement, par les armes, une paix sûre et durable, le gouvernement du soussigné croira rendre le meilleur hommage à ces relations, à l'humanité et à la civilisation, et correspondre à l'intérêt flatteur que tous les États amis, représentés au Chili, ont déjà montré au pays, dans ces difficiles circonstances, par l'organe de leurs dignes ministres diplomatiques.

Il a donné, dès le principe, une preuve non équivoque de ses s^xti- \imenls favorables k la propriété neutre, par les instructions expédiées

aus navires armés en guerre, appailenani à ]a R(Spiiblii]ue ou à dcf. parliculicrs, qui doivent poursuivre sur mei- ia pi-opriété espagnole, D'après ces instructions, la marchandise neutre sera respectée, soui pavillon ennemi, et la luarchandise ennemie, excepté ia contrebande de guerre, sera prol<igtSe par le pavillon neuli^e.

Le gouvernement cliilien a voulu mettre ainsi en pratique le deuxième et le troisième des principes de droit maritime, proclamés dans \p Congrès international de Paris, en 1886.

Cette conduite libérale contraste singniièrement avec la conduite cnntradictoire qu'observe le commandant de l'escadre ennemie. En même temps qu'il se recoonaU lié par un compromis international de son gouvernement à l'observance du quatrième des principes auxquels on a fail allusion, il le viole ouvertement, en prétendant soumettre au Woeus tous les ports chiliens, an moyen de quatre Trégates et de deux petits n.ivii-es, qui lui suffisent à peine pour bloquer, d'une manière effective, quatre des ciiiquante-lrois grands ports du vaste littoral du Chili, Les observations et protestations réitérées, qui lui ont été adressées à ce sujet par les agents diplomatiques et consulaires des puiosances neutres, n'ont pu le faire revenir sur une détermination qui. non-seulement est contraire à la déclaration du Congrès de Paris, mais qui tend encore à ressusciter le blocta xur h papier, condamné par toutes les nations civilisées.

Elles sauront qualifier «n procédé qui i^ractérise la politique internationale de l'Espagne. Mais le soussigné ne peut passer sous silence deux autres actes, émanés du môme amiral, qui alfectent immédiatement les relations des belligérants.

Dans les instructions remises aux croiseurs espagnols, on leur prescrit de traiter comme pirates les corsaires chiliens dont la majorité de l'éqaipage ne serait pas composée de citoyens de la République. Le gouvememeni du soussigné proteste solennellement contre cette prescription arbitraire qui, si elle est mise à exécution, le déterminera à exercer de promptes et sévères représailles.

Il proteste, non moins solenncllemeni, contre le projet de bombarder Vulparaiso, que l'amiral Pareja a manifesté dans ua&CQ^^siKisâs^&^

lion récente, adressée à Monsieur le chargé d'affaires de Sa Hsgesté Britannique et livrée à la publicité. Valparaiso étant une ville ouverte, sans fortifications et, tout à la fois une grande place de commerce, son bombardement ne pourrait trouver une excuse dans les moyens légitimes de faire la guerre : ce serait uniquement une mesure d'inutile barbarie, qui outragerait les lois du droit des gens, les sentiments d'humanité et de civilisation. L'odieux d'un dessein si exécrable s'aggraverait, si son exécution avait pour but exclusif, comme l'a aussi insinué l'amiral espagnol, la destruction des édifices publics, auxquels on doit un respect spécial dans les bombardements mêmes des places fortes. Dans le cas où cet attentat se consommerait, le gouvernement chilien accomplirait inflexiblement le douloureux devoir d'employer d'énergiques représailles, afin de régulariser la guerre.

Les précédents exposés ci-dessus permettent de prévoir que l'Espagne peut s'écarter encore davantage, dans le présent conflit, des usages et pratiques indéclinables d'une guerre civilisée. Cette ti iste prévision a inspiré et justifié la résolution du gouvernement du soussigné, d'interdire aux sujets espagnols de quitter le territoire chilien, de les concentrer dans la capitale, et de les placer sous la surveillance immédiate aes autorités locales.

Le bombardement de Valparaiso et tous autres actes arbitraires de la part de l'ennemi ne parviendront pas à plier la résistance de la République, mais ils la contrarieront profondément dans son dessein de faire une guerre aussi généreuse qu'efficace.

Dans le présent exposé, qu'il termine, le soussigné croit avoir mis en évidence la justice de la cause du Chili, et cependant il lui reste encore à énoncer le meilleur argument en sa faveur: — l'altitude prise et conservée par ce pays. En butte à une agression inopinée, dépourvu d'une nombreuse armée, de forces navales, de côtes fortiflées, le Chili n'a pas hésité à défier, dans sa faiblesse, les hostilités d'un adversaire puissant. En attendant qu'il ait réuni les moyens de le repousser, il supporte sans découragement, avec une mâle constance, avec calme et dignité, avec un noble patriotisme, tous les maux de la guerre, sans profiter du moindre des avantages qu'elle donne. La

^ Providence divine n'accorde cette fermeté qu'à ceux qui défendent la cause de la justice.

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