XVIII INTRODUCTION
priétaires le sol qu'ils cultivaient en mercenaires. L'épouvantable résultat de ces diverses illusions d'optique paralysait les uns d'horreur^ exaspérait la frénésie des autres, soulevait d'indig-nation les plus énergiques. Presque personne ne semble avoir eu, à cette date, l'intelligence assez forte pour se demander quelle méconnaissance radicale des lois de la société produisait cette formidable crise, véritable état de mal d'une nation en proie à un accès d'une mortelle épilepsie. Bonald fut du petit nombre de ces héroïques diagnosticiens. Il eut dans sa solitude des bords du Rhin ce fier courage d'avoir raison quasiment seul, qu'avaient au même moment Rivarol à Hambourg, Mallet du Pan à Berne, Joseph de Maistre à Lausanne. Quel spectacle exaltant et pathétique à se représenter que celui de ces écrivains, tous quatre Français par le génie et la langue sinon par la naissance, portant en eux la conscience d'un pays tout entier trompé, et combien les politiciens d'alors ont peu soupçonné le mépris où l'avenir tiendrait leurs combinaisons, tandis qu'après plus d'un