PAR LA AUSSI SE JUSTIFIE L'INDISSOLUBILITÉ DU MARIAGE
Que sont, auprès des raisons naturelles en faveur de l'indissolubilité du lien conjugal, tous les motifs, humains qu'on peut alléguer pour justifier la faculté de le dissoudre ? Qu'importe, après tout, que quelques individus souffrent dans le cours de cette vie passagère, pourvu que la raison, la nature, la société, ne soient pas en souffrance ? Et si l'homme porte quelquefois avec regret une chaîne qu'il ne peut rompre, ne souffre- t-il pas, à tous les moments de sa vie, de ses passions qu'il ne peut dompter, de son inconstance qu'il ne peut fixer, et la vie entière de l'homme de bien est-elle autre chose qu'un combat continuel contre ses penchants ? C'est à l'homme à assortir dans le mariage les humeurs et les caractères, et à prévenir les désordres dans la famille, par l'égalité de son humeur et la sagesse de sa conduite. Mais,
( i) De la /ami lia et dît dyoit d'aînesse.
(2) C'est ainsi que la justifie le relig-ieux, aussi savant que saint, pris par M. Paul Bourget pour porte-parole dans Un divorce. Au cours de l'émouvant dialogue qui ouvre ce beau récit, le P. Euvrard oppose à la divorcée M"* Darras ce principe : que, pour mesurer la valeur d'une institution, il faut se placer au point de vue général, auquel la justice, la charité même veut que l'intérêt individuel se sacrifie.
lorsqu'il s'est décidé dans un choix contre toutes les lois de la raison, et uniquement par des motifs de caprice ou d'intérêt, lorsqu'il a fondé le bonheur de sa vie sur ce qui ne fait que le plaisir de quelques instants, lorsqu'ilaempoisonné lui-même les douceurs d'une union raisonnable, par une conduite faible ou injuste ; malheureux par sa faute, a-t-il le droit de demander à la société compte de ses erreurs ou de ses torts ? Faut-il dissoudre la famille pour ménager de nouveaux plaisirs à ses passions, ou de nouvelles chances à son inconstance, et corrompre 7t7i peuple, parce que quelques -ims sont corrompus (i) ?
QUE LA VRAIE FORCE NE RESIDE PAS DANS LES INDIVIDUS, MÊME LES PLUS ÉMINENTS, MAIS DANS LA SOCIÉTÉ