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LA TRADITION DANS LE LANGAGE

Les dictionnaires et les grammaires sont des recueils de choses jugées, et en quelque sorte les codes des différents états littéraires, comme les recueils de lois et d'ordonnances sont le code des sociétés politiques.

Quand une langue a été fixée par ses bons écrivains, il semble que son Diciionnaire ne devrait pas plus changer que sa grammaire (j'entends dans les expressions de la langue morale et des belleslettres) ; car si chaque édition était revue, con^igée, augiiteniée, le dictionnaire et les grammaires, au lieu d'être dans l'état lettré ce que sont dans l'état politique les ordonnances générales, un moyen de ramener à une pratique uniforme toutes les <:<9/////;;/^^ locales et particulières, seraient eux-mêmes une cause puissante de variations et d'inconstance.

Un dictionnaire a pour objet de défendre et de maintenir une langue fixée, contre la révolte ouverte des esprits hardis, et l'inconstance des esprits faibles qui voient un usage à suivre dans toute nouveauté (i).

(i) Sîir les langues.

LA TRADITION DANS l'ÉDUCATION

L'éducation fait partie de la constitution d'une société ; l'instruction tient beaucoup plus à l'administration de l'Etat.

Les Juifs ont subsisté jusqu'à nous par la force de leur éducation, qui fait des habitudes de tous les devoirs, des sentiments de toutes les lois, et des premiers ^r^yV/^cr^^'^y de l'enfance les connaissances morales les plus relevées.

L'éducation, pour un peuple comme pour un homme, est donc une tradition héréditaire, uniforme et jamais interrompue, d'habitude et de sentiments. Si cette tradition s'arrête, le fil de. l'éducation se rompt ; et l'histoire ne nous apprend pas s'il est possible qu'il se renoue. Si une génération cessait tout à coup de parler, toutes les générations qui suivraient seraient muettes ; si l'éducation religieuse était interrompue chez un peuple, seulement pendant vingt ans, toute une nation serait athée.

Quand l'éducation, et surtout celle de l'exemple^ devient rare dans les familles, les gouvernements s'occupent beaucoup d'instruction publique : c'est l'art qui vient au secours de la nature ; c'est la médecine qui arrive quand la santé s'en va.

Si l'éducation contrariait l'instruction, il n'y aurait peut-être pas d'académies ; mais si l'instruction contrariait l'éducation, il n'y aurait bientôt plus même de société.

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En France, depuis la fondation de la monarchie jusqu'au xv'' siècle, l'instruction était à peu près exclusivement religieuse, comme l'éducation.

Depuis le xv^ siècle, et jusqu'au commencement du siècle dernier, l'instruction, sans cesser d'être religieuse, devint en même temps profane, ou littéraire et scientifique.

Au commencement du dernier siècle, la partie littéraire et scientifique de l'instruction prit insensiblement le dessus sur la partie religieuse ; et bientôt, à la faveur des livres qui se multiplièrent, l'instruction, de profane, devint licencieuse ; de licencieuse, irréligieuse, et contraria ouvertement l'éducation.

Cette instruction irréligieuse gagna du terrain, et elle prit hautement les rênes de l'enseignement, après la destruction des grands établissements d'instruction publique qui, pendant trois siècles, avaient aidé puissamment à l'éducation domestique.

Depuis cette dernière époque, des souvenirs d'éducation ancienne, conservés au fond des provinces et dans quelques familles, ont lutté avec désavantage contre les progrès toujours croissants de la nouvelle instruction ; et la société s'est traînée à travers cette discordance de principes jusqu'à la révolution , où l'on a pu voir tout ce que la génération présente avait gagné en instruction scientifique, et tout ce qu'elle avait perdu en éducation morale, c'est-à-dire d'habitudes et de sentiments même d'humanité (i).

(i) De l'éducation et de l'instruction.

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