‹ BonaldChapitre 71 sur 108 · CE QUE C EST QUE LA PATRIE · texte numérisé non relu

CE QUE C EST QUE LA PATRIE

Le sol n'est pas la patrie de l'homme civilisé ; il n'est pas même celle du sauvage, qui se croit tou-

(i) Théorie du pouvoir, part. I, \'w. VII, chap. i et 11.

jours dans sa patrie lorsqu'il emporte avec lui les ossements de ses pères. Le sol n'est la patrie que de l'animal ; et pour les renards et les ours, la patrie est leur tanière. Pour l'homme en société publique, le sol qu'il cultive n'est pas plus la patrie que, pour l'homme domestique, la maison qu'il habite n'est la famille. L'homme civilisé ne voit la patrie que dans les lois qui régissent la société, dans l'ordre qui y règne, dans les pouvoirs qui la gouvernent, dans la religion qu'on y professe, et pour lui son pays peut n'être pas toujours sa patrie (i).

(i) Cette dernière ligne s'explique par l'intention du morceau, qui est de justifier l'émigration. Nous l'extrayons, en effet, d'un article de 1819, qui s'intitule De l'émi^yation^ et qui est l'apologie de cet exode de la noblesse. — Fustel de Coulanges ne va pas aussi loin que Bonald ; il est bien près de lui cependant, lorsqu'il professe que le «véritable patriotisme n'est pas seulement l'amour du sol, mais l'amour du passé. » Renan paraît s'accorder tout à fait avec l'émigré, avocat de l'émigration, lorsqu'il définit une nation : « Un principe spirituel, résultant des complications profondes de l'histoire. » {Discours el conférences. « Ce que c'est cju'une nation ? ») — Faut-il nous excuser de citer ici une comédie récente, où, à travers les dialogues moralement les plus osés, une thèse sociale se développe ? L'héroïne raille le sentiment patriotique : « Ah ! penser en Français, on sait ce que ça veut dire : c'est limiter l'humanité à un fleuve et à une chaîne de montagnes ; c'est ignorer complaisamment ce qui se passe au dehors ; c'est être fier en regardant une colonne... c'est prendre un trou et mettre de la tradition autour. » Quelqu'un lui répond : « ...Je ne sais pas si ma définition vous paraîtra saine ; mais il me semble que la patrie, c'est des victoires glorieuses, des défaites héroïques, de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathédrales, des palais, des tombeaux... c'est des paysages qu'on a vus tout enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadré des heures de joie ou de

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PARALLÈLE ENTRE l'iNDUSTRIE ET l' AGRICULTURE

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