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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LE DIVORCE

Le jurisconsulte voit dans le mariage un contrat ; le publiciste voit dans la famille une société, et la première des sociétés. C'est sous ce seul point de vue que j 'envisage la question du divorce. Je laisse à d'autres à discuter les dispositions du projet du code civil, relatives à la possession et à la transmission des biens ; je ne traiterai ici que des rapports entre les personnes.

Je n'emploierai, dans cette discussion, que l'éloquence de la raison. Si l'imagination peint avec les couleurs les plus vives les effets déplorables du divorce, elle ne présente pas un tableau moins animé des suites trop souvent malheureuses des unions indissolubles ; et dans cette lutte incertaine, la vérité ne triomphe que par le hasard du talent. Donnons à ses succès une chance plus assurée, en combattant pour elle avec les armes qui lui sont propres, et dont l'erreur ne saurait se servir sans trahir sa faiblesse.

Je ne chercherai pas même des motifs contre le divorce dans les affections privées de l'homme, affections passagères et variables, qu'il prodigue souvent à de coupables objets, plus vives quelquefois qu'aux objets les plus légitimes. Il faut prendre hors de l'homme la raison de ses devoirs comme le prix de

et dont il méprise la turbulence démocratique, Aristophane, dont on sait, à vrai dire, la partialité aristocratique, lui donne raison, quand il nomme Athènes « la république des goijes-mouches, TVjv x£/'/;va''o)V ttoX'.v »

ses vertus. L'homme, la femme, les enfants sont indissolublement /////vir, non parce que leur cœur doit leur faire un plaisir de cette union ; car que répondre à celui d'entre eux pour qui cette union est un supplice ? mais parce qu'une loi naturelle leur en fait un devoir, et que la raison universelle, dont elle émane, a fondé la société sur une base moins fragile que les affections de l'homme (i).

(i) Un éminent moraliste et sociologue, M. Georg-e Fonsegrive, directeur de la Quinzaine^ réfutant la conception romantique de l'amour et du mariage, — celle, en particulier, de George Sand, — a judicieusement insisté sur cette considération : « L'homme, fait pour vivre en société, ne pouvant vivre qu'en société, doit, de par sa nature même, être soumis aux conditions d'existence du groupe social. Le groupe social a besoin de la famille et du mariage, et toute atteinte portée au mariage et à la famille affaiblit la société. » \yMayiage et îinioii libre, p. i38,) En faveur de l'indissolubilité conjugale, garante de la stabilité et de l'ordre dans l'association humaine, M. Fonsegrive invoque l'autorité d'Auguste Comte. Dans la IV' leçon du G?// r^" ^^ philosophie positive , Comte dénonce, en effet, les « audacieux sophistes qui, de nos jours, renouvelant, en temps trop opportun, d'antiques aberrations, ont directement tenté de porter la hache métaphysique jusque sur ces racines élémentaires de l'ordre social ». Ils ont été, dit-il, « profondément blâmables s'ils n'ont fait ainsi qu'obéir sciemment eux-mêmes aux ignobles passions qu'ils s'efforçaient d'exciter chez les autres, ou déplorablement aveugles, si, au contraire, comme dans la plupart des cas, ils n'ont cédé qu'à l'involontaire extension de la routine anarchique propre à notre malheureuse époque ». Ailleurs, dans son Système de politique positive, il écrit : « L'étude positive du mariage ne vérifie pas seulement l'axiome fondamental : « Il n'existe pas de « société sans gouvernement ; » mais aussi l'aphorisme complémentaire : « Tout gouvernement suppose une religion pour consacrer et régler le commandement et l'obéissance. »

Je serai forcé de rappeler les croyances religieuses de la partie de la nation qui rejette le divorce, uniquement parce que le projet rappelle les croyances religieuses de la partie de la nation qui en admet la faculté ; car d'ailleurs je pense que, dans cette question, le gouvernement ne devrait pas s'occuper des croyances religieuses, mais des actions raisonnables ; et l'on s'apercevra sans doute que, si je cite la religion chrétienne à l'appui de mes raisonnements, c'est pour en faire voir la conformité à la raison la plus éclairée, et nullement pour y chercher des motifs capables de subjuguer la raison (i).

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