‹ Bonaparte en EgypteChapitre 22 sur 24 · OBSERVATIONS DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS DE NAPOLEON

A. Le Grand Vizir était à la fin d'août à Ërivan, dans la Haute-Arménie, il n'avait avec lui que 5,000 hommes. Le 22 août, on i^orait en Egypte que ce premier mmistrc eût quitté Constantinople ; l'aurait -on su, qu'on y aurait attaehé fort peu d'importance ; au 26 septembre, lorsque cette lettre était écrite, le Grand Vizir n'était ni à Damas, ni à Alcp, il était au-delà du Taurus.

B. L'armée française était forte do 30.000 honmics au ^moment de son débarquement en Égyi)te, en 1798:

puisque le général Élcbcr dc^olare qu'elle était réduite de moitié au 27 septembre 1709 : elle était donc (!c 15.000 hommes ; riîci est une fausseté «'vidente, puisqu<t les états de situation de tous les ch<'fs des corps envoyés au ministre de la guerre, datés du l"^"" septembre, portaient la forec de l'armée à 2'<,r>()0 hommes, sans compt<;r les gens du j)ays: les états de l'ordonnateur DauVe fai-

C . Copcndmit il ne s'agit plus înijoiird'hiii comme autrefois de lultt'i* contre quelques hordes de Mameluks découragés ; mais de combattre et de résister aux efforts réunis de trois grandes puissances : la Porte, les Anglais el les Russes.

Le dénùnuMit d'armes, de poudre de guerre, de fer coulé et de plomb, pn'sente un tableau aussi alarmant que la grande et subite diminution d hommes dont je

salent monter la consommalin i 35,000 hommes, y compris les abu, les «uxiliairos, fes rations dosUit, les femmes et les enfants ; les étaU du payeur Estève, envoyés à li tiésororie, faisaient monter l'armée à 28,500 hommes : comment, ^n4-n, la conquête de la haute et bwe Egypte, de la Syrie, les maladies, la '\iesie, n'avaient fait périr qse 1,500 hommes! Non, il en a péii 4,500 : mais, après ton déb^npament, l'armée fnt augmentée ée 3,000 hommes, provenant des débris de l'escadre de l'amiral Bmeys.

Vouloz-vous une autre prcuTvtaot aussi forte ? c'est qu'aux mois d'octobre et de novembre 1801, deax ans après, il a débarqué en Tnmn 27,500 hommes venant d'Egypte, sv lesquels 24,000 appartenaient i 1^ niée : les autres étaient des marias, des Mameluks ou des gens da pars:

or, l'armée n'avait reçu aucun reaiort, si ce n'est un millier d'hommes partis par les trois frégates, te Juliler.

r Egyptienne et la Hégénérée, et ssb douzaine de corvettes ou avisos qri V arrivèrent dans cet intervalle.

En 1800 et 1801, l'armée a peidi 4,800 hommes, soit do maladie, Mft à la campa^o contre le Grand ViVi on 1800; soit à celle contre les Aiglais, en 1801 : 2.300 hommes OKt,n outre, été fcùts prisonniers dam kl forts d'Aboukir, Jullicn, Ramaiycl;.

dans lo désert avec le colonel CiTalier sur le convoi de Djcrmes, m Marabout; mais ces troupes, atiil été renvoyées en France, sont coiiprisos dans le nombre de 27,511 qn out opéré leur retour.

Il résulte donc de cette sotosdi prouve, qu'au mois de septembn 1799, l'armée était de 28,500 howMi»

éclopés, vétérans, hôpitaux, ek-i tout compris.

C. Los fusils no manquaiest mi plus que les hommes, il résylte dM états des chefs do corps de septa»

bro 1799, qu'ils avaient 7,000 mEM et 11,000 sabres au dépôt; et dm états de l'artillerie, qu'il y M arrft 5,000 neufs, et 300 en pièces de !•■ change au parc ; cela fait donc IM^ fusils.

Les pièces de canon ne manqaufrt

f>as davantage : il y avait, ÇO*** e constatent les états de l'artilleriii 1,426 bouches à feu, dont 180 dl campagne, 2i5,000 projectiles, t,W milliers do poudre; 3 iiiillÎMS di

-vid

'\*iens de parler : les essais de fonderie faits n'ont point réussi ; la manufacture de poudre établie à Roudah n'a pas encore •donné, et ne donnera probablement pas le résultat qu'on se Hattait d'en obtenir ; enfin la ré-

Ï>aration des armes à feu est ente, et il faudrait pour activer «es établissements des fonds et des moyens que nous n'avons pas.

D, Les troupes sont nues, et •cette absence de vêtements est id'autant plus fdchcuse, qu'il est reconnu que, dans ce pays, elle est une des causes les plus actives des dyssenteries et des ophtalmies, qui sont les maladies •constamment régnantes ; la première surtout a agi cette année puissamment sur des corps affaiblis et épuisés par les fatigues.

Les officiers de santé remarquent «t rapportent constamment ^ue, quoique l'armée soit si considérablement diminuée, il y a cette «nnée un nombre beaucoup plus g^and de malades qu'il n'y en savait l'année dernière à la même époque .

E. Le général Bonaparte avait -effectivement, avant son départ, donné des ordres pour habiller l'armée en drap ; mais pour cet objet, comme pour beaucoup •d* autres, il s'en est tenu là, et la jpénurie des finances, qui est un nouvel obstacle à combatlrc, l'eût mis dans la nécessité sans doute d'ajourner l'exécution de cet utile projet : il faut parler de celte pénurie.

Le général Bonaparte a épuisé toutes les ressources extraordinaires dans les premiers mois <ie notre arrivée ; il a levé alors autant de contributions de guerre <jue le pays pouvait en supporter î revenir aujourd'hui à ces moyens, alors que nous sommes au dehors entourés d'ennemis, «erait préparer un soulèvement

cartouches d'infanterie, 27,000 cartouches à canon confectionnées, et ce qui prouve l'exactitude dans ces états, c'est que deux ans après, les Angla's trouvèrent 1,375 bouches à feu, 190,000 projectiles et 900 milliers de poudre.

D. Les draps no manquaient pas plus que les munitions, puisque les états de situation des magasins des corps portaient qu'il existait des draps au dépota que l'habillement était en confection: et qu'elTectivenicnt, au mois doctobrc, l'armée était habillée de neuf : d'ailleurs, comment manquer d'habillement dans un pays qui habille 3,000,000 d'hommes, les poi:ulations do l'Afrique, de rÀrabic, qui fabriquent des cotonnades, des toiles, des draps do laine en si grande quantité ?

E. Depuis longtemps la solde était au courant, il y avait 15,000 francs d'arriéré; mais cela datait de lonjgue main : les contributions dues étaient de 16,000,000 comme le prouvent les états du payeur Estève, datées du 1"' septembre.

à la première occasion favorable. Cependant Bonaparte à son départ n'a pas laissé un sou en caisse, ni aucun objet équivalent : il a laissé, au contraire, un arriéré de près de 12,000,000 ; c'est plus que le revenu d'une année dans la circonstance actuelle. La solde arriérée pour toute l'armée se monte seulement à '1,000,000.

F. L'inondation rond impossible en ce moment, le recouvrement de ce qui est dû sur l'année qui vient d'expirer, et qui suffirait à peine pour la dépense d'un mois : ce ne sera donc qu'au mois de frimaire qu'on pourra en recommencer la perception ; et, alors, il n'en faut pas douter, on no pourra pas s'y livrer parce qu'il faudra combattre.

Enfin, le Ni! étant cette année très mauvais, plusieurs provinces, fauto d'inondations, offriront dos non-valeurs auxquelles on ne pourra se dispenser d'avoir égard.

To^^t co que j'avance ici, citoyens Diret'tours, je puis le prouver et par des procès-verbaux et ])ar des états certifiés des différonls services.

Quoique l'Egypte soit tranquille en apparence, elle n'est rien moins que soumise; le peuple est inquiet, et ne voit en nous, quol(juc chose que l'on puisse faire, que des ennemis de sa propriété : son cœur est sans cesse ouvert à l'espoir d'un <;hangemcnt favorable.

G' Los Mameluks sont dispersés, mais ils no sont pas détruits.

Mourad-Bey e&t toujours dans la naute-E^y])te avec assez de nn)ndo pour occuper sans cesse uiio partie do nos forces ; si on l'iibandonnait un moment, sa troupe se grossirait bien vile, et il viendrait nous inquiéter, sans doulo, jusque dans la capitale, qui, malgré la plus grande sur-

F. La conduite de ce penp dant la guerre de Syne, bi aucun doute sur ses bonnet ( tiens; mais il ne faut Ini laû cune inquiétude sur sa reli se concibcrlcs ulémas.

G. Mourad-Boy, réfugié da sis, ne possédait plus un soi dans la vallée; il n'y possëd un magasin ni une barque: i plus un eanon, il n'était suivi ses plus fidèles esclaves. I!

Bcy était à Gaza avec 450 Ma conuncnt pouvait-il en avoî ])uisqu'il n'en a jamais eu et qu'il avait fait dos piRi tous les combats de la Bvrie

Il n'y avait pas» à la fin ( tcuibre, un seul homme dfl

XlA

veillanco, n'a cessé jusqu'à ce jour de lui procurer des secours en argent et en armes.

Ibrahim est à Gaza, avec environ 2,000 Mameluks, et je suis informé que 30,000 hommes de l'armée au Grand Vizir et de Djezzar-Pacha, y sont déjà arrivés.

H. Le Grand Vizir est parti de Damas, il y a environ vingt jours ; il est actuellement campé auprès d'Acn».

/. Telle est, Citovens Directeurs, la situation dans laquelle le général Bonaparte m'a laissé l'énorme fardeau de l'armée d'Orient ; il voyait la crise fatale s'approcher. Vos ordres, sans doute, ne lui ont pas permis de la surmonter. Que cette crise existe ; ses lellres, ses instructions, sa négociation entamée, en font foi : elle est de notoriété publique, et nos ennemis semblent aussi pou l'ignorer que les Français qui sont en Egypte.

« Si cette année, me dit le gé- 0 néral Bonaparte, malgré toutes « les précautions, la peste était « en Egypte, et que vous per- « diez plus de 1,500 soldats, I) perte considérable, puisqu'elle « serait eu sus de celle que les « événements de la guerre occa- « sionneraient journellement ; je « dis que, dans ce cas, vous « ne devez pas vous hasarder à « soutenir la campagne pro- « chaine : et vous êtes autorisé « à conclure la paix avec la « Porte Ottomane, quand même « l'évacuation do l'Kgypto en soft rait la condition principale.»

Je vous fais remarquer ce passage. Citoyens Dire<'tours, ])arce qu'il est <'aractéristiquo sous plus d'un rapj)ort. ot qu'il indi-

3ue surtout la situatit»n critique ans laquelle jo me trouve.

dn Grand Vizir en Svrîc ; au contraire, Djozzar-Pacha avait retiré ses ])ropres troupes de Gaza pour les concentrer sur Acre. Il n'y avait à Gaza que les 400 Mameluks d'Ibrahim- Bev.

H. Le Grand Vizir nVtait point en en Svrie. le iO septembre : '.1 râ'ôtait pas même à Alep : il était au-delà du mont Taurus.

/. Celte crise fatale était dans l'imagination du général, et surtout* des intrigants qui voulaient l'exciter à quitter le pays.

Napoléon avait commencé les né-

Îrociations avec Constanlinople, dès e surleudeniain de son arrivée à Alexandrie; il les a continuées en Syrie : il avait plusieurs buts, d'abord d'empêcher la Porte de déclarer la guerre ; puis de la désarmer, ou au moins rendre les hostilités moins actives ; enfin de eonnailro co qui se passait par les allées et venues des agents turcs ot français qui se tenaient au courant dos événements d'Europe.

Où était la crise fatale ? l'armée russe, qui, soi-disant, était aux Dardanelle.s, était un premier fantôme; rarmée anglaise, qui déjà avait passé le détroit, en était un second; enfin, le Grand Vizir, à la fin de sept(!nibre, était encore bien éloigné de lEgypte. Oaand il aurait passé le mont Taurus et le Jourdain, il avait à lutter contre la jalousie de Djezzar; il n'avait avec lui que 5,000 hommes: il devait former son armêji en Asie, et ptiut-être y réunir iO à 50,000 hommes qui n'avaient jamais fait la guerre, et qui étaient aussi p(>u redoutables (pio l'armée du mont Thabor : c'était donc, en réalité, un troisième fantôme.

Les troup(>s de Mustafa-Pacha étaient los meilleures troupes otlomauoF : t-Ues occi.pai«'nt à .Aboukir une position redoutable : rejxMidanl elles n'avai(>nt opjjosê aucune résistance. Le Grand \ i/ir n'aurait jamais oS('' passer Itî désert devant 1 armée française», ou, s'il Tavair osé. il aurait «îti' très facile de le batlni.

L Egypte nt; courait donc de danger que par le mauvais esprit qui s'était mis dans l'élat-major.

Que peuvent être quinze cents homiuoii de plus ou de moins dans l'immensité du terrain que j'ai à délendro, et aussi journellement à combattre?

J. Le général dit ailleurs :

« Alexandrie et El-A'rvch, voilà « les deux clefs de l'Egypte ».

El-A'rvch est un méchant fort, à quatre journées, dans le désert. La grande difficulté de l'approvisionn<'r no permet pas d'y jeter une garnison de plus de deux cent cin([uante hommes :

six cents Mameluks pourront, quand ils le voudront, intercepter sa communication avec Qatyeh : et, comme lors du départ de 13i»napjirte, cette garnison n'avait pas pour quinze jours de vivres en avance, il ne faudrait I)as plus de temps pour l'obliger à se rendre sans coup férir.

Les Arabes seuls étaient dans le cas de faire des convois soutenus dans les brûlants déserts ; mîiis, d'un côté, ils ont été tant de ft)is trompés, que, loin de nf)us iifl'rir leurs services, ils s'éloignent et se cachent; d'un autre c«Mé, l'arrivée du Grand Vi/ir, fjui enllamme leur fanatisme et leur prodigue des dons, <'onlril)ue tout autant à nous en faire abandonner.

K. Alexandrie n'est point une place, c'est un vaste camp retranché ; il était, à la vérité,

La pesto qui avwlt afiUgé Farméc, en 1799, lui avait lait perdn 700 hommos. SI celle cfiii l'affliierait en 1800 lui en faisait périra 1.500, elle serait donc doubla es malignit<î. Dans ce cas, le gésënl, partant, ' voulait prévenir lea BMb dangers que pouvait coarir TanBéi, et oiminucr la responsabilité de km successeur, Tautorisant à tnâtar, s'il no recevait pas de nouvelles di gouvernement avant le mois de mi 1800, à condition que Tamiée fki»çaiso resterait en Egypte josqa'i h paix générale.

Mais enfin, le cas n'était poiat arrivé : on n'était pas encore au moM do mai, puisqu'on n'était qu'an nob do septembre; on avait donc toat l'hiver à passer, pendant lequel il était probable que l'on recevrait dai Douvollcs do France ; enfin la Msti n'affligea pas l'armée en IMf c(

J. Le fort d'El-A'rych, qui pflst contenir 5 ou 0,000 hommos de gai^ nison, est construit on bonne ■»çonncric; il domine les paitaetli forêt do palmiers de l'Oasis de m nom. C'est uno vedette situëe pm do la Syrie ; la seule porte par oà toute armée qui veut attaqvff l'Egypte par terre doit passer, ui localités offrent beaucoup de difficultés aux assiégeants. G est dose à juste titre qu'il peut être appelé ■■• des clofs du désort.

is:. n y avait dans AlexaiMt 450 bouches à feu de tons ealilins- Les 24 pièces que Ton avait;

assez bien défendu par une nombreuse artillerie de siège; mais depuis que nous avons perdu cette artillerie dans la désastreuse campagne de Syrie, depuis que le général Bonaparte a retiré toutes les pièces de marine pour armer au complet les deux frégates avec lesquelles il est parti, ce camp ne peut plus offrir qu'une faible résistance.

£f. Le général Bonaparte, enfin, s'était fait illusion sur l'effet que devait produire le succès qu'il a obtenu aux portes d'Aboukir :

il a, en effet, détruit la presque totalité des Turcs qui avaient débarqué : mais qu'est-ce qu'une perte pareille pour une grande nation à laquelle on a ravi la plus belle partie de son empire, «t à qui la religion, l'honneur et l'intérêt prescrivent également de se venger, et do reconquérir ce que Ton avait pu lui enlever ?

Aussi cette victoire u'a-t-ellepas retardé d'un instant, ni les préparatifs, ni la marche dii Grand Vizir.

M» Dans cet état de choses que puis-je ? Que dois-je faire ?

Je pense, Citoyens Directeurs, qiie c'est de continuer les négociations entamées par Bonaparte ; quand elles ne donneraient d'autres résultats que celui de gagner du temps, j'aurai déjà lieu d'être satisfait. Vous trouverez ci-jointe la lettre que j'écris en ■conséquence au Grand Vizir, en lui envoyant duplicata do celle de Bonaparte; si ce ministre répond à ces avances, je lui proposerai la restitution de lÉgypte, aux conditions suivaiilos :

Le Grand Seigneur y établira un pacha comme i)ar le passé :

on lui abaiulonnorait le myri

3ue la Porte a toujours perçu de roit et jamais de fait.

Le comniorco sera ouvert réciproquement entre l'Égyple et la Syrie.

en Syrie appartenaient à l'équipaj^o de siège, et n'avaient jamais ^é destinées à faire partie de Tarmement de cette place. Les Anglais y ont trouvé, en 1801, plus de 400 pieces de canon, indépendamment des pièces qui armaient les frégates et autres bâtiments.

L. L'armée do Mustafa, Pacha de Rouinélie, qui débarqua à Aboukir, était de 18,000 hommes; c'était l'élite des troupes de la Porte qui avaient fait la guerre contre la Russie. Ces troupes étaient incomparativemcnt meilleures que celles du mont Thabor et tontes les troupes asiatiques, dont devait se com • poser l'armée du Grand Vizir.

Le Grand Vizir n'a reçu la nouvelle de la défaite d'Ab.>ukir qu'à Erivan, dans l'Arménie, près la mer Caspienne.

M. Ceci est bien projeté, mais a été mal ox<'>ciité ; il y a loin de là à la capitulation d'El-A'rvch.

Tout traité avec la Porte, s'il avait ces doux résultats, de lui faire tomber les armes des , mains et de conserver l'armée en Egypte, était bon.

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nurait pour bat do ramciur Yuaèt d'Egypte on France, el qpa, n d^ cllo était en mer, il fallut là pradre et la conduire dans la Tnuie.

Par un second bonheur, le eoloed Latour-Manbourg, parti de Fmee à la fin de janvier, avec la noindk de Tarrivéo de Napoléon en Fnnea, cello du 18 brumaire, la ConstititiM de l'an VIII, et la lettre dà jairàtn do la ffuerre, du 12 ianvi^, ea réponse a colle de Klcoer, ei-deffM, arriva au Caire, le 4 mars, dix joui avant le tcrmo fixé pour la mnie de cotte capitale an Grand Viûr.

Klcbor comprit qu'il fallait vaincn ou mourir, et n'eut qu'à marcher.

Co ramassis de canailles ^ m disait Tarmée du Grand Viur, lit rejeté au-delà du désert, sans Un aucune résistance. L'armée fran^aÎM n'eut pas cent hommes tuéi oi blessés, en tua 15,000, leur prit km tentes, leurs bagag.s et leur éqii* page de campagne.

Klobcr changea alors entièreMOt; il s'appliqua sérieusement à ib^ liorer le sort de l'armée et do piji; mais, le 14 juin 1800, il périt soai la poignard d un misérable fanatiqse.

S"l eût vécu lorsque, la campapa RuivantCj l'amiéo anglaise débai^ à Âboukir, cotte année eftt été pM^ duc : peu d'Anglais se fussent re»

barques, et l'Egypte eOt été conser* vco à la France . *

Cependant Kleber, se conformant à raxiome qui dit que, si Ton veut la paix, il faut se tenir prêt ù la guerre, combina ses principales forces disponibles, de façon à pouvoir promptement les réunir à Siilheyeh et Belbeys, dans le cas où l'armée ennemie tenterait le passage du désert; en outre, mille huit cents hommes occupaient le Delta, où ils maintenaient Tordre et la tranquillité; un pareil nombre, commandé par le général Lanusse, défendait Alexandrie et le fort d'Aboukîr; le reste des côtes jusqu'à Damiette était occupé par le général Vordier, avec environ mille hommes;

teurs, un état exact de ce qui nous manque en matériel pour Tartillerie, et un tableau sommaire de la dette contractée et laissée par Bonaparte.

Salut et respect,

Kleber.

0. Posl-Scriptum. Au moment, Citoyens Directeurs, où je vous expédie cette lettre, quatorze ou quinze voiles turques sont mouillées devant Damiette, attendant la flotte du capitanpacha, mouillée à Jaffa, et portant, dit-on, quinze à vingt niille hommes de débarquement ; quinze mille sont toujours réunis à Gaza, et le Grand Vizir s'achemine de Damas; il nous a renvoyé ces jours derniers un soldat de la 25" demi-briffade, fait prisonnier au fort d'El-A'rych, après lui avoir fait voir tout le camp ; il lui a intimé de dire à ses com-

{>agnons ce qu'il avait vu, et à eur général de trembler. Ceci parait annoncer ou la confiance que le Grand Vizir met dans ses forces, ou un désir de rapprochement : quant à moi, il me serait de toute impossibilité de réunir plus de cinq mille hommes en état d'entrer en campagne. Nonobstant ce, je tenterai la fortune, si je ne puis parvenir à gagner du temps par des négociations. Djezzar a retiré ses troupes de Gaza, et les a fait revenir à Acre.

Kleiœr.

O. Cette apostille peint l'état d'agitalion du général Kleber: il avait servi huit ans, comme oflicier, dans un régiment autrichien; il avait fait les campagnes do Joseph IL qui s'était laissé battre par les Ottomans ; il avait conservé une opinion fort exagérée de ceux-ci. Sidney-Smith, qui avait déjà fait perdre à la Porte 1 armée de Mustafa, Pacha de Roumélie, qu'il avait débarquée à Aboukir, vint mouiller à Damiette, avec soixante transports, sur lesquels étaient embarqués 7,000 janissaires, de très bonnes troupes : c'était l'arrière-garde de l'arniéc de Mustafa- Pacha ; au !•' novembre, il la débarqua sur les plages do Damietto.

L'intrépide général Verdier marcha à eux, avec 1,000 hommes, les prit, les tua, ou les jota dans la mer; six pièces de canon furent sos trophées.

Le capitan-pacha n'était pas à Jafla, le Grand Vixir n'était point entré en Syrie; il n'y avait donc pas 30,0UO lioinnies à Gaza. Les armées russes et anglaises ne songeaient point à attaquer rKgvpte.

Cette lettre est donc pleine do fausses assertions. Ou croyait que Napoléon n'arriverait point en France: on s'était décidé à évacuer le pays : on voulait justifier cotte évacuation, car celte lettre arriva à Paris, le 12 janvier: lo général Berthicr la mit sous les yeux du premier Consul; elle était accompagnée des ra])poits et des coniptes del'or- (lonnateur Daure, du payeur Estève, et (le vingt-huit rapports de colonels et de cliefs de corps d'artillerie, infanterie, cavalerie, dromadaires, etc.

Tous ces états que fit dépouiller lo ministre de la guerre, présentaient (les rapports qui contredisaient lo général /'Il chef. Mais lieureusemeut l)()ur l'Egypte, qu'un duplicata do celle l(»tlrè tomba entre les mains (le l'amiral Keith, ({ui l'envoya aussitôt à Londres. Lo ministre anglais écrivit sur-le-champ pour qu'on no rcconniU aucune capiti.Lition, qui

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nurait pour bat do ramoner Vumi»

d'£g.vpto on France, et que, ai d^t cllo était en mer, il fallut là pitadra et la condaire dans la TamÎM.

Par un second bonheur, le coUmI Latour-Maiiboar^, parti de FruM à la fin de janvier, avec la nonTdb de l'arrivco de Napoléon en Fmm, cello du 18 brumaire, la ConstiMios de l'an VIII, et la lettre dà nÛBÎibt do la ffuerre, du 12 janvier, ei réponse a celle do Klooer, ci-deam, arriva au Caire, le 4 mars, dix Joui avant le termo fixé pour la revM de cotte capitale au Grand Viar.

Klcber comprit qu'il fallait vaiocn ou mourir, et n'eut qu'à marcher.

Co ramassis de canailles qoi h disait Tannée du Grand Yiiir, &t rejeté au-delà du désert, sans Un aucune résistance. L'armée francûe n'eut pas cent hommes tnéa oa blessés, en tua 15,000, leur pritleai tentes, leurs bagagvs et bar êqaipage de campag:nc.

Klebcr changea alors entiéremait; il s'appliqua sérieusement à aa^ ïiorer le sort de l'année et da paya; mais, le 14 juin 1800, il périt aoaa la poiiToard d un misérable lanatiqia.

Su eût vécu lorsque, la campagae suivantCj l'armée anglaise dêbarqaa à Âboukir, cette armée eAt été par due : peu d'Anglais se fassent re»

barques, et l'Egypte eût été eo■aa^ vce a la France . '

Cependant Kleber, se conformant à raxiome qui dit (juc, si Ton veut la paix, il faut se tenir prêt 11 lu guerre, combina ses principales forces disponibles, de façon à pouvoir promptement les réunir îi Snlheyeh et Belbeys, dans le cas oh l'armée ennemie tenterait le passage du désert; en outre, mille huit cents hommes occupaient le Delta, où ils maintenaient Tordre et la tranquillité; un pareil nombre, commandé par le général Lanusse, défendait Alexandrie et le fort d'Aboukir; le reste des cotes jusqu'à Damiette était occupé par le général Vo relier, avec environ mille hommes;

douze cents hommes gardaient le Caire» enfin la division Desaix, forte de deux mille cinq cents hommes, répartie sur les points fortifiés de Qoseyr Qeneh, Beni-Soueyf, etc., protégeait la haute Egypte et la libre navigation du Nil.

Si Ton pouvait avoir quelque attaque a redouter du côté de la Méditerranée et de la Svrie, rien ne devait alarmer dans la haute Egypte. Mourad-Bey avait bien récemment tenté de déboucher au-dessous de Syout et pénétré jusqu'à El-Korâym. Mais le chef de brigade Morand s'était mis à sa poursuite, et l'avait, après un premier combat, forcé à une prompte retraite. Malgré la rapidité de sa fuite, Mourad n'avait pas pu échapper à une seconde atteinte de son vainqueur, qui, suivapt ses traces, et franchissant a la tète de sa colonne cinquante lieues de désert en quatre jours se montra tout à coup à la hauteur de Samanhoud. — Surpris dans son camp, le Bey vil tailler ses Mameluks en pièces, enlever ses chameaux, piller ses équipages, ce qui le réduisit pour longtemps à l'impossibilité de rien entreprendre.

Ce double échec ne lassa pas néanmoins le courage de l'ancien chef des Beys Mameluks. Avec une partie de ses gens qu'il parvint à rallier, il gagna par le désert la province de Fayoum, dans laquelle il conservait de nombreux partisans. Mais tous ses mouvements étaient observés par Desaix; h peine le général français eut-il reçu l'avis que le chef arabe venait d'apparaître sur les bords du canal Joseph, qu'il s'avança contre lui avec toutes les

troupes dont il pouvait disposer. Une des colonnes iVanraisos, commandée par l'adjudant général Hoyrr, suivant la rive gauche du canal, rejoignit l«»s Mameluks, le 9 octobre, auprès du village de Sédiman. Pour arriver plus vite, Tinfanterie était montée sur des dromadaires; Mourad, croyant n'avoir alVaire qu'à de la cavalerie, s'avança soudain i)our la charger. Le feu nourri d'un carré, qui renversa les plus braves Mameluks, lui fit eon naître son erreur. Il était trop avancé pour reeuler, mais tous ses efforts pour enfoncer le carré furcMil inutiles; les Mameluks, découragés, se débandèrent et prirent la fuite. Mourad, resté un des derniers, eut lui-même beaucoup de peine à éeliapper à la poursuite des Français.

'leilc fut r issue du dernier combat que la division de la haute Egypte eut a soutenir contre les MauK^luks. Klebcr, jugeant que leurs forces épuisé(*s ne leur permettaient plus de réunir un corps eonsi(l(''ral)le, ordonna au général Desaix de venir au Caire, et de laisser à l'adjudant général Boyer le coin mandement des colonnes mobiles, qui continuèrent à parcourir la contrée dans toutes les directions.

Une entreprise tentée a la même époque parles Anglais contre Qoseyr n'avait pas une issue plus i'av(>ra])[e. D(»ux frégates s'embossèrent sous le fort rran(:ais, et, après une canonnade qui dura quatre heures sans interruption, mirent leurs chaloupes à la nier. JNMidant ce temps, les soldats français élaienl restés ii Tabri, tranquillement établis dans

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EX EGYPTE 4o3

le village ; les embarcations les ayant aperçus, virèrent de bord et regagnèrent les frégates. Le feu n'en continua pas moins toute la nuit. Les Anglais changèrent le lendemain leurs dispositions ; tandis que leur artillerie battait le fort en brèche, Us jetèrent à la côte un fort détachement qui, protégé par le feu des frégates, marcha résolument sur les positions françaises. Mais reçu par. une vive décharge de mousqueterie et chargé k la baïonnette, Il ne put résister au choc, et retourna promptement vers ses chaloupes, laissant aux Français le soin de relever ses morts et ses blessés.

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Malgré cet échec, le commandant anglais conservait encore quelque espoir. Il fit augmenter le feu des frégates, couvrit le fort de boulets et d'obus, et quand il crut la garnison ébranlée. Il opéra un nouveau débarquement sur la plage, située au sud des ouvrage français. Cette second tentative n'eut pas un sort plus heureux que la première. Les troupes ennemies, accueillies de front et de flanc par la vive fusillade des postes que le général Donzelot avait embusqués dans les tombeaux et dans les ravins qui longent le désert, furent culbutées et forcées de regagner leurs embarcations. Ce résultat ne découragea pas encore les Anglais. Les deu^ frégates firent pendant toute la nuit un feu terrible et soutenu contre Qoseyr; au point du jour, leurs embarcations s'avancèrent vers le rivage. Les Français les laissèrent tran([uillenient approcher, et au moment où le débarquement allait s'effectuer, se ruèrent sur les chaloupes avec

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454 BOXAPARTB

1.) plus vive impétuosité; en un instant, toute Tescadrllle fut dispersée et obligée de se réfugier sous le canon des frégates. Les Anglais, convaincus enfin que tous leurs elTorts seraient inutiles, s'éloignèrent de Qoseyr, et la haute Egypte n'eut plus a craindre d'ennemi.

C.ependant les préparatifs de la Turquie étaient terminés. Le Grand Vizir avait pris le commandement de Tarmée ottomane qui, forte de trente mille janissaires et topidjis, et de vingt-cinq a trente mille hommes de milices des pachalicks d'Asie, se porta vers la fin d'octobre sur Gaza; cette armée comptait un grand nombre d'officier» de terre anglais. En même temps, une division de huit mille janissaires, commandés par Sayd-Ali- 13ey, s'embarqua pour aller attaquer les côtes de Damietlc, afin de détourner l'attention des Françai» de la frontière de Syrie et de faciliter à l'armée du Vizir le passage du désert.

Cinquante-trois bâtiments de toutes grandeurs, (liiigés par le commodore Sidney-Smitli, arrîvèrenl, le 29 octobre, il l'embouchure du Nil, et cDninKMicèrent par s'emparer de la tour du Bogaz qui en défend le passage, et où ils établirent un [)i)s[c et une pièce de canon. Mais, par un singulier esprit de tcMuporisation qui est, du reste, assez commiMi aux Turcs, le débarquement fut fixé seulement au troisième jour, c'est-îi-dire au 1®"^ novembre. Ce retard donna au général Verdier le temps de prévenir Kleher, et de rallier les troupes peu nombreuses qui se trouvaient aux environs de Daniiette.

Aussitôt que le général en chef reçut la nouvelle de ce débarquement, il ordonna au général Desaix qui, déjà était arrivé au Caire, de s'avancer sur Damiette avec deux bataillons et cent cinquante dragons.

Après leur débarquement, les janissaires se retranchèrent sur le rivage, Ils occupaient cette partie de la côte qui s'étend entre la rive droite du Nil, la mer et le lac Menzaleh, mais ils ne gar~ dèrent pas longtemps cette position. Le général Verdier, qui était campé entre le fort Lesbé et la côte, ne les eut pas plus tôt vus s'établir sur le rivage, que, sans consulter la disproportion de ses forces, il courut à eux, les attaqua avec impétuosité, tua plus de deux mille hommes, fit huit cents prisonniers, enleva trente-deux drapeaux, une pièce de vingt-quatre et cinq pièces de campagne avec tous leurs approvisionnements. Cette victoire fut d'autant plus brillante, (jue le général n'avait pas avec lui plus de mille hommes, formés de détachements de la 2^ demi-brigade légère, de la 32*^ de ligne et du 18*^ régiment de dragons. Les Français firent plusieurs prisonniers de marque, parmi lesquels se trouvaient le lieutenant du chef des janissaires, et le capitaine d'un vaisseau de ligne] turc. Ils ne perdirent qu'une trentaine d'hommes et eurent seulement quatre-vingt blessés.

La défaite des janissaires avait disposé le Grand Vizir à uu aecommodcnient, l'espoir d'entrer en possession de l'Egypte, sans courir hi chance des.

armes, lo fit consentîr aux négociations. En conséquence, le Commodore sir Sidney-Smith écrivit il Kleber pour le prévenir, en réponse anx ouvertures failes par Bonaparte au Grand Vizir, que d'après le traité du 5 janvier 1799, la Turquie ne pouvant conclure un arrangement sans le concours de TAngleterre et de la Russie, il lui oQVait son intervention.

Loin de repousser cette proposition, le général (Ml chef français l'accepta avec empressement. Il répondit a Sidney-Smith, que dès que le Vizir aurait choisi ses plénipotentiaires, il enverrait de son côté, à bord du Tigre^ le général Desaix, et l'administrateur Poussielgue, revêtus de ses pleins pouvoirs. Les deux partis annonçant des dispositions si pacifiques, on devait supposer que les résultats ne s'en feraient pas attendre. Mais l'éloignement du quartier général turc et les vents contraires qui rejetèrent l'escadre anglaise dans la haute mer, retardèrent tellement les communications, que le mois de novembre et presque tout le mois d(» décembre se passèrent en pourparlers préliminaires. Cle ne fut que le 22 décembre que les plénipotentiaires français se rendirent à bord du Tiij^re.

Les agents du Vizir n'y étaient pas encore arrivés, ce qui n'empêcha pas les conférences de s'ouviir aussitôt av(H^ le Commodore, qui se qualifiait de ministre ])Iénipol(Mitiaire de Sa Majesté britannique, i)rès la Sublime-Porte. On convint d*abord d'un armistice qui devait se prolonger Icut le

KN EGYPTE 457

temps des négociations. Malheureusement cet armistice ne fut pas communique assez tôt h Tarmée ottomane, ce qui amena de fâcheux événements.

Encouragé par la victoire de Damietle, Kleber, dans ses instructions h Desaix et ti Poussielgue, élevait des prétentions qui rendaient les négociations plus difficiles. Il consentait bien à évacuer l'Egypte et à la rendre au Grand Seigneur, mais il exigeait la dissolution de la triple alliance, la restitution aux troupes françaises des îles vénitiennes, dont les escadres turco-russes s'étaient emparées, et la faculté de descendre avec son armée sur le point où il le jugerait le plus convenable pour les intérêts de la République.

Sidney-Smîth lit observer aux envoyés français que ces conditions étaient inadmissibles, et ne pouvaient être consenties que par les ambassadeurs spéciaux des puissances intéressées, lorsqu'il serait question de conclure la paix définitive; que, pour le moment, il ne s'agissait que d'une convention militaire purement locale, et (jue tout ce qu'il était autorisé à stipuler, consistait dans le départ de l'armée française avec armes et bagages. Il termina en proposant aux commissaires de se rendre avec lui au (juartier général du Vizir, afin d'accélérer la marche des négociations : ceux-ci v consentirent.

Malgré les négociations entamées, les généraux des deux camps opposés n'avaient pas ralenti leurs prépaiatifs d'attaque et de défense. Les troupes <le Kleber étaient échelonnées îiBelbey, Sâlhe.eh,

458 DONAPAnTB

4'1 Qatyeh ; de son côté, le Vîzir avaît dirigé de» forces considérables sur El-A'rych pour faire le siège de ce fort, qui était déjà réduit à la dernière extrémité lors de la signature de rarmistiee.

Oïl a vu quels retards éprouva la nouvelle de la suspension d'armes avant de parvenir à l'armée ennemie; le siège continuait donc avec vigueur. 11 est cependant probable que le courage et Texpérience du chef de bataillon Gazais commandant ii El-A'rvch auraient fait échouer tous les efforts des assaillants, sans Tétonnante conduite d'une partie de la garnison, qui murmurait hautement de Tabandon prétendu où on la laissait. Le 30 décembre, le commandant avait ordonné une sortie pour détruire* les ouvra^res avancés de Tenneml. Au momeut d'exécuter cet ordre, les troupes refusèrent d'ol)éir. Gazais se vit alors obligé de consentir à une capitulation; mais, tandis qu'avec des officiers anglais et turcs, il en débattait les articles, des misérables, indignes du nom de soldats, abattaient le drapeau tricolore, et d'autres, à l'aide de cordes, aidaient les Turcs à franchir les remparts. Celte perfidie fut à l'instant même punie par une perfidie non moins horrible. Les soldats ennemis, (Mitres dans le fort, tournèrent leurs armes contre ceux-là même qui le leur avaient livré, et en firent une horrible boucherie : cent cinquante hommes seulement échappèrent à ce massacre, grâce aux efforts des olïiclei's anglais qui négociaient avecle elief de brigade Gazais; mais on comprend que dès lors il ne fut plus question de capitulation.

La nouvelle du désastre d'El-A'rych, remplit Kleber de douleur et d'indîgnation. Ce général se disposait à tirer une vengeance éclatante de ce qu'il regardait comme une trahison, quand les explications du Grand Vizir et du commodore Sidney-Smith lui prouvèrent que l'ignorance où les Turcs étaient de l'armistice avait seule amené ce sanglant résultat. Kleber consentit donc à continuer les négociations; il se relâcha même de ses premières prétentions. Ce qui venait de se passer à El-A'rych, et d'autres scènes d'indiscipline du même genre, notamment à Alexandrie, où la contenance ferme du général Lanusse avait pu seule arrêter le désordre, lui prouvaient chaque jour de plus en plus le violent désir que l'armée avait de revoir la France. Ne recevant d'ailleurs aucun secours d'Europe, et jugeant, d'après les nouvelles indirectes qui lui parvenaient, que les débris de l'armée d'Orient étaient fortement nécessaires pour la défense du sol français, il prit le parti de convoquer (vers le 15 janvier 1800) un conseil de guerre au camp de Salheyeh, afin de recueillir les avis des généraux sous ses ordres sur le meilleur parti à prendre dans les circonstances pénibles où se trouvait l'armée.

A ce conseil furent appelés les généraux de division Reynier et Priant, leurs généraux de brigade, les chefs de l'artillerie et du génie, ainsi que l'ordonnateur en chef Daure; et, après l'exposé de la situation des affaires, il y fut unanimement décidé qu'il serait plus avantageux d'évacuer l'Egypte par un traité ({iie de tenter le sort des armes.

/iGO BOXÀPÀRTB

Kn conséquence de cette décision, Klebersehâta d'eiivover à ses commissaires Desaix et Poussielgue de nouvelles instructions. II. les autorisait à passer outre, dans le cas où le Vizir, trop fortement lié par 1(* traité de triple alliance du 5 janvier 1799, ne consentirait pas à reprendre la neutralité envers lu Ré})ul)li([ue; il leur donnait pouvoir de stipuler de l'évacuation pure et simple, en évitant seulement de donner h cette reddition la forme d'une capitulation, et en s'appliquant au contraire à lui imprimer le caractère d'un traité. Kleber terminait ses instructions parles conclusions suivantes:

« r* Xous sortirons de TEgypte aussitôt que le nombre de bâtiments nécessaires h notre transport et approvisionnés de subsistances aura été fourni.

(c 2" Los bâtiments français et autres, restes dans le port d'Alexandrie, seront armés en guerre et employés de préférence à rembarquement des troupes.

« M" Nous aurons, ainsi qu'il est déjà convenu, tous les honneurs de la guerre, et nous emporterons armes et l)agages, sans qu'aucun bâtiment puisse être visité, sous quelque prétexte que ce soit.

(( 4" Jusqu'au moment de la réunion des bâtiments turcs dans les ports de l'Egypte, les armées resteront dans leurs positions actuelles ; la haute h]ovpte seulement sera de suite et successivement évacuée jusqu'au Caire ; toute l'armée partira en même temps des ports de l'Egypte pour faire route ensemble, ce qui ne pourra être qu'après 1 équinoxe du printemps.

« 5'^ Les détails relatifs à la marine seront arrêtés entre le Rcis-EfTendi et Tordonnateur de la marine, Le Roy, qui se rendra, à cet effet, au lieu indiqué.

« 6** L'armée française percevra les revenus de l'Egypte jusqu'au moment de son évacuation, et il sera consenti jusqu'à cette époque une trêve bien entendue et garantie réciproquement par des otages. »

Tous les obstacles qui s'opposaient à la négociation se trouvant aplanis, la conclusion ne se fit pas attendre, et, le 24 janvier, les plénipotentiaires respectifs signèrent à El-A'rych une convention définitive pour l'évacuation de l'Egypte. Cette convention, qui fut ratifiée quatre jours après par le général en chef, portait que l'armée serait transportée en France avec armes et bagages, tant sur ses propres bâtiments que sur ceux que les Turcs lui fourniraient ; que toutes les places de l'Egypte, à l'exception d'Alexandrie, Rosette et Aboukir, où les Français devaient effectuer leur embarquement, seraient rendues aux Ottomans dans les délais fixés : le plus reculé, pour la ville du Caire, était de quarante-cinq jours à dater de la ratification. On avait stipulé la mise en liberté de tous les prisonniers des deux nations, et le Vizir s'engageait h payer à l'armée française trois mille bourses (environ trois millions de francs) dans les trois mois que devait durer l'évacuation. Par deux articles du traité, le libre retour de l'armée en France était assuré, au moyen de saufs-conduits délivrés tant au nom de la Porte que de la Grande-Bretagne.

/|(2 DO^APABTE

Klelter, eu prenant lecommandmiieiit det'nrM^ d'tgyple, iiviiit, comme nous Tnvons vu, iiijr(i«f^ au Uirecloîre un rapport sur la situatiim de l'arnice. Le l)i*i>imeQl <[Ut porltût ses dépiSoliffiliit pris par les Aiighiis dans les ctaux de Tt)iiIoii> et le rapport {ainsi cjuc les autres papiers) envoyé !> I.onJres. La lecture de cette pièce trompa le Ciibinet anghiis sur la véritable position de i'annrï d'Egypte ; 11 la crut réduite aux dernières exlrémités, et il envoya aussitôt a l'amiral Keitli, qui oommandait dans la Méditerranée, l'ordre de n'enleiidre à aucun arrangement k moîna que Ire Français ne se rendissent prisonniers de guerre.

Si dney- Smith, selon toutes les prnLabiUt^, n'avait pas consenti aux négociatioog sans en instruire son gouvernement, et sans lui faire part Jo bases posées par le général français. Aimi lljf • tout Heu de croire que le Cabinet do Sainl-JaniU n'approuva les négociations que dans l'espoir il" prendre les Français au dépourvu c'est -!i-<lîr*i lorsqu'ils auraient déjà livré aux Turcs les f\wHt de riïgypte, et que l'armée d'Orient n'iturnit plui aucun moyen d'échapper à la captivité.

Ce qui donne un grand poids il cette opinion, c'est que, quoique la convention (I'KI-A'rych«l été arrêtée en présence du commodore an''l»i!(, tUc ne fut pas signée par lui, bien qu'elle contîilli entre autres clauses, celle des pussc-porls, il* concernait spécialement l'Angleterre, KIcber nelîl pas assez attention a ce manque d'une foroniltl* indispensable, ot, trop loyal pour Otrc dj

aussitôt après la ratificatîon du Grand Vizir, il donna tous ses soins à l'exact accomplissement du traité.

Après avoir envoyé en France le général Desaix. chargé de porter au gouvernement la nouvelle du retour de l'armée, il était revenu au Caire pour presser l'évacuation. Plusieurs généraux, pressés de revoir la France, s'étaient embarqués avec Desaix. Qatyeh, Sâlheyeh, Belbeys, Damiette et Lesbé étaient déjà rentrés sous la domination des Turcs, le Caire allait leur être cédé, les troupes françaises descendaient de la haute Kgypte, et ne possédaient plus dans le Delta que quelques postes peu importants, lorsque le commodore Sidney- Smith fit remettre à KIcber une lettre de l'amiral Keith, qui lui annonçait que l'Angleterre ne ratifiait pas les conventions d'EI-A'rych.

Cette lettre, datée de Minorque, 8 janvier 1800, et adressée au général en chef de l'armée française en Egypte, était ainsi conçue :

c Monsieur,

c Ayant reçu des ordres positifs de Sa Majesté de ne consentir à aucune capitulation avec l'armée française que vous commandez en l^gypte ou en Syrie, excepté dans le cas où elle mettrait bas les armes, se rendrait prisonnière de guerre, et abandonnerait tous les vaisseaux et toutes les munitions des port el ville d'Alexandrie aux puissances alliées, et dans le cas où une capitulation aurait lieu, de ne permettre à aucune troupe de retourner en France, qu'elle ne soit échangée, je pense nécessaire de vous informer que tous les vaisseaux ayant des troupes françaises à bord, et faisant voile de ce pays avec des passe-ports signés par d'autres que par ceux qui ont le droit d'en accorder, seront

i'orcds par les ofïiciers des vaisseaux que je commande de rentrer à Alexandrie ; et que ceux qui seront rencontrés rclournant en Europe, d'après des passeports accordés en conséquence d'une capitulation particulière avec une des ptiissniii;es alliées, seront regardés comme prises, et tons les individus à bord considérés comme prisonniers de

guerre. »

< Keith, •

La position de Tarmée française était on ne peut plus critique ; Tarmée turque ne campait qu'à une demi-marclic du Caire, les forts étaient dégarnis et les munitions de guerre en route pour Alexandrie, dépendant Klcber ne perdit pas courage. Afin de gagner du temps, il entama des conférences avec le Grand Vizir, et profita des quelques jours que durèrent les pourparlers pour faire revenir les convois et remettre le Caire en état de défense. Bientôt le Grand Vizir, prenant les négociations entamées par Kleber pour un signe de faiblesse, insista pour qu'aux termes de la convention, le Caire lui fût livré. Sur le refus dn général français, il annonça l'intention d'employer la force. Mais Kleber avait atteint son but et était déjà en mesure de résister. — Ces événements se passaient au moment même où la nouvelle que Bonaparte avait été nommé Consul de la République venait d'être apportée en Egypte par le chef de l)rloa(le l.alour Maubourg. Celui-ci arriva an Caire 1<' i mars ; il apportait en même temps cette proclamation datée du 2 décembre 1799 :

Soldais, les ('onsiils de la République s'occupent souteat do raniK'C d Orient.

La l'rance coiiiiaît toute l'iuflucncedc vos conquêtes pour

la restauration de son commerce et la civilisation du monde.

L'Europe entière vous regarde.

Je suis souvent en pensée avec vous. Dans quelque situation que les hasards de la guerre vous mettent, soyez toujours les soldats de Rivoli et d'Aboukir : vous serez, invincibles.

Portez à Kleber cette confiance sans bornes que vous aviez en moi ; il la mérite.

Solda's, songez au jour où victorieux, vous rentrerez sur le territoire sacré, ce sera un jour de gloire et de joie, pour la nation entière.

I/armée avait retrouvé son ancienne ardeur. Kleber pensait d'ailleurs que sa conduite et les résultats qu'elle avait amenés lui seraient imputés a crime par son ancien général, qu'il devait supposer déjà mal disposé pour lui, a cause du rapport adressé au Directoire ; il sentait qu'il ne lui restait plus d'excuse que dans une victoire. Le salut de l'armée qui lui était confiée lui en faisait une loi.

Son parti lut aussitôt pris : il disposa ses troupes en avant du Caire, et leur fit connaître le motif de ces nouvelles dispositions par la mise à l'ordre de la lettre de l'amiral Keith, à laquelle il ajouta ces seuls mots :

ce Soldats ! ou ne répond à de toiles insolences que par c la victoire : préparez- vous à combattre. »

La lettre de l'amiral anglais, les courtes et simpies paroles du général français produisirent sur Tarméi* un effel impossible à décrire ; tous, soldats et généraux y répondirent par un cri de : « Vengeance î » (]clle unanime indignation était un présage cci'lain de victoire.

La llfTiic de bataille de Tannée française était formée par quatre carrés : ceux de droite aux ordres du général Reynier : Tartillerie légère occupait les intervalles d'un carré a l'autre, et la cavalerie en colonnes, dans l'intervalle du centre, était commandée par le général Leclerc. Les pièces d'artillerie marchaient sur ses flancs et étaient soutenues par deux divisions du régiment des dromadaires.

Derrière la gauche, en seconde ligne, était un petit carré de deux bataillons. L'artillerie de réserve, placée au centre, était couverte par quelques compagnies de grenadiers et par les sapeurs, armés de fusils; d'autres pièces marchaient sur les deux cotés du rectangle, soutenues et flanquées par des tirailleurs. Enfin des compagnies de grenadiers doublaient les angles de chaque carré, et pouvaient être employés pour l'attaque des postes. — La première brigade de la division Priant était commandée par le général Belliard, et composée de la 21" légère et de la 88® de ligne; les 61* et Ib^ de ligne formaient la 2® brigade, aux ordres du général Donzelot. — Le général Robin commandait la l*"" brii^ade de la division Revnier, composée de la 22*^ légère et de la 9* de ligne. Le général Lagrange avait sous ses ordres la 13" et la 8.V de lignes, formant la 2® brigade de cette division. Le général Songis commandait l'artillerie el le général Sanson le génie.

La forée totale de toutes ces troupes ne s'élevait qu'à dix mille hommes.

Du côte des Turcs, Nassîf-Pacha, commandant avant-garde, avait deux autres pachas sous ses rdres. Le village de Mataryeh, qu'il occupait avec Ix mille janissaires d'élite et un corps d'artillerie, vait été retranché et armé de seize pièces d'artilîrie. Ses avant-postes se prolongeaient sur la roite jusqu'au Nil, et sur la gauche, jusqu'à la losquée de Sibil-Yalem. Le camp du Grand Vizir, ussuf-Pacha, était situé entre El-Khânqah et le illaffe de Abouzabal. Son armée rassemblée dans ette plaine y occupait un espace considérable ; on e peut décrire son ordre de bataille, les Turcs 'en observaient aucun. — La majeure partie des apports contemporains évaluent les forces de ette armée à qualre-vingt mille hommes; quelues-uns, cependant, prétendent qu'elles ne déassaient pas soixante mille combattants.

Ce fut le 20 mars, vers trois heures du matin, ue l'armée française se mit en marche de la plaine e la Koubbé, où elle était rangée en bataille, /aile droite arriva au point du jour près de la lOsquée d(* Sibil-Yalem, où les Turcs avaient une ;rande garde de six cents chevaux, que quelques oups de canon firent se replier. Les deux carrés e gauche arrivèrent devant le village de Mataryeh ; Is s'y arrêtèrent hors de portée de canon et douèrent h la division de droite le temps de venir e placer entre lïéliopolis et le village d'El-Marq, fin de s'opposer à la retraite de l'avant-garde iirque, et d'empêcher l'arrivée des renforts que e Vizir pourrait y envoyer.

Pendant Texécutlon de ce mouvement, on distinpiia un corps de cavalerie et d'infanterie turque réuni à une forte troupe de Mameluks, qui se diriireaitvers le Caire après avoir fait un long détour dans les t(M'rcs cultivées. Les guides reçurent l'ordre de les charger ; ceux-ci acceptèrent la charge, et renforcés successivement par de nouvelles troupes, enveloppèrent les Français. Le résultat de cette mêlée eût été funeste pour rarmce de Kleber, si le 22® régiment de chasseurs et le 14* de dragons ne fussent accourus. Malgré ce renfort, le combat fut long et opiniâtre ; mais enfin les Mameluks inis en fuite s'enfoncèrent dans les terres, en continuant toujours de se diriger sur la capitale de ri']gypto.

La division du général Revnier commença l'attaque de Mataryeh. Des compagnies de grenadiers reçurent Tordre d'emporter les retpanchements et rexécutèrent avec impétuosité. Pendant que les grenadiers s'avançaient au pas de charge sous le IVmi (le l'artillerie ennemie, les janissaires sortirent de h'urs retranchements et s'élancèrent h Tarrae blanchcî sur la colonne de gauche. Mais accueillis (le front par une vive fusillade, tandis que la colonne de droite les prenait eu flanc, tous, jusqu'au (Icrnicu* furent tués. Leurs corps mutiles corahlaienl les fossés dont ils s'étaient couverts; les troupes françaises s'élancèrent sur leurs cadavres, IraiH'lilrent tous les obstacles et emportèrent le camp. Drapeaux, artillerie, munitions, eflets de campement, tout tomba dans les mains du vait-

EN KGYPTE 469

queiir. L'infanterie turque s'était jetée en vain dans les maisons, cherchant à s'y défendre, on l'y poursuivit, on l'y força, et tous ceux qui firent quelque résistance furent égorgés ou brûlés avec les maisons où ils s'étaient retires.

L'ennemi avait abandonné ses tentes et ses bagages, mais les Français, sentant la nécessité de ne pas laisser au Grand Vizir le temps de se reconnaitre et de réparer l'échec éprouvé par son lieutenant, abandonnèrent le butin aux Arabes, qui entouraient les deux armées, prêts à accabler et à pillerles vaincus quels qu'ils fussent, et continuèrent leur mouvement,

Nassif-Pacha, désirant parlementer, avait demandé un officier de marque. Kleber lui avait envoyé le chef de brigade Baudot, son aide de camp, pour recevoir les ouvertures qu'il avait à faire, mais dès que les troupes ottomanes aperçurent cet officier, elles se précipitèrent sur lui avec rage. Blessé à la tête et à la main, Baudot allait être mis en pièces, lorsque deux Mameluks du Pacha, qui l'accompagnaient, parvinrent à l'arracher à ce danger. Ils le conduisirent auprès du Grand Vizir qui le fit arrêter.

• Pendant ce temps, le général Reynier avait rassemblé sa division auprès de l'obélisque d'Héliopolis. — Tout à coup l'horizon disparut derrière des nuages de poussière : c'était l'armée du Grand Vizir qui s'avançait, conduite par Jussuf-Pacha en personne, et qui prenait position sur les hauteurs qui séparent les villages de Syriacous et d'EI-Marcq.

hlO BO:<APARTE

Le Vizir alla s'établir derrière le bois de palmiers (jui entoure le dernier de ces villages.

I. 'armée française se porta à sa rencontre, Priant sur la gauche, Ueynier sur la droite, et reprit peu i\ peu son premier ordre de bataille. Les tirailleurs i'unemis furent repoussés et chassés du bois qui les protégeait; le groupe de cavalerie qui entourait le quartier général du Vizir fut criblé d'obus et de mitraille ; les Ottomans ripostèrent, le feu s'échauffa, la canonnade devint terrible; mais les boulets de rennemi se perdaient au-dessus des carrés français, (*t ses pièces, accablées par des projectiles lancés avec justesse et précision, ne tardèrent pas à être démontées. Les Ottomans réunirent leurs drapeaux épars sur toute la ligne; c'était le signal (Tune ch-iiige générale; les Français se disposèrent il la soutenir. Le général Priant, laissant les Turcs s'approcher, démasqua ses pièces, et couvrit les assaillants de mitraille. Cette décharge les ébranla: et, après (juehpies instants d'hésitation, ils prirent la fuite. L'infanterie n'avait voulu tirer qu'à bout portant, elle ne brûla pas une amorce.

I.e terrain, qui, sillonné de profondes gerçures. avait ralenti l'Impétuosité de la cavalerie turque, empêcha les escadrons français de poursuivre les iuvai'ds.

Le Grand Vi/lr restait dans sa position derrière le l)()is de palmiers voisin d'El-Marcq. Le général 1^'riant l'y attacjua sans s'ai'rêter, et le contraignît de fuii' vers le village d'rH-Khanqah où les troupei françaises le suivirent, et arrivèrent avant le cou-

cher du soleil. A leur approche, les Turcs se replièrent en désordre sur la route de Sâlheyeh.

Mourad-Bey, qui, avec ses Mameluks était campé non loin du camp du Grand Vizir, ne prit aucune part à la bataille. Dès qu'il vit l'action engagée, il se jeta dans le désert et disparut.

Un immense butin couvrait la plaine, théâtre du combat. Le camp du Vizir renfermait, outre des effets de campement et les équipages, des objets précieux, de magnifiques tapis, de riches armures. Les tentes étaient encore dressées, et l'armée, accablée par la marche et le combat de la journée, espérait s'y reposer de ses fatigues. Mais elle ne devait pas encore y jouir du repos dont elle avait besoin.

Les troupes battues le matin a Héliopolis et à El-Marcq avaient pris le chemin du Caire. Le bruit du canon annonça à Kleber l'attaque de cette ville. Il envoya aussitôt la brigade Lagrange, pour porter secours aux généraux Verdier et Zajonchek, qu'il avait laissés dans les forts avec environ deux mille hommes, et après avoir fait reposer ses troupes, il les porta dans la nuit même sur Belbeys, que la garnison turque abandonna au bout de vingt-quatre heures.

De Belbeys, Kleber envoya encore sur le Caire le général Priant, avec des brigades de sa division. Lui-même, avec son armée réduite par ces divers détachements, marcha, le 23, sur Sâlheyeh, où le Vizir avait rallié les débris de l'armée turque. Celui-ci, pensant que le général français ne demanderait pas

niiriix (jiK' de renouer les négociations, lui envoya un parlementaire que Kleber refusa d'entendre. I/ann(''(' continuasa marche, et Reynier, après avoir culbut*' à Koraïni un corps de cavalerie qui s'opposait il son passade, vint prendre position dans la soirée l\ deux lieues de Sâlheveh.

Mais les préparatifs d'attaque faits par le général CM chef furent inutiles. Le Vizir ne jugea pas ii propos délivrer une nouvellebataille aux vainqueurs «l'Iiéliopolis, et se retira pas le désert en Syrie.

Klchcr chargea le général Lanusse, qui commandait il Alexandile, de soumettre le Delta, de concert avec les troupes descendues de la haute Kgyple, plaça Reynier à Sâlheveh pour observer la fioiilière de Svrie, et revint le 27 mars devant le (laire.

l)e|)iiis le départ du général en chef, le Caire avait été le théâtre de graves événements. Le 2i) mars, avant même que la bataille d'Héliopolis fut engagées, rinsurreclion éclatait à Boulaq. Excités par qiiel([m*s agents des Turcs, les habitants s'armèrent (le fusils, de sabres, qu'ils gardaient cachés depuis longtemps, et se portèrent contre le iorl (lamin dont la garnison n'était forte que de dix hommes. Le commandant lit tirer sur eux à mitraille; ils priient la fuite, mais revinrent à la charge. Le poste du quartier général fut obligé daccouiir au secours. (( Trois cents Egyptiens, dit luMihier, sont couchés dans la poussière; ils se relirenl, se barricadent, et font feu sur les troupes Iraneaises de cpielque part qu'elles se présentent

pour entrer dans lu ville. Le peuple du Caire a été moins impétueux. Dès que les premiers coups se firent entendre, il se porta hors de l'enceinte, et attendit pour se décider quelle serait l'issue de la bataille. Il vit arriver successivement des corps de Mameluks et d'Osmanlis qui nous étaientéchappés, et assuraient que notre défaite était inévitable. Bientôt après, Nassif-Pacha se présenta à la Porte des Victoires. Il était accompagné d'Osman-Effendi, Kiaya-Bey, l'un des personnages les plus considérables de l'Empire, d'Ibrahim-Bey, de Mehemet-Bey-El-Elfy, d'IIassan-Bey-Jeddauod, en un mot, de tous les chefs de l'ancien gouvernement, excepté Mourad. Ils annonçaient que nous avions été taillés en pièces, qu'ils venaient prendre possession de la capitale au nom du sultan Selim, et y célébrer le triomphe de ses armes sur les Infidèles. Ils étaient accompagnés d'environ dix mille cavaliers turcs, de deux mille Mameluks, et de huit à dix mille habitants des villages qui s'étaient armés. Personne ne douta plus de la victoire, chacun s'efforça de faire éclater sa joie. Les uns étaient charmés de voir triompher le Prophète, les autres avaient à faire oublier les liaisons qu'ils avaient eues avec les Infidèles,

« Nassif-Pacha profite de cet élan de la multitude, et se rond de suite au quartier des Francs. Il en fait ouvrir les portes^ et pendant que deux négociants tombent à ses pieds en lui montrant la sauvegarde du Vizir, la foule se jette dans l'enceinte. ¥A\o force les maisons, pénètre dans les

ina<^asiiis, les comptoirs, pille, massacre, incendie. En ([iielques instants tout est détruit, égorgé; et ce quartier, tout à l'heure si florissant, n'est plus qu'un monceau de cendres.

(( Le pacha profite de Texaltation publique, et j ousse la multitude sur nos soldats. Il en inonde la plac(*, les avenues qui conduisent au quartier général, et s'avance à la tète de ses troupes pour la soutenir. L'adjudant général Duranteau n'avait pas deux cents hommes à opposer à ces flots d'ennemis; uéanmoins il tente une sortie et les repousse. Déconcerté par cette résistance inattendue, Xassif lait occuper les maisons et appelle le peuple aux armes. On arbore des drapeaux blancs; on prêche, on rcimie toutes les passions. Dans un instant la population entière est sur pied; on attaque les (.optes, on massacre les Grecs, les Syriens; partout 1(^ sang ruisselle. On se porte à la police, on saisit Mustafa-Aga et on l'empale. La populace rogar(l(^ le supplice de ce magistrat comme le gage de rini|)unilé; elle applaudit et se livre avec fureur il la sédition et au pillage.

(( S(^pt soldats français se trouvaient auprès de Muslafa lors(ju'il fut arrêté. Les séditieux se proiuc II aient de les tailler en pièces, et réussirent à en nK'tlre ti'ois hors de combat; mais percés euxnirincs il coups de baïonnettes, ils n'osèrent faire tel e il tes biavos, qui, attaquant, se défendant, eni- |)()rtanl Icius l)lessés, arrivèrent enfin à la citadelle, a[)rès s'rirc dt'hattus pendant une lieue, au milieu des Ilots cpii les pressaient...

L'insurrection durait depuis deux jours, et les. forces réunies des Mameluks, des Osmanlis et des séditieux, n'avaient pu triompher de la résistance de deux cents Français. Nassif-Pacha préparait une nouvelle attaque, lorsqu'il aperçut la colonne du général Lagrange qui arrivait d'El-Khûnqah. Il retire aussitôt ses troupes, rassemble quatre mille chevaux et court à sa rencontre. Le général forme ses carrés, et ouvre la fusillade. Les assaillants se dispersent, il continue son mouvement, et entre au quartier général. Il apportait un secours aussi nécessaire qu'inattendu, et la première nouvelle de la victoire.

Le quartier général devint un poste inexpugnable ; la citadelle et le fort Dupuy continuèrent à tirer sur la ville, dont le bombardement avait commencé dès les premiers instants de la révolte. Bientôt les généraux Priant et Donzelot se réunirent a Lagrange, et aussitôt les Français reprirent roffensive.

Les Turcs se défendirent en désespérés; ils avaient élevé dans les rues de la ville des barricades de douze pieds de hauteur et à double rang de créneaux; ils ne paraissaient pas disposés a céder, lorsque arriva le général en chef. Kleber, naturellement porté aux voies conciliatrices, sachant son armée affaiblie, possédant d'ailleurs peu de munitions, sentit qu'il fallait agir de ruse. Aussi, tout en faisant de giands préparatifs, annonçant qu'il voulait agir de rigueur, il s'occupa de se créer des intelligences dans la ville, où il sema la défiance

cnlro les hablLanls et les Osniaiilis. — Bientôt une caplluliition fut pr()[)()sée par les chels des troupes tiij(|iies. Il (Ml accepta les principaux articles; mais il celle nouvf^llc. le peuple, craignant de justes i<'présailles, lefusa de les exécuter; et lorsque les l'iaiicais se présentèrent conformément au traité, ils lurent reçus en ennemis.

Pendant que le Caire persistait ainsi dans l'insuriection, Klidjer signait un traité d'alliance avec Mourad-Hey. (le valeureux chef de Mameluks, reconnaissant enfin la supériorité des armes franç ïisc^s, avait, un peu avant la bataille d'IIéliopolis, lail ([uelques démarches de rapprochement, que rissuc de la bataille lui fit renouveler; sur l'invitiilion do Kleber, il était venu camper près de (lyzidi. Dès ce moment, il garda la plus exacte neutralité. Son alliance valut à Tarméc Tavantagr de n'être pas disséminée. Mourad se chargeanl (rexj)uls('r les Tuics de la haute Egypte, dont il reçut le conimandem<Mit, et oii il fut pour les Français un tributaire^ de bonne foi et un allié fidèle.

dépendant le retard nécessaire h la conceutra- 1 ion (les coips, et la nécessité de faire venir îles iMunilions de lloselte, avaient laissé aux insurgés \c, leini)s (rauo'iiKMiter buirs movens de défense. Ils axaient réussi à fabriquer de la poudre et mùme ii fondre des caiîons T . La ville était devenue un

i! f'ii (|(>s priiici|>;iu\- ('licf-^ do la population éjçyptioiiu.* qui favurisiiciil !(•>; I iilalivis (11- pacilii-aliou de KlcbiT, lui le rlu-ik Kl-^[iftlli>« (|iii' lîcii.iparic avail iiomiui- sfciN'Iairc du Grand-Divan.

•' l'ciidaiil 1<>. Im^lililf'-; rac;)iilc dans une noîico lV)rt îiiti'Ti";!MUili' M. Marcel, .inci.'n dii'ccicui' <!<• rin\|)riui('ri«» do rarniiM* d'OriiMit. l'I l.imliv; (pi,- |.s (iivci'- tpiai licrs du Caire otaicnt altcrnativcnirni pri" par 1( s ichcllf.s cl i épris par nous, ]o chcik El-Molitlv rostuit assiilii-

camp véritable, et tous ses habitants avaient juré de s'ensevelir sous ses décombres plutôt que de se rendre. Pour arrêter les progrès de cette exaltation, qui pouvait gagner le reste de TÉgypte, Kleber donna Tordre au général Priant d'enlever Boulaq de vive force.

Le 15 avril, cette ville, qui forme le port du Caire, fut cernée de toutes parts, et, après plusieurs heures d'un bombardement terrible, le général Priant la somma de se rendre. — Les habitants

ment au (quartier général, prouvant par là sa fidélité pour les Français et son éloigncmcnt du parti des révoltés.

« Eh bien, (Ihcik. lui dil un jour Kleber, que viens-je d'apprendre? « On dit que les gens de la ville veulent fabriquer des canons; vous « m'avez dit quelquefois que le Koran renfermait toutes les connais- « sances utiles aux hommes; est-il aussi question d'artillerie? — Oui, « général, répondit le Choik: Dieu y dit à son envoyé : Nous avons mis « entre tes mains nos tonnerres vengeurs, et tu foudroieras les rebelles « mais tu pardouneras aux égarés. »

« L'allusion était délicate, et le général en chef sentit qu'elle contenait pour lui, non-S(uilement une flatterie ingénieuse, mais encore ime invitation à la clémence : ce plaidover indirect ne manqua pas son ellet,

« Les Orientaux ont beaucoup plus de finesse que nous ne leur en supposons ordinairement: ils savent surtout parfaitement apprécier les hommes, et distinguer les nuanccîs de leurs caractères et de leurs talents. Ces appréciations sont souvent exprimées par la manière dont ils altèrent les noms étrangers pour leur donner une significA'tion dans leur langue; car on sait que tous les noms orientaux out un sens: et la première question qu'ils nous faisaient, après nous avoir demandé notre nom. était celle-ci : o Que signifie ce nom? »

« Ce genre d'appr<'ciation a été un jour appliqué par, le cheik El- Mohdy aux trois gén<''r;uix en chef qui se sont succédé en Egypte.

« Déjà les habitants du Caire avaient exprimé par deus épithètes la «liftérence (piils trouvaient entre le génie de Bonaparte et la belle prestance militaire <le Kleber, dont le mérite guerrier ne leur avait pas encore été attesté par la victoire d'Héliopolis Ils disaient : Klehber tunut/l, Bouudbartch kebyr ; Kleber est long ^grand de taille), Bonai^arte est grand.

« L'appréciation faite ]>ar \o cheik El-Mohdv est plus ingénieuse.

« Le; général Menou venait de r(!mi)lacer i\leber; en vain le nouveau général en chef avait embrassé l'islamisme, et signait eu réunissant assez bizarrement ses noms n\usulmans et chrétiens ,lbdullah-Gdk (le serviteur de Dieu, Jaccpies), il était loin d'obtenir même de ses nouveaux coreligionnaires, le degré d'estime et de considération qu'avaient mérit*' ses deux |)ré(lécesseurs. — On causait de trois généraux devant h' cheik. ([iii, les jugeant tous les trois par un triple jeu de mots : « Le ])reuiier, dit-il, est Bouud-Pakhl (édifice du bonheur) : le second fixi Kalahbcr (la forteresse du pays); le troisième, Me:i-/Jou? (quel est-il ?j »

refuseront ; alors les Françaîs se précipitant par les brèclies pratiquées par l'artillerie, pénétrèrent dans rinlérieur ; puis, le fer d'une main et la torche de Taulrc, mirent le feu aux maisons et massaerèrenl tout ce qui se trouva sur leur passage. En un instant la ville (ut réduite en cendres et les assiégés ])assés au fil de Tépée.

Le sort de Boulaq avait du produire sur les insur- <^és une vive impression. Kleber voulut en profiter pour soumettre le Caire. Les Turcs s'étaient prin« cipalenient relianchés dans les maisons voisines de la placer Lzhekyeh. Dans les unes, ils avaient dispose de l'artilicrie, établi des postes dans les autres, el crénelé avec soin le palais Setty-Fatmé où s'appuyait leur gauche. C'était là que s'organisaient les sorties, là (jue se formaient les colonnes qui venaient chaque jour assaillir le quartier général de Kleber. Ce fut par là que les Français résolurent de commencer l'altaque. Cette attaque, tentée de Iront, eut ('li'* meurtrière; on eut recours à l'art: on découvrit rédilicc, on le mina, et en peu de temps, lionunes et ])àtiments, tout disparut. Aussitôt h^s troupes s'él^ranlèrent, l'action s'engagea et (h'vint généiale. De chaque côté on lutta avec une cgide lurcMir. Culbutés à droite par le général Donzeh>l, h's Turcs lurent rompus au centre par J]elliard, ([ui les cerna, les força à se replier et les j)oiii'sui\il de rue en rue; mais ce brave général ayant <'!(' atteint d'une balle et mis hors de combat, la poiiisiiile se ralentit, et les vaincus purent se leioiiner. Ils menaçaient mémo de revenir à la

charge, quand le général Reynîer ayant forcé la porte Bal-el-Charqyeh, leur enleva toute espérance. Nassîf-Pacha chercha en s'éloignant à sauver sa cavalerie. 11 s'engagea dans des détours, poussa a travers les décombres et se croyait hors de danger, lorsqu'il rencontra, au débouché d'une rue, une compagnie de carabiniers qui le reçut à bout portant. Le Pacha essaya de se faire jour, tous ses efforts furent inutiles, et il n'échappa k la mort qu'en abandonnant son cheval pour se jeter dans une maison, d'où il gagna les quartiers que ses troupes occupaient encore. '

Les Turcs qui n'étaient pas restés sur place avaient fui; une seule batterie continuait le feu» Les carabiniers marchaient contre cette batterie, lorsqu'ils se trouvèrent en face de Nassif-Pacha : ils reprirent leur mouvement, escaladèrent les murs de la mosquée, en franchirent les terrasses, arrivèrent à la tour où étaient les pièces et les encloucrent.

Les Turcs avaient perdu tout espoir; la ville était en feu. Dans cette situation désespérée, les Cheiks pressèrent vivement les insurgés de rendre la place. Ceux-ci y consentirent, mais ils prétendaient obtenir des conditions telles, qu'Ibrahim-Bey, qui avec ses ■Mameluks était venu prendre part h la défense du Calrc^ n'osa pas les transmettre au général KIober, et se contenta de lui adresser les deux Deys qui en étaient porteurs. Le général reçut ces officiers on présence de son état-major, écouta jusqu'au bout les propositions dont ils étaient

cliar<>(*s, (^t, los conduisant a rembrasnre d'une cioisôc, leur montra Tincendle du Caire et les ruines de Boulaq; ce fut sa seule réponse. Il prit cnsuil(* il part un des envoyés d'Ibrahim, et lui tlonna connaissance du traité conclu avec Mourad. i.r Hev resta stupéfait. A son étonnement on put ju^MM' de relfel que celte nouvelle produirait dans la |>lace di's (|u'elle y serait connue.

Les deux envovés se retirèrent et revinrent bientôt avec des propositions plus raisonnables. Ils demandèrent ensuite une suspension d'armes ([ue l(^ jrénéral refusa. Ils insistèrent et demandèrent au moins ([u'on ne fit plus d'attaque aussi vive que la dernière. « Au moment de s'entendre sur rév;jeuation du Caire, dirent-ils, ces actions meurtrières sont déplorables et n'ont plus début. » Kleber lut attentivement le projet de capitulation, le modifia, et les envoyés d'Ibrahim le remportèrent.

Pour stimuler les assiégés et augmenter leur ("oFistcrnalion, on marcha aux retranchements dès (jue la nuit fut venue, on culbuta ceux qui les (l<'len(laI(Mil el on ne s'arrêta que lorsque tout lut (lél)us(|ué. 1/atlaque ne tarda pas à recommencer; mais des ([ue le jour parut, Osman-Aga accourut avec la capitulation, revêtue de la signature de Xassil-l^aelia. Alors les hostilités cessèrent, les otages furent ('ehangc's, et les postes français établis sur h' canal, dej)uis la prise d'eau jusqu'à la porte Bal- <'I-Chai'([yelî.

Les Turcs se disposèrent sur-le-champ à évacuer la ville, et parlircMit, emmenant avec eux les prinri-

paux chefs de l'insurrection. Trois h quatre mille habitants les suivirent, et se dispersèrent dans les villages pour se soustraire à la vengeance des vainqueurs.

Le général français profita du repos que la soumission du Caire lui assurait enfin, pour s'occuper de l'administration du pays et de son armée. Une contribution de douze millions imposée à la capitale, des mesures analogues envers Samanhoud, Damiette, Tantah et Méhalet-El-Kébir, rétablirent un peu les finances de l'armée, payèrent ses dettes et pourvurent à ses besoins.

Le ofénéral en chef aufjmenta le bien-être des soldats et songea à lever sur le sol même qu'il avait conquis, de nouvelles troupes qu'il ne pouvait plus espérer recevoir de la France.

Livré à lui-même, il jugea prudent de faire disparaître le vide causé dans les cadres parles pertes de la dernière campagne. Il y pourvut en exécutant les instructions que Bonaparte lui avait laissées. Un certain nombre de noirs éthiopiens fut acheté et réparti dans les demi-brigades; celle qui occupaient la haute Kgvpte se recrutèrent de leur côté par des enrôlements volontaires. Les chrétiens du Caire avaient tellement souffert pendant l'invasion momentanée de Xiissif-Pacha, qu'ils demandèrent eux-mêmes à être organisés militairement, et formèrent un bataillon de cinq cents hommes, qui rivalisa bientôt d<' tenue et de discipline avec les troupes fran('ais(*s. La légion grecque fut portée à quinze ctnits hommes; enfin un corps de Syriens

el ilo Mainoluks déserteurs augmenta la cavalerie de Tarmée.

Débarrassé de ces premiers soins, Kleber s'attacha à détruire les abus de l'admiaistration Intérieure : la confiance que les Egyptiens avaient dans sa modération, la haute idée qu'ils se formaient de sa puissance, pc^rmirent de simplifier le mode de perception. Dès lors, il devint inutile d'envover des bataillons occuper militairement un village pour assurer le recouvrement de l'imôt.

La situation de l'Egypte, au mois de mai 1800, était prospère. Le pays était tranquille : quoique réduite à vin^t mille hommes, l'armée française se h'ouvait d(» lait plus forte qu'après la première con- (juéle, [)uis([ue la pacification du pays et Tanéantisscuicnt des forces ottomanes la laissaient sans ennemis à combattre. La Porte pouvait, à la vérité, faire de nouveaux armements; mais tout semblait iudicpier que l'habileté du premier Consul parviendrait à la détacher d'une coalition qui ne lui olïVail aucun avantage réel, il ne serait alors resté (juc la (rrande-Bretagne dont on pût redouter les elïorls, si toutefois ralIVont qu'elle venait de recevoir (11 Hollande ne l'avait pas dégoûtée d'une seconde expédition continentale. Dans le cas où 1 Angleterre se seiait décidée à tenter en J'^gypt<> le sort des eoinbats, l'ainiée, sûre de vaincre sous Kleber, eût vu avec plaisir les troupes anglaises venir e\piej' sui' les plages d'Aboukir la mauvaise loi (1(^ leur «'ouveinenient .

L(; géncMid en ehef, tranquille au Caire, s'occu-

pait de ces améliorations, lorsqu'il apprît qu'une nouvelle escadre turque, commandée par le capltanpacha, paraissait en vue d'Alexandrie. Les troupes cantonnées autour du Caire, dans le Delta et dans la province de Damiette, reçurent aussitôt Tordre de se porter sur Rahmânyeh, où il arriva lui-môme dans les premiers jours de juin. Mais un nouveau courrier du général Lanusse l'engagea à s'arrêter; l'amiral turc, loin de vouloir tenter un débarquement, ne désirait que renouer les conférences. Kleber devenu défiant par la surprise d'El-A'rych, défendit toute espèce de communications avec l'ennemi, et revint au Caire avec les troupes, laissant seulement à Rahmânyeh six bataillons et deux régiments de cavalerie.

Son dessein n'était cependant pas de renoncer à tout arrangement : il avait acquis depuis peu de temps la preuve des préparatifs des Anglais pour se mettre en possession de Suez, d'Alexandrie et de Damiette, aussitôt après l'évacuation définitive, et il proposait de faire connaître à Séllm III combien les services de ses alliés étalent intéressés. La susceptibilité l)len connue du sultan lui faisait supposer (jue ciîtle démarche, amenant la dissolution totale de la triple alliance déjà rompue par Paul I", lui donnerait la facilité de correspondre avec la France [)ar Constantinople. Dans ce cas, il eut proposé au Ciraiid Seigneur la restitution de ri^gyple il des conditions également avantageuses aux deux nations.

(Cependant le Cabinet de Saint-James, mieux

48'i RONAPAnTE

iiiatruit de in position de l'aruiêe d'Orient, par mu ambassadeur en Turquie, venait (}« satictioiiDCT lu cniivenlioa d'Kl-A'rych. Cette résoluliiia fut Iraneniisc it Klelicr ii son retour do Riihmûnyeh, p>r un perBonimge sans caractfaro ollicicl ; et il se dispiMsil il y i'<^'|ioijdrc d'une mnnière Louvenalile îi sii nouvelle situiUitin. lwrs([ue le poigaard d"im riiiiatiljna vint priver j'urmée de son illustre chef.

De retour en Syrie, le Grand Vîzîr nvail publia des maiiilustes iiîi le général en chuf de l'armie fiançaise en Egypte était représenté comme «n liomrao sans loi, comme un destructeur de lu ro!igion; il nippelait aux dévots musulmans lus jouiv années éternelles réservées dans le ciel k cctix (|0l éfTorgenl un înGdéle, et il promettait sa protcclinh et des récompenses terrestres à quiconque frappa rait le chef des Français en Egypte.

Cet horrible appel ne fut que trop vile eotoDdn!

A Jérusalem vivait un jeune humnie (jul se faÎHil remarquer par la piété la plus ardente : o'^l Soleyman-el-Halebi, âgé d'environ vinjrt-quatrcaniet atteint d'une mélancolie profonde qui entr«teOBil dans son âme l'eitaltation religieuse. Il s'offrit • remplir tes intentions du Vizir, Outre un poiftnanl. on lui donna trentes pièces d'argent et un dromadaire pour la route. Des lettres de recuinmundal'iili devaient lui procurer au Caire un asile et des npptitf* Cet asile était une mosquée, ces appuis étaient (l« Cheiks, des imans et des mollahs iittiit'héï â II mosquée.

Pendant un mois, Solcyinau se prif^para à sae

horrible action par des jeûnes et par des prières; il se mit ensuite à la piste de la victime qu'il devait Irapper, la suivit tous les jours, étudia avec soin les habitudes de Kleber, et se familiarisa avec les localités du quartier général. Enfin toutes ses dispositions furent arrêtées, et il ne lui resta plus qu'à trouver un moment favorable.

Kleber demeurait depuis quelque temps à Gyzeh ; il y habitait la maison de plaisance de Mourad-Bey, en attendant qu'on eût réparé celle qu'il occupait habituellement au Caire, et qui avait été fort endommagée lors du dernier siège. Le 14 juin, après avoir passé une revue dans l'ile de Roudah, il entra dans la capitale, et vint demander à déjeuner à son chef d'état-major, le général Damas. Après le déjeuner, le général en chef, prit h part l'architecte Protain, et lui proposa d'aller au quartier général, pour se concerter avec lui sur les réparations h y faire. La maison de Kleber touchait à celle de son chef d'état-major. Comme ils traversaient la galerie qui sépare les deux bâtiments, un homme d'une mise assez commune, profitant du moment où l'architecte était à quelque distance, s'approcha du général en chef, se prosterna en signe de respect et parut vouloir lui présenter un placet. Kleber, touché de l'aspect misérable de cet homme, se pencha vers lui; aussitôt cet homme se releva, tira un poignard, et le plongea au cœur de sa victime. Le général tomba en s'écriant : « Je suis assassiné! » Protain accourut, et saisissant le meurtrier, chercha à le retenir jus([u à ce qu'on vint h ses cris; mais

480 BONAPAIITE

Solcymuri le Iriipp:! de six coups do poigniiriî el le renvei'Ba. Il revînt ensuite vers Kleber qui était i^tcndii iiarteire, et lui lit trois nouvelles blessures. La première iiviiit été mortelle!

l/nasassin prît la fuite et su cacha d.ias le jardin, où 011 ne tarda pas a le découvrir sous le t'euilUge d'un iiopid toulTo. Protaiii, qui avait repris s«ft sons, di'i'lani le reconnaitre, et plusieurs personnel utlestbrent l'avoir vu roder autour des lieux fr^ quputés par le général. On lui présenta le poignard ensanglanté trouvé près du cadavre; mais II s'obstina à tout nier, et pour lui arracher l'aveu Jii crime il fallut lui faire appliquer la bastnuDfldBf suivant l'usage de l'Orient.

Une commission militaire fut auseitAt nomnici pour juger Soleyman et les ulémas de la mosquée d'El-Azliar, qu'il avait dénoncés comme ses contplices. Trois de ces prêtres furent arnHés. Accablés par les déclarations de l'assassiti et par }» reproches de IScheté que leur adressait ce fÔBBtique, ils restèrent dans une profonde stupeur. Quant il Suleyman, il ne cessa de se gloriScr <le son action et d'en faire hommage à Dieu.

Les trois ulemus furent coudtimnés à avoir in t£k coupée; le tribunal, pour oter aux autres Musulmans l'envie d'imiter l'action atroce de SoteymaOT ordonna que l'assassin aurait d'abord le poing bràlè et qu'il serait ensuite empalé. Son ciirpa, alnmdonné sur l'échafaud, devait servir de pâture oiseaux do proie. L'exécution du jugement fut au jour des obsèques do la victime.

Le jour venu, c'était le 17 juin, les trois ministres furent d'abord décapités. Soleyman resta froid en présence de cette sanglante exécution, et regarda avec une dédaigneuse impassibilité le pieu affilé qui devait servir d'instrument à sa mort. On commença par lui appliquer le poignet sur un brasier ardent : le feu dévora ses chairs sans lui arracher un cri. Il supporta avec le môme courage los effroyables douleurs du second supplice. Ses trait a se décomposèrent à peine, et lorsque le pnl, lixô perpendiculairement, l'eût élevé dans les airs^ il promena ses regards sur la multitude cl pronon^Mi d'une voix sonore la profession de foi des Musulmans : (c II n'y a point d'autre Dieu que Dieu, ol « Mahomet est son prophète. »

Soleyman resta vivant sur le pal pendant pri»8 do quatre heures; plusieurs fols il avait demundô u boire ; les exécuteurs turcs s'étaient opposés à ci» qu'on le satisfît, le moindre breuvagcî d(»vanl «urle-champ lui donner la mort. Mais après leur <lépart, un factionnaire français, pris de pitié, i)résenla tl«^ l'eau au patient dans un vase placé au bout do son fusil. A peine Soleyman eut-il bu qu'il expira ^^l).

Ainsi périt sous le poignard d'un fanatique, Ii l'âge de (juarante-sept ans, le chef d'une grauih^ armée, un illustre guerrier, au milieu de ses si»L dats qui raiinaient et qui eussent tous péri j)i)ur \r sauver. Los regrets des soldats furent sincères; ils auraient été bien plus amers encore, s'ils eusseut

(1) Le S(jiu'l('tt<; de l'assassin do Klcbi-r, apporté on Franco, par \v dorteiir Larrcv, lors de r<v;»cuation de l'Ef^ypto, fut donntS par lui au Muscuin dhistoiro nalurclie, où il liguro encore aujourd'hui.

^l8S BONAPARTE

pu prévoir ce qui devait arriver en 1801! Le zèle farouche de Tassassin avait fait plus que lesquatreviiiijft mille hommes de Tarmée du Grand Vizir; la 4lisparlti()nde Kleber rendaitTEgypteaux Osmanlis.

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