Enfin le groupe des cheiks en tète duquel je marchais
Le passage fut de nouveau salué par Tartillerie et toute la mousqueterie de la garnison, rangée sur la place d'armes.
Arrivé sur le lieu de la pose, le cortège se réunit en cercle. Placé au centre, sur le bord du fossé de fondation, je lui adressai un petit discours de circonstance, d'abord en français, puis en arabe : je le terminai respectivement par les cris de : Vive la République, vive rÉgypte, vive Bourlos et ses habitants, sans oublier le Prophète auquel je rendis une sorte d'hommage fort opportun en pareil cas, et que nos cheiks accueillirent, bien que sortant de la bouche d'un mécréant, en se frottant la barbe en signe de respect. A ces vivats succéda la musique de nos Turcs, plus bruyante qu'harmonieuse. Puis tout le monde s'étant asHis len jambes croisées sur le sable, les danseurn et danseuses commencèrent leurs exerciccH qui ne ressemblaient gu ère ^ je \OiiH le jure,
aux ballets de l'Opéra et étaient quelque peu plus libres. Cependant on servait à tous abondamment café, eau-de-vie, pipes et tabac; on buvait à l'érection du fort, on fraternisait. Les cheiks, qui m'avaient ménagé la galanterie de plusieurs chameaux chargés de pastèques, les firent distribuer en place. Durant ce temps, la pierre angulaire se posait. Enfin la cérémonie fut terminée par une dernière libation, un dernier vivat et une dernière salve. Après quoi une sentinelle fut placée auprès de la pierre angulaire, et l'on reprit sa marche vers le canip.
Là, vers les dix heures, sous une vaste tente dressée à cet effet, je réunis les officiers de la garnison et de la marine, les maîtres-ouvriers français et turcs, enfin les cheiks dans un repas commun. Il était servi à la turque, par terre, sans cuillères ni fourchettes, vu que nous n'en avions guère. On fut très gai. Nos cheiks se prêtèrent à tout avec bonhomie et complaisance, et plus d'un d'entre eux oublia la loi de Mahomet en se grisant de Porto, entre autres, Abou-Salem, vieillard de 120 ans.
Bref, on s'amusa des mieux. Après le repas»
au son de la musique, il se forma de nou-
DaD* le àéterl {pu B. Bj
veaux groupes de danse, puis les escarpolettes et morkeka se mirent en branle. Le tout occupa la journée, et l'on an népara rtur le soir, les meilleurs ami» du monde.
La pierre angulaire est un grand paraIKtIi-
pipède de marbre blanc, de cinq pieds de longueur, sur trois de largeur et huit pouces de hauteur. Voici les inscriptions des six faces. Les deux premières sont celles des bases supérieure et inférieure; les 3* et 4*> celles des grafide» faces latérales; les 5* et 6^, celles des petites faces d^extrémité.
L'AN 8 DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE 1799 DE l'Ère chrétienne,
1214 de l kgire,
Les français contruisirent
LE FORT BRULOS(i).
BONAPARTE i" CONSUL,