X.-B. Saintine, p. 267 ; Eug. TrolanJ, t. I»', p
deux années, on conçoit qu'enhardi par son impunité, il ne fût pas plus disposé qu'auparavant à se soumettre docilement à la direction de Beaulieu. Celui-ci, qui s'en défiait, avait demandé son remplacement et obtenu la promesse qu'il serait prononcé. Argenteau ne l'ignorait pas et n'en était que plus frondeur et plus indocile. Quelques légers succès qu'il avait remportés au cours de la campagne, à Ormea, à Settepani et à Palestrina, en 1793, lui avaient d'ailleurs donné une assez haute idée de sa propre capacité militaire. C'était, en somme, bien que « plein d'esprit et d'activité * » au dire de quelques-uns, l'un de ces collaborateurs dont le concours est plus dangereux qu'utile, et Beaulieu ne devait pas tarder à en faire à ses frais l'expérience.
Argenteau se sentait sans doute soutenu contre Beaulieu par l'archiduc Ferdinand'-, frère de l'Empereur, attaché au quartier général en qualité de commissaire des guerres, chargé en réalité d'exercer, de près ou de loin, dans l'entourage immédiat du général en chef une sorte de contrôle, et d'imposer au besoin les volontés impériales. L'archiduc Ferdinand était, au surplus, un esprit perspicace, si l'on en juge par l'appréciation qu'il formulait, dès 1794, sur Bonaparte, en qui il voyait «un Corse hardi, entreprenant* ». Beaulieu eût été un grand général que, tenu en lisière sous une si stricte dépendance, mal ou peu obéi par des subordonnés mieux en cour que lui, il ne pouvait qu'être entravé dans ses mouvements, partant en bonne voie pour être battu.
Ses autres lieutenants, toutefois, lui apportaient un appui plus sérieux que celui d'Argentcau. Les feld-maréchaux-lieutenants baron de Sebottendorff* et baron de Mêlas, le futur vaincu de Marengo; les généraux-majors Lipthay, Pittony, Rukavina, un des héros de Loano, Schûbirz et Roselmini, étaient de braves et loyaux militaires, dont les talents, fruits de l'habitude et de la discipline plus que de la valeur individuelle, ollraient cependant des ressources à un généralissime. Tous étaient corrects, instruits et braves ; ils donnèrent de beaux exemples détenue au feu, et à Bonaparte de rudes leçons de tactique, tout perplexes et déroulés qu'ils fussent par ses turbulentes allures •.
Les généraux, tant autrichiens que piémontais, placés à la tête