‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 106 sur 622 · Albert Sorel, t. II, p · texte numérisé non relu

Albert Sorel, t. II, p

de l'armée sarde, étaient assurément supérieurs à Beaulieu par leur entente du terrain, par leur expérience locale ; peut-être rétaient-ils aussi par leurs mérites personnels. Mais, bons ou médiocres, ce qui faisait le plus défaut, c'était l'accord entre les deux états-majors, « serviteurs de deux maîtres dont les intérêts se croisent ' » et se contrarient.

On avait cru bien faire en désignant Beaulieu comme généralissime, puisqu'il était l'intime ami du ])aron CoUi, commandant en cbef l'armée sardo-piémontaise. On espérait souder ainsi, mieux que par le passé, les deux groupes d'armée appelés obligatoirement à marcher de concert. On n'y réussit point. Les divergences, pour ne pas revêtir le même caractère d'animosité qu'autrefois, n'en furent pas moins accusées. Les plans, pas plus que les hommes, ne purent fusionner. Colli, avec ses plans, bien étudiés, bien appropiiés à ce coin de terre où il combattait depuis plusieurs années, n'eut pas, on le verra, plus de succès auprès de Beaulieu qu'auprès de ses prédécesseurs. Ils furent tous deux victimes de ce dualisme fondamental qui séparait les deux années, associées plutôt par des haines communes que par des intérêts réciproques.

Le général Colli méritait cependant, pour ses conceptions, plus d'égards que ne lui en témoigna Beaulieu. De naissance lombarde, c'était un fort brave, habile et intelligent officier, plusieurs fois signalé dans les batailles de la Guerre de Sept Ans et contre les Turcs, d"où il était revenu criblé de blessures et de cicatrices. Ce n'était pas un général heureux. La campagne des Alpes lui avait causé depuis trois ans maints déboires. Battu à CoU'Ardente, battu à Saorgio, battu à Loano, malgré la sagesse de ses dispositions et la valeur de ses soldats, Colli eût été digne d'un sort plus favorable. Militaire dans l'âme, un peu rude parfois, mais franc, loyal, désintéressé, il était aimé de ses troupes, et, « par son impartiale et zélée conduite, il avait su gagner le cœur des officiers et des soldats-». Sans être un podagre comme Dewins, et moins âgé que Beaulieu, c'était loin d'être un homme dans la vigueur de l'âge ; déjà les ans Favaient marqué de leur empreinte. Vieilli et maladif, il devait se faire pol■teren^tière^ et son activité s'en ressentait.

«De taille moyenne et fort maigre ; un nez aquilin ; une bouche fort petite et gracieuse ; de grands yeux bleus très vifs, lui com-

^. Marquis Costa de Beauregard, p. 297.

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