N'apoléou : Campagnes d'Italie
qu'au carnaval de 1789, on avait caché la mort du doge Rinieri, afin de ne point attrister ou interrompre les réjouissances populaires'. Tout respirait l'oisiveté et la mollesse -.
On conçoit que dans un état d'esprit aussi exclusivement épris de frivolités, le gouvernement de Venise n'ait d'abord rien voulu connaître de la Révolution, C'était trop loin pour qu'il s'occupât de cet événement qui devait, à son avis, conduire la France à la ruine en la livrant en proie aux luttes intestines. Invité à s'associer à la ligue contre la France, il avait nettement refusé, le 19 novembre 1791, et persistait dans son refus, en septembre 1792, lorsqu'on lui offrit d'entrer dans la confédération italienne que proposait Naples. Il restait en toute occurrence si obstinément fidèle à ce système que le 7 novembre 1792, le Sénat décidait môme, sur l'avis de Zaccaria Valaresso, et malgré l'unique opposition de Francesco Calbo, que cette neutralité serait « désarmée ^».
Que ce fût un témoignage d'impuissance ou simplement d'insouciance, une telle décision n'était bonne que si l'on s'y tenait exactement. Mais les Vénitiens ne surent être « ni neutres, ni amis* ». Ils oscillèrent dans de perpétuelles contradictions. Il n'était sortes de petites malices qu'on ne se permît à l'égard delà France, sans s'apercevoir que, dès lors, la fameuse neutralité qu'on affectait cessait d'être fidèlement et impartialement respectée. C'est ainsi qu'on avait constamment laissé passer sur le territoire vénitien toutes les troupes autrichiennes dirigées ^contre la France, tous les renforts, tous les convois. Après le 10 août, l'ambassadeur de Venise avait reçu l'ordre de quitter Paris et l'on avait tout d'abord refusé de reconnaître la République française, ce qui était bien inconcevable de la part d'un gouvernement qui se targuait d'une si absolue indifl'érence. Il est vrai qu'on pouvait se croire en conformité avec les déclarations solennelles de neutralité, puisqu'en définitive, malgré la disparition du trône en France, on n'entrait pas dans la coalition formée contre elle et qu'on se préservait de tous actes d'hostilité. Tout au plus avait-on puconstater quelques vexations infligées à des voyageurs français; quelques rixes entre marins vénitiens et français dans le port du IJdo.
On avait parfois été plus loin, lorsque par exemple on emprisonna plusieurs partisans de la France, entre autres le sénateur