‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 134 sur 622 · Mallet du Pan, t. I", p. 183, 74 et 73, loi · texte numérisé non relu

Mallet du Pan, t. I", p. 183, 74 et 73, loi

5. Gédéon .Muzio, réfugié piémontais, au Directoire, de Paris, 16 avril 179G (Arcli. G.).

Gc'ncs, mais le Sénat pouvait avec raison objecter que son prédécesseur Dewins avait prodigué les mômes assurances et qu'il n'en avait pas moins entravé l'approvisionnement et le commerce de la ville '.

La surveillance de l'Angleterre était aussi particulièrement gônante et blessante. Le doge eût-il éprouvé pour les Français une secrète sympathie qu'il eût été bien embarrassé de la leur témoigner. L'Autriche et l'Angleterre guettaient jalousement les moindres actes des Génois, prêtes à s'emparer du l'ail le plus minuscule pour le transformer en prétexte d'intervention armée. C'est ainsi qu'à peine informé du projet d'emprunt des Français, l'ambassadeur anglais à Milan, Dralcc, avait fulminé avec sa hauteur coutumière contre les banquiers, et accouru à Gènes, on l'a vu, il avait menacé le doge de faire occuper la ville par 50,000 Autrichiens, ou d'en faire faire le blocus par une escadre anglaise qui, au besoin, la bombarderait.

C'était là pure jactance et les alliés ne disposaient pas d'hommes ni de navires en nombre suffisantpour réaliser semblable menace, ni pour occuper la cité, ni pour bloquer la voie de mer. 11 était notoire d'ailleurs que le port de Gènes ne pouvait, par certains vents, être entièrement fermé et l'opération était pratiquement impossible-.

Quelque vaine pourtant que fût celte bravade de l'orgueil britannique, elle n'en imposait pas moins au gouvernement génois qui ne se sentant pas de force à la braver ouvertement, s'éludinit uniquement à éluder les demandes françaises, jusqu'à ce que le sort des armes eût décidé en faveur dune des doux armées. Calcul sage sans doute en d'autres temps, mais jeu de bascule dangereux en face d'un adversaire qui s'apprêtait à bouleverser l'Ilalie^.

1 Cacault au Directoire, 2 avril 1796; Saliceti au Directoire, 4 avril 1796 (Arch Alf. Ktranï. et Arcli. G.).

2. Cacault au ministre des rcl. extér., de Gènes, 16 mars 1796 (Arch. Aff. Etrang. et Arch. G.).

3. A l'annonce du mouvement sur Voltri, les GOnois décident l'expulsion des étrangers, nomment des commissaires extraordinaires avec pleins jiouvoirs, l'ont entrer eu ville 12,000 paysans, appellent aux armes tous les citoyens, insistent auprès de Bcaulieu pour qu'il les aide à chasser les Français.

En même temps, Spinola, commissaire général à San Uemo, a l'ordre de renouer secrètement les négociations avec Saliceti. Était-ce sérieux! Fut-il jamais duplicité plus complète ! (C Krehs, p. 363, note 3.)

A l'autre extrémité de la péninsule, au sein de la mer Adriatique, Tégoïste République de Venise, dont Luigi Marin était doge', que préservait son éloignement, demeurait indifférente à tout ce qui ne la touchait point immédiatement et affectait, plus encore que Gênes, de se maintenir dans une méticuleuse neutralité. Il n'était guère douteux que ses traditions, ses instincts, ses relations la disposaient plutôt en faveur de l'Autriche, ou du moins contre la Révolution. On eût sans peine trouvé des gages évidents de sa partialité envers les ennemis de la France, quand ce n'eût été que l'asile qu'elle donnait à Vérone au prétendant Louis XVIII et le passage sur son territoire qu'elle accordait de plus ou moins bonne grâce aux troupes autrichiennes destinées à renforcer larmée d'opération sur les Apennins. Mais Venise s'appliquait si soigneusement à protester en toutes circonstances de ses sentiments d'entière indifférence; elle avait si habilement et si nettement évité de participer à la coalition européenne; son détachement était si bien joué, qu'il fallait, faute de mieux, la croire sur parole.

Inabordable, croyait-elle, au milieu de ses lagunes où elle avait su se soustraire depuis plusieurs siècles à tout joug étranger ; vaine de l'étincelante parure de ses palais, des grands souvenirs de son histoire, de ses incomparables trésors artistiques, elle jouissait paresseusement des richesses amassées par son commerce longtemps sans rival et des restes de splendeur que lui valaient autant son ancienne école de peinture, celle du Titien et de Véronèse, que les immenses services qu'elle avait à diverses reprises rendus à la chrétienté.

Son aristocratie, jadis si grande et si fière, était entièrement déchue, émasculée, et ne savait que se perpétuer jalousement au pouvoir, où elle ne se maintenait que grâce à lindolencc d'un peuple dégénéré. Venise « n'était plus que l'ombre d'elle-même. Trois générations s'étaient succédé sans faire la guerre. La vue d'un fusil faisait trembler ces indignes descendants des Dandolo, des Zeno, dcsMorosini- ». On n'y pensait qu'au plaisir, à tel point

1. Manin (Luigi), né le 13 juil. 1720, était doge depuis le 9 mars 1789 ; il mourut de douleur en prêtant seinient à l'Autriclie, eu 17U7.

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