‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 145 sur 622 · Albert Sorel, t. IV, p · texte numérisé non relu

Albert Sorel, t. IV, p

Tout se bornait donc le plus souvent chez elle à des imprécations contre la France, sauf à se dévoiler plus sanguinaire que jamais contre ceux de ses sujets qui tenteraient de lui échapper. Aussi, malgré la frénésie de ses propos et de ses actes, reléguée comme elle l'était à l'autre extrémité de l'Italie, une telle adversaire ne pouvait être fort redoutable pour la République.

Plus proche du théâtre de la guerre, et non moins ardente en paroles que la reine de Naples, la cour de Rome nourrissait contre la France des ressentiments, fort naturels au demeurant, qui ne le cédaient guère en violence à ceux de la reine Caroline. Comme Naples, comme l'Autriche, elle redoutait plus d'ailleurs l'unité italienne que la Révolution française elle-même '.Toutefois c'était plutôt l'entourage du Souverain Pontife que le pape luimême qui attisait l'agitation. Pie VP était un assez beau vieillard, prélat paisible, fastueux, dilettante et peu bigot. Presque octogénaire, et pourtant épris de la belle princesse de Santa-Croce' ; vain d'ailleurs de sa beauté et de son élégance, sinon de sa naissance assez modeste, il se fût probablement borné, livré à ses seules inspirations, à faire entendre du haut de la chaire de Saint- Pierre, d'éloquentes et platoniques doléances, sans se jeter dans la mêlée. Mais il lui fallait compter avec les cardinaux et, si le Sacré-Collège ne ressentait pas les emportements capricieux dune femme, sa haine, pour être doublée d'astuce et de fourberie, n'en était pas moins active, incessante, tenace, impitoyable. Plus cauteleuse, plus tortueuse, elle se montrait aussi féroce, plus obstinée, et ne désarmait pas. Sans doute « le pape est l'homme le moins traître de son pays* », mais ses conseillers, ses serviteurs abusaient de son nom pour entretenir dans la populace romaine cette horreur des Français et de la Révolution qui était pour eux un article de foi. Comme ils dominaient, en l'asservissant ou en la flattant tour à tour, la classe la plus ignorante, la plus fanatique, la plus vindicative de Rome, ils la précipitaient sans mesure dans la voie des extrêmes violences, ainsi qu'on le

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