Albert Sorel, t. IV, p
« aimait les suppliros », se plaisait à surexciter populace et clergé. La juute d'État s'était montrée cruelle, implacable, envers le prince Castelcicala, Vanini et le procureur Guidoljalto, coupables d'irrévérence envers ce roi grotesque et cette reine éhontée *. La fureur royale étendait ses vengeances jusqu'en Sicile, que la présence du vice-roi François d'Aquin et le gouvernement du prince de Caramanica, homme libéral, réformateur sage, avaient longtemps préservée. Mais la mort de ce prince, au début de 1793, replaça directement la Sicile sous le joug de la reine Caroline, joug que le nouveau président et capitaine général de l'île, l'archevêque Filippo Lopez y Rayo, ne savait qu'aggraver. Un jeune avocat lettré et patriote, Francesco Paolo di Blasi, fut comme chef d'une conspiration jacobine, décapité à l'alerme, avec trois autres conjurés, le 20 mai ITOo "-.
Heureusement pour la France, toute cette rage homicide s'exhalait, en ce qui la concerne, plutôt en paroles et en écrits, surtout en vaines hravades. et l'intervention de l'armée de Naples contre elle avait été jusqu'alors peu effective. Ferdinand, meilleur cuisinier que monarque, ne vit jamais en fait de batteries que le fou de celle de sa cuisine *.
L'armée napolitaine n'était cependant pas ci dédaigner avec ses 00,000 h., dont la cavalerie tout au moins était excellente. Elle eût pesé d'un certain i)oids dans les combats, mais elle n'avait encore paru sur les champs de hataille que sous forme de détachements peu nombreux. La cour, si enragée qu'elle fût, avait longtemps tergiversé avant d'exposer ses soldats loin de Naples, puis elle s'était heurtée au refus, poli mais ferme, de la Toscane de laisser passer ses troupes, ce qui obligea celles-ci à exécuter un détour pour rejoindre l'armée de Beaulicu, où elles ne parvinrent que par fragments. La reine passait d'ailleurs, sans transition, du délire de la fureur à une sorte d'abattement maladif, avec une versatilité toute féminine; tantôt elle proférait les plus terrifiantes menaces, ou se moquait de ce « petit Bonaparte »; tantôt, aspirant à la paix, on la vit, dès le 2o novembre 1794, soupirer même après une alliance avec les afl'reux meurtriers de sa sœur; chargeant Micheroux, ministre de Naples à Venise, de tàter le ministre français, Lallement, sur les intentions de ceux qu'elle appelait, dans ses accès, les « scélérats » du Comité de Salut Public *.
i. Albert SoicI, t. IV, p. 28.
2. Une plaque commémor.itive a Cté plnc(^c, en 1S96, par la municipalité de Palerme, sur la maison du patriote Blasi, à qui Frnucesro Guardino a consacré une iutéressante notice dans la Rivista storica del Risorgimento italiano.