‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 199 sur 622 · G"i Piuelli, p · texte numérisé non relu

G"i Piuelli, p

du matin, lancé quelques boulets sur Mêle, Cervoni craignit pour SCS flancs. Ayant d'ailleurs rempli le but qui lui était assigné ', il quitta la route très exposée qui bordait de trop près la mer et recula jusqu'à Savone en suivant probablement les bauteurs du Mont des Fourches et de Stella, d'où il redescendit à la fois par Albissola sur Savone et par EUera sur la Madonna. Il arriva à Savone en fort bon ordre, ce même jour, H avril, vers 4 heures de l'après-midi, sous la protection des 1,300 li. de la 31" demi-brigade * que Bonaparte avait envoyés pour le i-ecueillir, sur les bauteurs de Stella et de Varazze, derrière le torrent deTeiro. La 73" entra à 5 heures dans Savone, où Bonaparte la passa en revue et la complimenta ; elle bivouaqua jusqu'à minuit dans les rues de la ville ^. Le bruit du combat de Monte-Legino s'était tu, et tout se préparait en vue de le rallumer le lendemain.

Beaulieu, on le voit, aurait pu sans grande peine, avec un peu d'agilité et de vigueur, couper Cervoni de ses communications ou inquiéter fortement sa retraite pendant la nuit. Il l'aurait pu, surtout à l'aide de sa belle et nombreuse cavalerie, en la lançant sur le bord de la mer, par Crevari et Arenzano. Mais le « flegme germanique* » de Beaulieu s'accommodait mal de tant de rapidité et bien qu'il n'eût pas été dupe des feux de bivouac laissés allumés et qu'il se fût aperçu de la retraite de Cervoni, il né bougea pas de toute la nuit et attendit la matinée du H pour entrer dans "Vollri, où l'attendait Nelson.

Tandis que Beaulieu s'attardait dans Voltri à une longue et vaine entrevue avec l'amiral anglais, remettant au lendemain la poursuite des Français, son aile droite, obéissant à ses ordres d'attaque, rencontrait de la part de ces mêmes Français, sur les pentes de Monte-Legino, une résistance inébranlable.

1. Marmont (t. !•' p. 156), lui aurait porté dès la Teille, l'ordre de retraite éventuel sur Savone.

2. UéPit du conr" Mariinel (Arch G.). Le 2« bataillon delà ol« (Historique de la 51», Arcii. G.), carie 3- bataillon était resté à Savone. Le g"' Pinclli qui (p. 611), avait porté ce renfort à 800 11., élève brusinieinent ce nombre (p. 617), à 1,;;00 h., le même cliillre que donne Martiiiel. D'après l'adj' fi;»i Landrieux (t. !•' p. 40), Cervoni aurait tout perdu, sauf 7 à 800 h. qui se sauvèrent dans les rochers. Quant à la cavalerie, elle se serait retirée par la route de la Corniche, chaque cavalier ojjligé de tenir sou cheval par le bout des rênes, marchant à la queue i'un de l'autre, sur un terrain tantôt raboteux, tantôt lilissant.

3. Historique de la 75° (.Vrch. G.). Bonaparte était arrivé à Savone, l'avant-vcille, le 9 avril.

4. G»' Pinclli, p. 617. Il serait plus juste de dire le flegme flamand, puisque Beaulieu était Dcise.

Sur ce point, en effet, Argenteau avait subi un véritable échec, malgré sa réelle supériorité numérique. Une poignée de Français avait déployé là un héroïsme antique.

Adossée à la fois aux Apennins et à la mer, formant une sorte de place avancée pour Savone, la position de Monte-Legino ' qui est à 2 milles de Monlenotte, et à 5 de Savone, est singulièrement importante. Elle plonge sur les petites vallées du Litimbro et de la Sansobbia qui la baignent à lEst et à l'Ouest. Bien que dominée elle-môme par le mont San-Giorgio, elle commande les cols de Cadibona et d'Altare. ainsi que la route qui, par la Madonna de Savone, fait communiquer enti-e eux les deux versanls de l'Apennin". La crête en est très aiguè, les pentes très raides, très accidentées, très Qéchirées, partant peu accessibles, même aux piétons *.

Aussi Monte-Legino devint, par la force des choses, le centre, le pivot de tous les mouvements des Français.

Trois redoutes en terre couronnaient cette cime. La principale, située le plus au Nord, entourée d'un fossé sur trois de ses cinq faces, élevée de 710 mètres, large de 400 mètres, était construite à la naissance des petits ruisseaux de Pocapaglia, de Rczi et délie Sliggie. Les chemins qui y conduisaient étaient si étroits et si raides que 4 hommes ne pouvaient, en certains endroits, y passer de front. En arrière, à 200 mètres plus au Sud, était une autre redoute carrée, à une hauteur de G84 mètres, qui pouvait renfei-mer GO h. ; et, plus à l'Est, une sorte de retranchement où 10 ou 12 h. au plus pouvaient tenir " .

1. Nous continuons ;i écrive ÎIonte-Legino, nom que l'usage a pour ainsi dire consacré, mais il convient ilc remartjucr i[ue sur l'excellente carte de l'état-inajor des Ktats sardes (feuille Ti), cette montagne est d(Miommée Moute-Neaino (|ui doit être le véritaliie nom, étymologiqucmeut ])arlant. Dans les pièces de l'époque, elle est appelée des façons les plus diverses, inditlércmment Montclesimo, Montenesino, Montesimo, Montegino, Montemillesimo. Rampon lui môme écrit Montelezino.

2. La cime du Monte-Legino a 72(1 m.; le mont San-Giorgio, 833 m.; le col de La Bocclietta d'Altare, 420 m.; le col de Cailihona, 460 m. ; on a peut-être confondu le nom de Monte-Negino avec celui du village de Legino, entre Vado et Savone, eu les fondant ensemble. D'après Litta-Biumi (p. 15 et 17), le col de Cadibona serait à 400 m.

3. Jlémoire topograpliique et bistorique : partie militaire relative aux cbamps de bataille de Moiitelegino et de Montenotte, par le chef d'escadron Martinet, avec croquis de Scliouany (Arcli. G., carton 99 bis).

4. Mémoire du com'" MartincI (Arcli G.). De son côté, le g"' Pinelli écrit (p. 618 et 619) : Il Sur cette montagne on avaitélevé diverses redoutes ; la principale, devenue célèbre par la forfanterie (millanteria) française, sous le nom de redoute de Montenotte (?) avait été construite par les Autrichiens, l'année précédente, et renforcée par les Français. Elle avait la forme d'un pentagone et 400 m. de circuit: elle était ceinte

D'autres ouvrages ou plutôt des retranchements avaient été élevés près de Cadibona et d'Altare, commandant la grande route de Savone : sur le Conseivola, petit affluent de la Bormida di Spigno, au nord du Mont-Alto ; près de la Madonna délie Neve; auprès de l'auberge de Melogno, et, plus au Nord, près du col de Settepani, ainsi que près de Bardinetto, sur le Monte-Calvo et le Monte-Barbena. En outre, un camp retranché pour huit ou dix bataillons avait été tracé sur le Mont-Allo,près de San Giacomo'.

Mais c'est autour de la redoute centrale de Monte-Legino que se déroula l'action la plus vive durant la journée du 11 avril.

La position était défendue par la IT^ demi-brigade d'infanterie légère *, que commandait un vieil et brave officier d'origine suisse, Fornésy', qui fit son devoir simplement et modestement, n'imaginant pas, dans sa candeur de vieux soldat, qu'il y eût lieu d'exalter si haut ce qu'il considérait comme tout naturel, et ne sachant ni se faire valoir, ni tirer profit de ses exploits.

Aussi le mérite de la défense de Monte-Legino, qui lui appartient

d'un fossé et avait sur le front, de trois côtés, une double rangée de trous de loup. Plus haut se trouvaient deux autres redoutes plus petites, couvertes et reliées à l;t principale par deux flèches construites sur le dos de la montagne. Vers le Midi, à !20n m. de la grande, était une petite redoute de forme carrée, capable de contenir 60 h. et destinée à couvrir de ce côté la principale. Elle était toutefois ouverte à la gorge et accessible par le Sud, quoique protégée par la grande qui la dominait. » Le c' Rustow (p. 40"), trace cette description : « Les ouvrages sur le Monte-Legino qui eurent une grande importance au cours de la campagne, comprenaient une redoute centrale à cinq cotés, avec des fossés, entourée de trois cotés par des trous de loup et de iiOO pas de périmètre ; deux redoutes plus petites devant celle-ci, soutenues en haut par deux (lèches et une redoute plus petite pour 60 h. à 300 pas environ au sud de la redoute principale. »

Nous avons tenu à placer sous les yeux du lecteur, les trois descriptions qui varient peu sur les points essentiels, mais où il existe néanmoins des discordances. IN'ous avons adopté de préférence la version de Martinel qui avait relevé les détails du terrain et les traditions locales, neuf ans après les événements, alors que les tiaces étaient encore nettement visibles elles souvenirs des habitants précis. Aujourd'hui il ne reste plus rien, ni retiancliements, ni vieilles armes. Le monument que Bonaparte eut l'intention de faire élever ne fut jamais érigé, ni môme ébauché.

Page 1