Lilla-Biumi, j). o
5 Même de nos jours et par des adversaires. Un article, signé Monlano, écrit d'ailleurs dans un esjirit gallophobe, paru dans la Gazzefta del Popolo délia doDienica, 19 avril 1S9G, à Tuiin, qualifie cet engagement de bataille n gigantesca». Il est vrai que le récit de M. Montano s'applique plutôt à Monte-Legino, qui du reste ne fut pas une action plus « gigantesque » que Montenotte par ses péripéties.
6. Récit de la campagne d'Italie, par le p. Piuma (jj. 15), qui ajoute : Pour accréditer cette fable, on a altéré le fait dans sa substance et dans ses circonstances. On a créé des faits qui n'existaient pas et on a suppléé à la vérité par la hardiesse et la charlatanerie ; on a feint une bataille générale là où il n'y eut qu'une action partielle ; on a sujiposé une très grande résistance là où il y en a eu une très faible. ... on a nommé trois généraux autiichiens (Béaulieu, Rul<avina, Argentcau), alors qu'il n'y avait que d'Argenteau qui « prit la fuite », etc., etc.
par Bonaparte ' , témoigne de l'importance toute relative de l'engagement. Les résultats stratégiques de la journée de Montenotte sont d'ailleurs beaucoup plus importants que ses développements tactiques. L'armée française avait en eflet pénétré comme un coin, entre les coalisés, en même temps qu'elle couronnait et franchissait les hautes cimes de l'Apennin. Désormais, ses adversaires étaient désunis, et elle allait pouvoir descendre dans les fertiles plaines du Piémont, à travers les inextricables vallons de l'autre versant, où de nouveaux engagements et de nouvelles victoires l'attendaient. Aussi ce n'est pas sans raison que Bonaparte a pu dire que sa noblesse datait de Montenotte. Ce jour-là, il avait; bien réellement tracé le prologue de son éblouissante carrière.
Le jour appiochait, où pour consommer la séparation définitive des armées de CoUi et de Beaulieu, on allait réduire du même coup, dans la vallée de la Bormida occidentale, et dans celle du Tanaro, la vaillante armée sarde abandonnée à ses propres forces par son énigmatique allié.
A rhcure môme où se livrait ce décisif combat, vers 2 heures de l'après-midi, un vieillard, contusioimé, souillé de boue, assis sur le bord d'un chemin près de Rivarola, tandis qu'on réparait la roue brisée de son carrosse, s'impatientait de la lenteur des ouvriers et s'épandait en lamentations : « Je suis déshonoré, s'écriait-il, je ne me suis pas trouvé au milieu de mon armée quand elle combattait '-. »
C'était l'infortuné Beaulieu qui, arrivé trop tard à Voltri pour y saisir l'avant-garde française, y avait appris, par le bruit de la canonnade la vérité qu'il commençait à soupçonner en raison de la faible résistance de la droite française, à savoir que l'efforl; principal se portait sur son propre centre et que son lieutenant Argenteau était attaqué, déi)ordé, par des forces supérieures.
Beaulieu comprit qu'il s'était laissé jouer' par ce jeune adversaire, ce « giovinastro » qu'il méprisait naguère. Faisant aussitôt
1. Bonaparte à Masséna, « Beaulieu était en personne à l'attaque de la redoute de Monte-Lcgino : il comptait entièrement nous enlever Savone », 12 avril 1796; — Onlie du jour du 12 avril : <■ Aujourd'hui, 23 germinal, la division du g-' Masséna et eclle du g"' La Harpe ont attaqué les Autrichiens <\ui étaient au nombre de 13,000 h. commandés pai- le r/'i Beaulieu en personne, occupant l'importante position de Montenotte. » Bonapaile au Directoire, de Carcare, 14 avril 1790. «Beaulieu en personne, etc. » (Ardi. G.).
2. « Bollelino tli Genova », classé au la avril 1796 (Arch. G.).
3. « Il vcccliionc dato avca nella pania » ; g»' Pinelli, p. 618 et 621.
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rélrograder ses forces, il repliait Pittony par la vallée de l'Orba sur Ovada et dépêchait Sebollendorft" pour tâcher de réunir les débris de l'armée auprès de Bistagno, de Terzo et d'Acqui'.
En même temps, il prescrivait au colonel Wukassovich, qu'il savait jeté vers Voltri, par Argcnteau, pour se relier avec lui, de se diriger avec les trois bataillons de son détachement, par le Monte-Pagliolo * où se trouvaient trois autres bataillons, vers Sassello, afin d'y renforcer Argenteau qui, de son côté, recevait l'ordre de conserver à tout prix la position de Dego ^.
Bcaulieu quittait alors à son tour Voltri pour regagner la Bocchetta etde là Acqui avec ses aides de camp, le comte Radctzky et le major Malcamp *, lorsque la roue de sa voiture se brisa au tournant de Rivarola, et il tomba à terre ; accident qui l'empêcha ainsi d'arriver à temps, aussi bien devant Dego qu'à Montenotte et à Montc-Legino. Il ne put enfin poursuivre sa route que grâce à la voilure que lui envoya le comte Girola, ambassadeur d'Autriche à Gênes. Peu s'en fallut même qu'il ne tombât aux mains des Français ».
La capricieuse fortune abandonnait ainsi ce vieillard même dans ses actions les plus secondaires, lui qu'elle avait favorisé jusqu'alors, même aux champs de Flcurus. Elle semblait au contraii-e réserver toutes ses faveurs pour ce jeune émule, inconnu la veille, qui venait de surgir à l'horizon et dont Beaulieu faisait si peu de cas moins d'une semaine auparavant. En trois jours, l'inconstante déesse avait changé de camp et s'attachait désormais à cette armée d'Italie, si sevrée de gloire jusqu'alors et que le jeune génie de Bonaparte allait conduire si loin, à travers tant de prestigieuses victoires.