‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 28 sur 622 · Barras, t. II, p · texte numérisé non relu

Barras, t. II, p

En face de cette armée ardente, aux dents longues, prôte à la curée, surexcitée par la famine, "vouée aux plus puissants etTorts, foyer électrique qu'il suffisait d'une étincelle pour enflammer, l'adversaire opposait deux armées, alliées, il est vrai, par les traités, mais divisées, presque hostiles l'une à l'aulj-e, par les sentiments intimes, par les différences de tempéraments et d'allures, et surtout par les intérêts. A côté de l'armée sardo-piémontaisc, rol)uste, alerte, bien que conduite avec mollesse, lassée de combats inutiles et souhaitant le repos, le corps autrichien, discipliné, régulier mais pesant, compassé, était guidé dans la routine tactique par des chefs sans entrain et envisageant d'un tout autre œil que l'armée sarde le but à atteindre. Ce corps eût apporté cependant un appui efficace à l'armée du roi de Sardaigne, si une entente absolue avait pu s'établir entre les deux groupes militaires appelés à agir de concert, et si une foule de sentiments, dinslincts, d'habitudes, de besoins ne les eussent pas éloignés l'un de l'autre. Les chefs respectifs, rapprochés par des antipathies communes plutôt que par des sympathies réciproques, animés chacun de préoccupations différentes, ne pouvaient guère rétablir, entre leurs troupes, l'harmonie de conception etd'action, la communauté de vues qui leur faisaient défaut à eux-mêmes. Les yeux constamment tournés et immuablement fixés, l'un sur Turin, l'autre sur Milan, celui-ci restait docile aux moindres ordres partis de Vienne, celui-là obsédé par Turin, alors que toutes leurs pensées eussent dû converger sur un point unique. Il importait de se concentrer d'abord pour la défense des Alpes et de l'Apennin, puisqu'il était prématuré de songer à préserver les plaints de la Lombardie, et plus naturel de penser au Piémont si directementmenacé. Cette nécessité n'apparaissait cependant pas aux deux généraux en chef. Ils ne pouvaient, dès lors, quelles que fussent leurs vues et leurs relations personnelles, créer entre eux cette entière communion d'idées et d'actes indispensable au succès. On avait cru remédier à cette dualité, à cette discorde, pour ainsi dire inéluctable, qui ne s'était que trop souvent accusée, en confiant la direction des deux armées à des chefs qu'unissaient de longue date des relations amicales', ColH et

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