Bonaparte à Cnrnot, 28 mars 1796 (Arcli. G
4. Cap"' 1. G. : Journal des Sciences militaires, livraison d'avril 1897, p. 73.
l'armée 20
que trop vrai! mais qui oserait le reprocher, après un si long jeûne, à ces ôtres frustes que venait de surexciter la flamboyante allocution de leur général? Que plus tard, môme assez tôt après, Bonaparte ait senti germer dans sa pensée autre chose qu'un plan purement militaire et que, grisé par ses victoires, il ait entrevu, comme couronnement, de bien autres récompenses que celles olTertes par la République, et que son ambition, disons même son avidité, ait grandi démesurément avec le succès, cela est également certain! Mais à ce printemps de 4796 où il arrivait chétif, obscur, commander à un ramas de faméliques indisciplinés, ni le chef, ni les soldats n'entrevoyaient d'autre but que la victoire, d'autre stimulant que la gloire de la République '. « L'armée était devenue toute la patrie à l'époque héroïque de la Convention, elle était désormais toute la République. Le patriotisme, l'enthousiasme, la nécessité y avaient poussé toute l'élite de la jeunesse. Tout le génie de la France s'était tourne vers la guerre...» Aussi cette armée était-elle « profondément nationale, et chacun de ceux qui y combattaient, identifiait sa cause personnelle et ses ambitions de carrière avec l'indépendance de la République et raiïermissement de la Révolution. Nulle part on n'était à la fois et d'un instinct plus déterminé, moins jacobin et moins royaliste... *» On vivait alors « dans une atmosphère lumineuse * ». « L'âme de la République est désormais dans les armées... ». « Le volontaire de 1792 est devenu militaire de profession; mais il conserve en la tournant à la gloire, l'ardeur des premiers jours... » « L'armée sent la Révolution s'incarner et survivre en elle...*»«On voudrait vainement contester la capacité supérieure de celui qui la dirige... » « Les campagnes de ces soldats ont pour principal mobile la puissance de la Révolution et l'ardeur de la liberté. Que si ces nobles sentiments ne sont point dans le cœur de Bonaparte, ils sont au moins dans sa bouche, et la masse sincère qui les accepte est transportée d'enthousiasme. » Il a désormais cette puissance que la Révolution a mis « sous sa main : tous les vaillants soldats qui viennent d'être créés depuis quatre ans sur les champs de bataille * ».
1. Barras, le premier, a mis en circulation ces accusations contre Bonaparte et l'armée d'Italie. Lui, fut « un brigand >> ; l'armée, « des vautours affamés »; les autres armées de la Képul)li(|ue aussi étaient pauvres; les autres géuéraui n'ont pas agi de môme (Barras, t. UI, p. 96).