‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 305 sur 622 · Bonaparte à La Harpe, 16 aviil 1796 (Arcli. G · texte numérisé non relu

Bonaparte à La Harpe, 16 aviil 1796 (Arcli. G

nom, doublant ainsila brigade Guieii, et contenant par ce déploiement de forces dans la plaine entre la Cursaglia et le Tanaro, jusque vers Lesegno, les réserves de Colli. La brigade Fiorella s'est étendue vers Priero où elle a donné la main à Rusca, qui de son côté, inclinant vers Sale, seconde les mouvements d'Augereau'.

Celui-ci, dés les premières heures de la matinée du 16 avril, s'est mis en marche en avant des hauteurs de Montezemolo. Parvenus sur ces sommets abrupts, après avoir longuement serpenté par des sentiers étroits et grimpants, les soldats d'Augorcau, à 2,030 pieds au-dessus de la mer, virent en face d'eux so dérouler l'imposant rideau des Alpes couvertes de neige ; autour d'eux les cimes chauves, les flancs déchirés de l'Apennin ; tout à la base, les premiers plans des fertiles plaines du Piémont avec le rul)an ai'genté de leurs innombrables et sinueuses rivières*. Transportée d'enthousiasme, la division d'Augereau battit des mains à un tel spectacle. Par cette claire matinée d'avril, aux rayons de l'aube vermeille qui teintait en rose les masses neigeuses de l'iiorizon, Bonaparte lui-même sentit fondre sa froide impassibilité. Il s'émut devant ce tableau grandiose, puis ramenant sa pensée des splendeurs de la nature déployées sous ses regards aux résultats déjà réalisés par ses combinaisons, il s'écria, résumant, d'une façon saisissante, le plan de sa campagne : « Annibal avait franchi les Alpes ; nous les avons tournées ^ ! »

1. C Krcl)S, p. 407. Ne pas confondre ce Sale delle Langlie ou Langue avec Sale, près d'Alexandrie.

2. « Une ceinture blanche de neige et de glace, d'une prodigieuse élévation, cciiiail à l'horizon ce riclie bassin de la terre promise. .. Ces gigantesques barrières qui paraissaient les limites d'un autre monde, que la nature s'était plue à rendre si formidables, venaient de tomber comme par enchantement. » (Napoléon: Campagnes d'Ilulie.)

'i. Il nous a paru qu'il y avait là chez Napoléon, dans ses récits dictés à Sainte- Héh'ne. une superbe amplilication de rhétorique, pieusement reproduite par Tliiers et la plupart des historiens, mais sans apparence de réalité. On peut même se demander s'il a quitté ce jour-là le quartier général de Carcaie d'où sont datés tous ses ordres. Cei)ondiint, il est difficile de suspecter à ce point la bonne foi de Bonaparte, alors surtout qu'il n'avait pas d'intérêt à dramatiser son récit. Il a pu, d'autre part, en un temps de galop, accourir à Montezemolo, puis redescendre à Carcare, où, en son absence, Bertliier a pu transmettre l'ordre au g"' Dujard et autres qui laisseraient croiie à sa présence continue au quartier général. Sa lettre au Directeur Carnot, citée plus loin, semble bien indiquer qu'il a poussé jusqu'à Montezemolo et même jusqu'en vue île Ceva, à moins d'admettre qu'il ait menti en écrivant à Carnot, et menti prcsi|ue inutilement, pour bien peu de chose en tous cas. Enfin, il parait avéré que lis troupes d'Augereau défiléi'ent devant lui. Quoiqu'il en soit, du jour ou il passa à Montezemolo, que ce fût en même temps qu'Augcreau, ou seulement le lendemain nu même plusieurs jours après, il est certain qu'il y passa, et que le spectacle fut le même pour lui que pour les soldats qui l'y avaient précédé.

CEVA ET S\NMICnCLE '333

Une fois un coup d'œil donné à la magnificence de ce pitloresque spectacle, Bonaparte, peu enclin aux rêveries poétiques, et ne se complaisant qu'aux réalités positives, prescrit incontinent à la division xVugereau de poursuivre le mouvement. Par ses ordres, le général Dujard, commatidant en chef l'artillerie, escalade Montezemolo, s'y concerte avec Augereau pour aller reconnaître la position du camp retranché de Geva et vient en rendre compte au général en chef. Peut-être même celui-ci exécute-t-il en personne cette reconnaissance-. Quoiqu'il en soit, la division Augereau, formée en deux colonnes, continue sa marche sur Ceva. Les généraux Jouhert et Beyrand les dirigent*. Elles défilent devant Bonaparte*. Jouherl: à droite marche avec la llMégère (alors 3«) et l'ancienne ol«, soit moins de 2,000 h. ; Beyrand conduit la 4« demi-brigade (alors 39") et le 3« bataillon de la So» (alors 84"), environ 2,000 h.; c'est, au total, à peu près 5,000 h. qui vont affronter les multiples défenses de Ceva^ Joubert s'avance droit sur la Pedaggiera en suivant par Gazzola les crêtes des hauteurs qu'on appelle les Langhe. Beyrand à gauche prend pour objectif Paroldo. Arrivé à ce village, il y laisse un bataillon en réserve, scinde sa colonne en deux groupes et s'efforce par eux de prendre en flanc les redoutes de la Pedaggiera et de Govone. La brigade Rusca, parvenue aussi à Paroldo, traverse la Bovina et

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