‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 362 sur 622 · Berthier à Sérurier, 26 avril (Arch. G · texte numérisé non relu

Berthier à Sérurier, 26 avril (Arch. G

8. De nombreux transports, porteurs notamment de 150 millions de poudres, ■^0 pontons, l'artillerie de siège, etc., doivent mettre à la voile sous l'escorte d'une flottille de 18 bâtiments commandés j)ar le lieutenant de vaisseau Bourde, « officier de distinction » ; on en envoie 6 autres, de Toulon ; Truguet, Ministre Marine àPetiet, Ministre Guerre, 12 avril 1796 (Arch. G.). Mais le g»' Gauthier qui commande à Nice, ne cesse de signaler à Berthier, les empêchements qui retiennent le convoi ; le 10 avril, 3 bâtiments partis de Nice, le 2, avec vin et eau-de-vie, sont retenus à Villefranche par le vent; le 12 avril, on a dû relAcher à Monaco; le 17, le chef de bataillon d'artillerie de Coursy signale le danger qu'il y a d'envoyer en

uns, et le 22 avril entre autres, il survient fort a propcs un convoi de vingt et une voitures apportant 30,000 rations de pain ou de galette'. Ce n'est pas faute d'efforts de tous genres; on y emploie même les prisonniers de guerre-.

L'ordonnateur en chef Lambert est sommé de presser l'envoi de rations de biscuit, à défaut de pain. « Les opérations de larmée exigent impérieusement que cette mesure n'éprouve aucun retard '. »

Bonaparte présume d'ailleurs que les châtiments seront plus efficaces que ses appels désespérés, ou que l'abondance môme des subsistances. Il a dit : « Soyons inexorables. » Il a promis, il s'est promis de faire des «exemples terribles »; il en fait. Le caporal Urgcl, de la 32% est fusillé, pour avoir volé des effets chez des paysans* ; le soldat Lefort, de la 51«, fusillé, pour avoir enfoncé une chapelle et pillé les vases sacrés ^; le caporal RigoUe, de la 20° légère, fusillé, pour avoir « volé avec violance » {sic) un habitant '^ ; le sapeur Latouche, du 5" bataillon de sapeurs du génie, fusillé, comme « convaincu d'avoir voulu attenter à la vie d'un habitant delà campagne pour le piller et maroder {sic) ». Ce dernier avant de mourir, proclame ses torts et dans une lettre à ses « frères d'armes », les adjure de ne pas imiter son déplorable exemple '.

masse les 20 bâtiments chargés de l'équipage de siège et propose de les envoyer par 5 groupes ou divisions do 4 bâtiments, chacun sous l'escorte d'une chaloupe canonnière; le 23, le convoi, retenu depuis le o avril à Villel'ranche, n'est toujours ])as parti ; is voiles anglaises croisaient hier au large à hauteur du cap Noii ; une frégate a chassé, devant Saint-Tropez, la tartane « Les Tiois amis >/ et tiré deux bordées sans résultat ; le 24, ou a vu la flotte anglaise, 13 voiles, cinglant veis l'Ouest ; le 20 avril, l'escadre anglaise est dans le golfe de Fréjus ; le 27, les vents sont toujours contraires, les Anglais toujours devant liordigheia ; le 30, on débarque l'artillerie de siège à Antibes, et ou la fait passer par la route déterre à l'Escaréne ; le convoi, parti deimis deux jours de Villefranclie, est arrêté parles vents contraires ; le 1»' mai, Gauthier propose d'envoyer plutôt l'artillerie légère par la route « sui)crbe » de Voltri (Arch. G.).

1 . L'adjoint à l'état-major Baurot à l'adjudant général Vignolle, 22 avril (Arch. G.).

2. Il 3,608 prisonniers autrichiens ou piémontais sont arrivés à Nice, je prends les plus l'olnistes jiour faire porter des sacs de blés à l'Escaréne ; je n'ai pas d'autres moyens » (g"' G.iuthier à Bertliier, 20 avril, Arch. G.).

3. Envoyer 4,000 rations de biscuit à Masséna ; le pain lui est dû; le distribuer le 24 aviil pour jusqu'au 2S ^0rdre à Laml)ert, 23 avril, Arch. G.).

4. Jugement du conseil militaire de la division Masséna, du 26 avril, contre Urgel, et 6 autres soldats de la ul» et de la 4« légère, qui moins coupables, « qu'on peut ]ii'ésuiner avoir été entraînés par l'exemple du caporal », sont» dégradés à la tète des trouiies du titre honorable de deffenseurs {sic) de la patrie », assistent à l'exécution d'L'rgel et sont envoyés sur les derrières de l'armée pour y raccommoder les chemins jusqu'à la paix (Registre G. 17, Arcli. G.).

'■). Jugement du conseil militaire de la division La Harpe, du 26 avril, contre Jacques Lefort, volontaire ii la '6° compagnie du 2' bataillon de la 99° (SI") (Kegistre, G. Arch. G.).

6. Jugement du conseil militaire de la brigade Rusca, du 30 avril, contre Rigolle, capoial à la 6« légère (29»), le sergent Corblin et le carabinier Secourable de la tnéme 6« légère ; le sergent fut acquitté faute de preuves ; Rigolle et Secourable fusillés (Registre G. Arch. G.).

7. Jugement du conseil militaire de la division La Harpe, du 25 avril, contre Latouche, sapeur de la 4« compagnie du 5» bataillon. — Voici la curieuse lettre de

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Ces exécutions sans pilié, la lelti-c attendrissante du sapeur Latouclie, sont mises à l'ordre de l'armée, afin d'y exercer une influence salutaire. De tels exemples firent sensation, mais il fallut du temps pour qu'une amélioration réelle survînt, et plusieurs semaines après, Bonaparte et ses généraux devaient encore se lamenter sur la frénésie de pillage de leurs troupes'.

Bonaparte crut trop vite, ou feignit de croire, que : « Tout va

bien Dans trois jours, la discipline sera sévèrement établie

et l'Italie étonnée admirera la sagesse de notre armée, autant qu'elle admire son courage*. »

Il savait mieux que personne à quoi s'en tenir sur la persistance du mal, puisqu'il écrivait au général La Harpe : « Je t'embrasse, mon cher général, en te félicitant sur les exemples que lu as faits. Je te préviens qu'on fusille aujourd'hui un caporal et que l'on destitue quatre officiers ^ » Le lendemain, il lui répétait qu'il fallait arrêter les séditieux, nourrir un «respect religieux pour les propriétés « et lui disait qu'il avait bien fait de sévir*. Les soldais de La Harpe avaient une trop bonne excuse; la veille, toute la division avait absolument ^manqué de pain et les habitants, très pauvres eux-mêmes, n'avaient guère pu satisfaire aux réquisitions^. On avait beau dire dans un « ordre du jour » que les peuples du Piémont accourraient au-devant de nous, offrant des subsistances, si le pillage était réprimé et que l'on vivrait

Latmu'lio, aveo son style et son orthoj,'raplie : « Vous voyés, mes caniniarades, à que niallieureux sort je suis nklnil. Prenez exemple à moi, et loi, commandant du détachement, vois dans quelle situation je me trouve : si tu m'eu déll'endu d'aller à la marodc je no serais jias e\])osé à la mort que je vais subir ; mais que mon exemple vous soit favoral)le. Adieu, mes frères ; Latouclie, les larmes aux yeux, no refï;reté en monrrant que de ne pas acourir à la détfense de la patrie, mais il se contente (jue sa m(jit serve d'exemple à ses déll'ensours. »

Cette épitre paraît dictée plus que spontanée, et de nature il IVapper l'esprit des soldats.

C'est à tort que Trolard, 1. 1", p. .307, place l'exécution mélodramatique du sapeur Latouclie à la date de juillet 1796, à Vérone; d'après le p. Piuma. et d'après le ténioii.''nage du volume l'dsf/iie Yeronesi, ossia stor'ia di Veronn dal 1790 al 1S22, d'OsvaIdo Perini, t. \",\*. U)3. 11 y eut sans doute d'autres fusillades à Vérone pour actes (le iiillaae ou d'indiscipline, mais point celle du sapeur Latouclie.

1. Ordre d'aller avec 4 li. à cheval à l'ermitage de Salva Ma^giore où des volontaires ont pillé le couvent; faire ensuite visiter les sacs des soldats des troupes les plus proches, et faire juger les coupables (Berthier à l'adj"' g"' Lanusse, de Cherasco, 26 avril ; Arch. G.).

On en juserà mieux encore par la lettre do Bonaparte du .3 mai ; la lettre de Masséna à lîertliier du 6 mai disculpant Dommartiu de l'accusation de ne pas savoir faire respecter la suboidination et la discipline dans la 2o», et faisant casser 1.5 sous-officiers, en envoyer un aux galères, fusiller 2 soldats, en dégrader 2 autres (Arch. G.) ; voir également la proclamation du 11 juin, etc., etc.

2. Bonaparte au Directoire, 26 avril (Arch. G.). La sévérité de Bonaparte était d'autant plus méritoire, que c'est la première fois qu'on fusillait ainsi dos pillards, et cependant Autrichiens et Espagnols avaient à maintes reprises commis bien d'auties horreurs, sans répression (U. Silvagni, p. 336).

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