Carlo Botta, p. 394 et
i. Le même qui, devenu Ministre des Finances du royaume d'Italie, fut assassiné à Milan en 1814.
S. G'i Pinelli, p. 668 et 669.
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élevées à 300,483,775 francs, l'équivalent de quinze années de revenus de l'État'.
Celte argumentation pratique convainquit les membres du Conseil que la parole élevée du cardinal-archevêque n'avait fait qu'émouvoir. Les deux princes ressentirent de l'une et de l'auti'e la plus vive impression. Il leur sembla surtout que c'était la voix même de Dieu qui s'était fait entendre par la bouche de l'éminent prélat. Leur esprit timoré et crédule y puisa la force de se dégager des scrupules de conscience qui les étrcignaient et, successivement, ils inclinèrent dans le sens de la paix.
Ne durent-ils pas s'avouer aussi qu'une plus longue résistance favoriserait le parti démocratique, dont ils redoutaient pai'-dessus tout l'avènement? Sous le vent de la défaite, les tentatives révolutionnaires, étouffées les années précédentes par de terribles répressions, s'étaient accrues comme un incendie dont la tempête attise, accroît et propage les flammes. A Turin même, tout fermentait. La révolution y pouvait éclater brusquement, d'une heure à l'autre, tant l'esprit républicain qui devait s'affirmer avec tant de hardiesse, cinq jours plus tard à Alba, avait déjà pénétré profondément et gangrené les villes. Le départ de la Cour ou l'arrivée des Français pouvait ètie l'étincelle qui provoquerait l'explosion. Temporiser davantage, attendre de la Providence quelque miracle, c'était risquer de voir une monarchie séculaire emportée par l'ouragan populaire et sombrer dans le même gouffre que l'alliance autrichienne. Renoncer à celle-ci, avec à-propos, c'était sauver du moins le tj-ône de l'universelle débâcle.
La presque unanimité du Conseil entra dans les vues du sage ecclésiastique, et le roi, surtout frappé du revirement de ses fils, jusqu'alors si fanatiques contre la France, si acharnés pour la guerre, sans même consulter les chefs militaires, tels que Colli, seuls à même pourtant d'apprécier les ressources dernières dont ils disposaient, le roi céda.
La conséquence fut qu'on décida, séance tenante, d'inviter Colli à négocier avec Bonaparte la conclusion d'un armistice, et d'envoyer, sous les auspices du marquis d'Ulloa, ambassadeur d'Espagiu', le chevalier Tonso, Ministre des Finances, à Gênes, s'aboucher, en vue de la paix, avec Faipoult. Il fut dans cette mission accompagné, sur la proposition d'Hauteville, du comte Ignace Thaon de Revel, jusqu'à ce jour hostile à la paix, homme de manières distinguées, intelligence méditative, caractère conciliant et ferme, dont la figure maigre, osseuse, au long œz, l'œil mélan-
1, Carlo Tivaioni, 1. 1", p. 27.
colique el doux, imposait le respect. Le cardinal Costa, « piqué de son opposition » à la paix, observa qu'il vaudrait mieux choisir quelqu'un qui fût plus convaincu de l'utilité de sa mission. On n'en trouva pas, et sur l'insistance du duc d'Aoste qui remarqua que Thaon de Revel était trop « fidèle sujet » pour ne pas obéir de son mieux, celui-ci fut définitivement désigné'.
Le 22 avril, Tonso et Revel partirent de Turin avec d'Ulloa pour se rendre à Gènes. En même temps, le général de La Tour elle colonel Costa se rendirent au quartier-général de Colli afin de l'initier à ce qui s'était passé et lui porter l'autorisation royale^.
Il est vraisemblable que cette décision répondait aux vues secrètes de Colli. Il comprit d'ailleurs que ce serait gagner du temps, un temps précieux, quel que dût être le résultat de ces propositions, que de suspendi'e la marche des Français par des pourparlers. Il écrivit donc à Bonaparte que le roi de Sardaigne ayant envoyé à Gênes des plénipotentiaires, sous la médiation de la Cour d'Espagne, pour y traiter de la paix, il lui proposait de consentir, à son choix, à un armistice « soit illimité, soil pour un terme fixe ')... «dans la vue d'épargner l'en'usion du sang humain'>5. J^e capitaine de dragons d'Albrione, à Mondovi, porta la lettre, mais « on lui ferma la poi'te au nez et on se borna à lui envoyer un reçu de ses dépêches* ».
Bonaparte reçut, le 23 avril au matin, à Lesegno, les offres de Colli. Il en dut ressentir une vive joie. C'était l'éclatante confirmation de l'excellence de son plan, le signe évident d'une lassitude qui allait lui livrer tout ensemble l'armée et la monarchie sardes. Pour tout dire, Colli ne semblait pas faire d'ouvertures directes^. Il prenait texte simplement de l'envoi des plénipotentiaires à Gênes pour proposer à Bonaparte de suspendre de part et d'autre