‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 399 sur 622 · Henri Marmonier, p · texte numérisé non relu

Henri Marmonier, p

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« c'était une trahison depuis longtemps calculée' ». Thugut, plus poli, mais ironique et sec, se borna à sonliailer à la Sardaigne de se bien trouver d'un pareil acte. L'Empereur François, moins réservé que son ministre, même un mois plus tard, alors que sa colère avait eu le temps de s'apaiser, déclarait publiquement à un député de Mantoue : « J'ai été trahi par Victor-Amédée^. »

En Russie, le ressentiment ne fut pas moindre, et le comte Ostermann, Ministre des Affaires étrangères, s'épancha devant l'envoyé de Sardaigne en propos inconvenants pour la majesté royale et en accusations injurieuses pour le roi^. L'Angleterre, qui, par suite de ses refus de subsides, supportait une large part des l'csponsabilités encourues, qui avait, par sa conduite, fortement contribué à l'abandon par les alliés du royaume de Sardaigne, n'en fulmina pas moins violemment contre le manque de foi du vieux souverain qu'elle avait dupé.

Pour peu qu'on les en eût priés, les fidèles alliés de Victor- Amédée auraient dessiné de bon cœur la cmelle caricature qui courut alors sur le vieux roi : « Saliçeti joue la clarinette et fait danser la carmagnole à Beaulieu. Les princes d'Italie, assis en rond, regardent le speclacle; Bonaparte, le chapeau à la main et le pistolet de l'autre, fait la ronde pour recueillir le prix de la représentation. Le roi de Sardaigne, en chemise, tient la chandelle et éclaire la scène*. »

Il semble néanmoins certain que, même au cas peu probable où Beaulieu, flagellé par les défaites réitérées de l'armée sarde, serait enfin accouru à son secours, il ne fallait plus pour celle-ci, pour la monarchie, compter sur la victoh'e. Il y avait assurément de beaux combats à livrer où l'on aurait pu balancer le sort des armes et ajouter un nouveau lustre aux armées piémontaises. On aurait pu, à la rigueur, infliger à l'imprudent général Bonaparte, aventuré, sans foi'ces suffisantes, sans paix de siège, des échecs partiels qui auraient consolé l'amour-propre des vaincus. Mais finalement celui-ci l'aurait emporté sur des alliés désunis qu'aucune pensée commune, aucun instinct commun, ne guidaient; parce qu'entre ces deux pays, l'Italie et l'Autriche, il faut le reconnaître et le proclamer bien haut, il n'y a jamais eu, il ne peut jamais y avoir d'alliance sincère. Quelles que soient les circonstances, les combinaisons politiques et la communauté momentanée d'intérêts qui pourraient rapprocher les deux pays

\. Hcnii Marmonier, p. 41.

2. Le 24 mai, daus une audience iiuljlique ; Henri Marmonier, p. 41.

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