Berthier à Clarke, 27 avril (Arch. G
CIIERASCO 4SI
Franconi' ». C'est la voix grasseyante du beau colonel Miirat envoyé lui aussi à Paris*, avec d'autres trophées, d'autres bulletins victorieux et le texte de la convention de Cherasco. On peut s'en rapporter à sa faconde; dans sa bouche le dithyrambe déborde, s'enfle, se répand en ondes sonores, rebondit, rythmé par cet accent du terroir cadurcien qui le met encore plus en valeur.
Malgré tous ces preneurs bien en cour, fortement stylés, que leur intérêt, au moins autant que la reconnaissance, dispose à « chauffer » les moindres actes du général, celui-ci se sent suspecté, jalousé, critiqué. Il est, il reste inquiet.
La perplexité de Bonaparte se reflète dans chacune de ses dépêches, tant il a conscience qu'il a transgressé effrontément ses instructions. Il accumule explications et plaidoyers. Il feint d'abord d'être assuré de l'approbation du Directoire : « Je ne puis pas mettre en doute que vous n'approuviez ma conduite, puisque c'est une aile d'une armée qui accorde une suspension d'armes pour me donner le temps de battre l'autre; c'est un roi qui se met absolument à ma discrétion*. » L'explication était habile autant que plaisante et de plus rigoristes que les Directeurs s'en seraient contentés. Comme il craint pourtant qu'elle ne suffise point, il évoque avec art un réveil possible des hostilités : « Si le roi de Sardaigne se doutait, avant que je ne le sache, que vous ne voulussiez pas faire la paix, il me jouerait un mauvais tour*. » Il plaide les circonstances atténuantes : « La conduite des généraux est plus délicate après les batailles qu'avant... » ...« n'ayant pu prendre qu'un parti, ils se trouvent avoir pour critiques tous ceux qui en ont embrassé d'autres. Quant à moi, je me suis attaché à suivre l'esprit des instructions du gouvernement, et si, par la rapidité des événements, la force des circonstances et l'éloignement où je me trouve, j'ai pris quelque chose sur moi, ce n'a été qu'avec la plus grande répugnance, mais avec l'entière persuasion que c'était là ce que vous vouliez que l'on fît. » Il fait appel de nouveau à la complicité de Saliceti, dont il éprouve soudain le besoin de faire l'éloge % et s'il revendique tout l'honneur