Bonaparte à Faipoult, 1" mai (Arch. G
4. Bonaparte à Faipoult ; autre lettre du 1"' mai (Arch. G.).
0. Ordre ti l'intendant de la province d'Acqui de faire verser 4,000 quintaux de farine, dont 100 dés le lendemain, en répartissant entre les communes d'après la richesse de chacune, l'ornai. — Ordre à la municipalité d'Acqui do déclarer tous les effets d'habillement, notamment les souliers, laissés par les Autrichiens; ordre aux habitants, sous peines de visites domiciliaires, de déclarer les armes, munitions de gucire ou de bouche, effets d'habillement et d'équipement; ordre à la municiiialité de rcincttie par réquisition, 500 paires de souliers, le jour même, à fournir par les habitants en raison de leurs moyens, le prix de ces souliers devant être remboursé ultérieurement; les besoins étant urgents, la réquisition serait faite militairement chez l'habitant en cas de retard ; l'adjoint Ballet veille à l'exécution, 1" mai. — Ordre à Berthier de faire continuer le péage aux ponts de la Stura à Cherasco et de conserver l'argent entre les mains d'Andréossy, directeur de l'équipage de ponts de l'armée; même ordre et même destination du produit, pour les ponts de Fossano, 1«' mai (Arch. G.).
6. G. Tiohertï: Il passagf)io clei Ffcmcesi per l'Asfir/iano dopo l'annisfizio di €herasco,aprile-ghif]no 1796 (dans Filotecnico, II, 1-2, gennaio-fcbbraio 1887). — G. Mazzatinti : Noie per la storia délia cittù di Alba. — Lire également les Mémoires du capit"» Laugier, de la 27» légère, p. 86, qui signale qu'à Alba les commissaires du Directoire, >< oiseaux de rapines », discréditent l'armée par leurs déprédations. Il raille l'ignorance et l'avarice des moines augustins qui riiébergèreut à Nizza délia Paslia.
des liihoux : conquérir, délivrer la Lombardie, traverser le Tyrol et rejoindre en Bavière l'armée du Rhin marchant de Iront sur Vienne '. Si leDirocloire était d'accord avec Bonaparte pour en finir de suite avecBeaulieu, une grave divergence de vues s'accusait entre eux sur la suite de la campagne. Mais avant de disputer, ilfallait reléguer Beaulieu loin de l'Italie. Bonaparte n'avait pas attendu la signature de l'armistice pour marquer clairement ce buta ses troupes, en même temps qu'il ponctuait et résumait cette première campagne par une de ces proclamations puissantes, enflammées, emphatiques, dont il avait le secret :
« Soldats, vous avez en quinze jours remporté six victoires, pris vingt et un drapeaux, cinquante-cinq pièces de canon, plusieurs places fortes, conquis la plus riche partie du Piémont; vous avez fait 15,000 prisonniers, tué ou blessé plus de 10,000 hommes. »
« Vous vous étiez jusqu'ici battus pour des rochers stériles, illustrés par votre courage mais inutiles à la patrie ; vous égalez aujourd'hui, par vos services, l'armée de Hollande et du Rhin. Dénués de tout, vous avez suppléé à tout. Vcu ; avez gagné des batailles sans canons, passé des rivières sans ponts, fait des marches forcées sans souliers, bivouaqué sans eau-de-vie et souvent sans pain. Les phalanges républicaines, les soldats de la liberté étaient sjuls capables de souffrir ce que vous avez souffert. Grâces vous en soient rendues, soldats ! La pati-ie reconnaissante vous devra sa prospérité ; et si, vainqueurs de Toulon, vous présageâtes l'immortelle campagne de 1794, vos victoires actuelles en présagent une l)lus belle encore. »
« Les deux armées qui naguère vous attaquaient avec audace fuient épouvantées devant vous ; les hommes pervers qui riaient de votre misère et se réjouissaient dans leur pensée destriomphes de vos ennemis sont confondus et tremblants. »
« Mais, soldats, vous n'avez rien fait puisqu'il vous reste encore à faire. Ni Turin, ni Milan ne sont à vous; les cendres des vainqueurs de Tarquin sont encore foulées par les assassins de Basseville »
« Soldats, la patrie a droit d'attendre de vous de grandes citoses; justifierez-vous son attente? Les plus grands obstacles sont franchis sans doute ; mais vous avez encore des combats à livrer, des villes à prendre, des rivières à passer. En est-il entre vous dont le courage s'amollisse?. . . Non, il n'en est point parmi les vainqueurs de Montenotte, de Millesimo, de Dcgo et de Mondovi.
1. Bonaparte au Directoire, 26 avril, 28 avril, 29 avril (Arch. G.].
CIIERASCO 461
Tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple français ; tous veillent humilier ces rois orgueilleux qui osaient méditer de nous donner des fers ; tous veulent dicter une paix glorieuse et qui indemnise la patrie des sacrifices immenses qu'elle a faits ; tous veulent, en rentrant dans leurs villages, pouvoir dire avec fierté : « J'étais de l'armée conquérante d'Italie ' ! ... »
Paroles habiles et profondes autant que justes ! où tout est va et tout est dit; où, en dépit de l'cnflnre et de l'exagération méridionales, le froid calculateur et l'historien n'ont guère à rectifier que des détails ; où la part de chacun est faite avec une sorte d'impartialité supérieure; où tout en félicitant les soldats, Bonaparte leur fait honte de leurs pillages et jure de les réprimer ; où non lassé de succès, il se proclame avide, insatiable de nouvelles luttes et se promet de nouvelles victoires. La menace sur Turin tiendra en éveil la fidélité du roi de Sardaigne ; celle sur Rome satisfera le Directoire; celle sur Milan marque l'étape prochaine et la rénovation de l'Italie.
Désormais Bonaparte est né ; Buonaparté n'est plus. C'est plus qu'un changement de nom ; c'est une transformation de l'homme. Ce n'est plus seulement un général; c'est l'homme d'État, le Premier Consul, l'Empereur que l'on voit poindre. La guerre va lui frayer les voies et aussi le perfectionner. Il ne s'engourdit pas, comme tant d'autres, dans les délices de la nouvelle Capoue où l'a conduit la victoire, dans le plus riche, « le plus beau pays de la terre - ».
En moins de vingt jours il a conquis le Piémont ; en sept jours, en une semaine, il aura conquis la Lombardie ^ N'est-ce pas à juste titre que le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens ressuscitent, pour l'armée d'Italie, la belle formule de la Convention Nationale : elle a bien mérité delà patrie 1
1. Proclamation à rarmoe, datée de Gherasco, 26 avril 170G (7 floréal an IV). La seconde partie est consacrée à répriiner le pillage ; nous l'avons déjà i-epioJuite cidessus, p. 406