‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 42 sur 622 · H. Taine, t. I«', p · texte numérisé non relu

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pour le commandement et la conquête, singulier et d'espèce unique * », enlève les soldats dès qu'il se présente. « J'étais né pour cela », a-t-il dit *, et c'était vrai.

Ce « crâne proéminent, ce front sup(;rbe ' » sur un visage creux, allongé, desséché, au teint jaune, aux pommettes saillantes, aux lèvres minces et fermes, aux traits heurtés ; cet œil clair. in(iuisiteur, au reflet dur; cette bouche rigide pleine de volonté, au rare sourire, aux dents très blanches et serrées ; ce menion puissant, accentué, énergique ; tout dénote, chez ce jeune homme d'aspect souffreteux, mais tout en nerfs, uneforce intérieure peu commune, un instinct de domination qui n'attend pour s'affirmer que l'occasion; on même temps qu'une intelligence précise, lumineuse, prête atout vouloir, à tout prévoir, parce qu'elle voit tout, et qu'elle sait tout.

«Assez bien à cheval*», lorsqu'il paraît devant les troupes, mince, avec son «échine longue^», il les frappe par son allure saccadée, volontaire, son geste vif et brusque, letimbremétallique de sa voix brève, sèche et tranchante, son accent corse. Le regard fascinateur de ses grands yeux bleu clair ou gris", l'orbite enfoncée, dégagée de sourcils absents, va scruter, fouiller les hommes jusqu'aux plus secrets replis, « avec ces regards qui traversent la lote ' ».

Quand il descend de cheval, bien que«malà pied *», à cause de ses « cuisses courtes" », sadémarcheest vive et légère, pleine d'aisance. Sa main fine et soignée, son pied aristocratique, la noblesse de ses traits, la distinction de ses manières, et plus encore l'impeccable harmonie de ses formes admirablement proportionnées, « dignes delà statuaire'*» » décèlent la race. Il ne semble nullement aux soldats cet être ridicule et fantasmagorique, « ce bamboche à cheveux éparpillés, ce bâtard de Mandrin, ce petit saltimbanque de cinq pieds trois pouces », que les émigréstournenten dérision". Sa figure mauresque a beau ne rien dire qui vaille aux soldais des Pyrénées '*; ce n'est plus pour eux, ni le « la paille au nez » de

i. H. Taine, t. !«', p. 21.

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