Albert Sorel, t. IV, p. 474 et
compris du peuple, assez particulier en son génie propre pour se séparer des autres hommes, tout en se faisant mieux peuple et armée ' » ; il crée dès le début un courant électrique entre ses soldats et lui. Aussi, entre le général et son armée, au bout de peu de jours, « l'entente est laite, et après un an de praliquc elle est parfaite... Ce qu'elle entrevoit, il le voit; s'il pousse ses compagnons, c'est sur leur pente... il ne fait que les devancer ^. «
La chétive et pensive figure de Bonaparte avec sa pâleur olivâtre, sa maigreur maladive, sa taille grêle, ses longs cheveux noirs ', lustrés et plats, tombant coupés droit sur le front, en désordre aux tempes; ses yeux profonds, fixes et brillants d'un éclat étrange, aux effluves magnétiques *, au sourcil sévère ; pénètre dès ce jour dans l'histoire comme par effraction. Désormais, on verra le jeune général en chef de l'armée d'Italie dominer le monde du haut de sa petite stature ^ pendant près de vingt années.
C'est sous cet aspect pâle et maigre, «un vrai parchemin «», plutôt que sous le masque engraissé de l'empereur, qu'il apparaît à la postérité.
Lui-même s'ignore, se cherche encore ; il n'a qu'un sentiment vague de sa force. Obscurément, il pressent toutefois que Robespierre lui a préparé les voies'. C'est le canon de Lodi qui la lui révélera à la lueur de ses éclairs >*.
La première fois que les soldats de l'armée d'Italie revirent à leur tète, cette fois pour les diriger, cette physionomie méditative, presque sombre, qu'ils n'avaient fait qu'entrevoir deux ans auparavant à la tète de l'artillerie, ils sentirent d'instinct qu'une ère nouvelle allait s'ouvrir. « Ce superbe fauve subitement lâché'-'» qui « non seulement est hors ligne, mais hors cadre... , fondu dans un moule à part, composé d'un autre métal que ses concitoyens et ses contemporains...'", extraordinaire et supérieur fait
i. Albert Sorcl: Bonaparte et Hoche, p. "8.