Ibidem
3. Qui )>cut dire, si Ton avait passé à Crémone, que l'on n'aurait pas rencontré, dans la marche vers Milan, sur l'Adda, à Lodi ou à tout autre point, la même résistance, mais eu sens inverse, que Bonajjarte rencontra le 10 mai à Lodi? Il eût été aussi difficile, sinon plus, d'attaquer la rive droite que la rive gauche de l'Adda, celle-ci étant dominée par la rive droite.
trée des Français à Milan devait être, pour l'armée victorieuse, la consécration, le couronnement de ses triomphes. En se dirigeant droit sur elle, on menaçait en outre Beaulieu sur sa ligne de retraite et si on ne l'y devançait pas, il était assuré du moins de ne pouvoir rencontrer dans Milan qu'un abri pi^ovisoire et précaire.
vri
Retenu à Tortone le 4 mai, par sa conférence avec Faipoult', le général en chef s'accorda encore cette journée de répit pour achever la période préparatoire, et mettre en jeu sa diplomatie. Les mouvements préliminaires, depuis le 30 avril jusqu'au 3 mai, avaient eu plutôt pour but de tâter et d'amuser l'ennemi, d'attendre le vent. Convaincu depuis la veille que Beaulieu restait définitivement dupe, et résolu à porter d'un seul coup ses divisions vers Plaisance pour y passer le Pô, Bonaparte employa le 4 mai à les rapprocher l'une de l'autre, au lieu de les espacer afin d'êlre prêt à faire front partout, et à les faire converger vers l'objectif qu'il avait arrêté dans sa pensée. Toutefois, il est prêt encore à faire, s'il le faut, face en arriére, s'il est devancé par Beaulieu devant Plaisance. Alors, il marchera la gauche en tète; Sérurier, qui vient en queue, deviendra le premier, en rebroussant chemin surValenza que l'Autrichien aura dûdégarnir pour courir au Pô ; dès lors il y passera facilement *. Tandis que la division La Harpe demeurait immobile à ses côtés, à Torlone, la division Masséna, dont la présence autour d'Alexandrie n'était plus aussi nécessaire pour abuser Beaulieu, suivait son avant-garde sur Sale, sans perdre de vue toutefois le cours du fleuve et en paradant devantles Autrichiens. Partie de Castellazzo, dès la pointe du jour, à 4 heures du matin, elle passa l'Orba sur le pont jeté dans la nuit et ramassa en route tous les bateaux, toutes les planches, interceptant toujours les communications entre les deux rives par ses pièces en batterie, cela plus encore alin de laisser Beaulieu
1. Faipoult convoqué pour le 2 mai, alors que La Harpe n'arriva à Tortotic que le 3, dut sans doute y attendre le général en cher. C'est de Tortone, 4 mai, lij floréal, «lue Bonaparte notifia au duc d'Aoste la sus]ieiisiou d'armes rendue exécutoire la veille par l'occupation de la place (dans sa lettre au Directoire, le général, par eireur, lie place qu'au 5 la juise de )iossession de Tortone), et qu'il réclama le i)assnge pour les troupes de l'armée des .\lpes. C'est ce joui- également ([u'il envoya au g"' de La Tour les pro|iositions relatées ci-dessus p. 471.
2. Capit"» J.-C. [Journal des Sciences Mililaires, avril 1S97).
Bo.N. SI
croire à des préparatifs de passage, que pour lui dissimuler ses mouvements réels et sa véritable direction '.
Sérurier, demeuré jusqu'alors à Alba, en partit également le 4 mai, descendant le Tanaro et occupa Asti, où son apparition dut ancrer davantage encore dans l'esprit de Beaulieu la possibilité d'un prochain passage du Pô sous Alexandrie *.
La division Augereau et la cavalerie quittèrent aussi Bosco dans la matinée ; Augereau s'achemina sur Castelnuovo di Scrivia où Rusca, arrivé la veille, parcourait les bords du Pô sous la protection de ses canons, jusqu'au confluent delà Coppa, s'acharnant à ramasser tous les bateaux et les groupant à Castelnuovo ; arrêtant, comme Masséna le faisait de son côté, tout ce qui venait de la rive gauche et tout ce qui s'y rendait ^ Beaumont, ayant avec lui six régiments, s'avança sur Casei-Gerola, où le rejoignit le soir ladjudant général Vial qui, avec deux escadrons du 10" chasseurs, s'était porté jusqu'à Voghera, avec une pointe sur Montebello où, la veille, campaient encore 6,000 Autrichiens*.
Ainsi, le soir du 4 mai, deux divisions d'infanterie et la cavalerie étaient massées face au Pô, comme si elles se proposaient de le franchir devant elles, toujours afin d'induire Beaulieu en erreur; en arrière d'elles, une troisième, à Tortone, allait par un à droite, faire tête de colonne sur la route de Plaisance, précédée de lavant-garde qui se formait au môme moment, à Casteggio. La quatrième division, formant arrière-garde, en évoluant dans les parages d'Alexandrie, devait entretenir l'ennemi dans la pensée qu'il avait toujours en face de lui toute l'armée, et captiver son attention.
1 . Masséna marchait avec deux régiments de cavalerie et son artillerie (Ordre à Masséna, 3 et 4 mai, Journal de marche de la division par l'adj"' g"' Monnier, 4 mai (Arch. G.).
2. Sérurier avait avec lui le 22» chasseurs et son artillerie; il partit à 6 heures du matin (ordre du 3 mai, Arch. G.)-
3. Augereau partit à 5 heures du matin, Beaumont à 6 heures; l'adj»' g*' Lanusse avait réuni,le 3, à Acquebuone, 15 bateaux qu'il remit à Rusca avant de rejoindre l'avant-garde (Ordres à Augereau, 3 et 4 mai, à Rusca et à Lauusse, 4 mai; Arch. G.).
4. Ordre à Kilmaine, 3 mai. — Rapport de l'adj"' g»' Vial à Berthier, 4 mai; il arriva vers 5 heures à Voghera, ayant fait confectionner 10,000 rations de pain, dont 1,000 pour Rusca, trouvé un magasin de fourrages, 600 sacs de blé, 2,000 sacs de mais; il avait poussé avec 20 chasseurs jusqu'à Montebello. — Beaumont (lettre à Berthier, 4 mai) mentionnait qu'une députation de Voghera était venue lui ofirir tout ce qu'elle pourrait; il avait demandé beaucoup de pain, de vin, de bestiaux; à Voghera, il y avait, vendu par les Autrichiens, 6,000 quintaux de foin bottelé, 3,000 sacs de mais, 2,000 sacs d'avoine (Arch. G.).
Le 5 mai, jour décisif, le bourg de Casteggio était mis en rumeur par l'arrivée de trois des bataillons de grenadiers et de deux bataillons de carabiniers, en marcbe depuis 5 heures du matin '.Le général Dallemagne les y attendait, ainsi que Lanusse, Lannes, et un commissaire des guerres^; un colonel et quatre régiments de cavalerie y accouraient de leur côté^, ainsi qu'une compagnie d'artillerie légère \ C'était l'imposant « corps d'élite», foi'mé d'hommes aguerris, aussi durs à la fatigue qu'inaccessibles à la peur, qu'une élite d'officiers allait guider à la victoire.
Tandis que Dallemagne les passait en revue et distribuait cartouches et chaussures ^, la division La Harpe s'ébranla de Tortone
1. Il n'y eut de prêts, le 5,f|ue trois sur (|u;itre des bataillons de grenadiers, celui de la division Sérurier, 1»' bataillon, n'était |)as arrivé ; il ne ])arvint ([iie le T à Casteggio. Dallemagne se plaignit de ne trouver que quatre bataillons en tout au lieu de six, et pourtant si Vinstruclion datée du .") mai lui annonçait à tort ([uatre bataillons de grenailiers, Vonlre du 4, lui enjoignant de se rendre sur-le-champ à Casteggio, spéciliait bien qu'il y trouverait trois bataillons de grenadiers seulement (Ordre et Instruction à Dallemagne, 4 et 5 mai ; ordre aux généi'aux de division, 3 mai ; Dallemagne à Berthier, J mai ; Arch. G.). Il est probable que le 1='' bataillon de carabiniers fut aussi en retard, i)uisque Dallemagne n'eut (|ue quatre bataillons. L'Histori(pie de la 11» légère semble indiquer en etlet que ses carabiniers n'arrivèrent que le 7 à Castel-SanGiovanni à 2 b du matin, après quatorze heures de marche. A quelques jours de là, on constitua un .5" bataillon de grenadiers avec les compagnies de la 8"j« (alors 56», 104», 209», 1" bataillon Mayenne et Loire, 8« de Saône-et-Loire) et un li» bataillon de carabiniers, avec les compagnies des 3» et 4- légères (alors 15= et 8» légères). Etat de situation du 9 mai (Arcli. G ). Plus tard, un 6» et un 7» bataillon de grenadiers, un -i» bataillon de carabiniers, furent formés, mais attachés au quartier général et non à l'avant-garde (Etat de situation du 18 mai; Arch. G.), le 6« bataillon n'avait d'ailleurs qu'un effectif de 318 li. au lieu de 600; il était formé des compagnies des 12», 14% 22°, 51», 02» et 33» demi-brigades de l" formation, non comjirises dans le second amalgame ; le 7» bataillon fut formé des compagnies de la 3'J« ^alors 46», 121», 4» bataillon des Basses-Alpes et 10' de l'Ain) ; le 4» bataillon de carabiniers comprenait les compagnies de la 22» légère (alors 16» légère), division Sérurier.
2. Ordre à Lannes, 5 mai (Arch. G.). Ainsi Lannes arrivait à Casteggio. en plein champ de bataille de la future victoire de Montebello, où quatre ans plus tard, il devait gagner un titre de duc et le bâton de maréchal de France. Qui le lui eût )irédit alors, eût semblé fou ! — Lanusse arriva avec ses deux adjoints ; il fut remplacé presque aussitôt par l'adj»' g»' Lorcet (Ordre à Lanusse, 4 mai, registre G 23/35; Arch. G.).
3. C'était les l"' hussaris, 430 h. ; 7« bis hussards, 320 h. ; 10» chasseurs, 630 h. ; 20» dragons, 170 h. ; total: 1,570 h. (Etat de situation du 8 mai ; Arch. G.). Ordre iiKilmaine, du 5 mai, d'envoyer à 7 h. du matin 1,500 chevaux, dont le 10' chasseurs devra faire partie (Arch. G.). Ce fut sans doute le c' Leclerc d'Ostein, du 10» chasseurs, qui prit le commandement; peu après ce fut le g"' Beaumont lui-mùme qui ronunanda.
4. Ordre à Dujard d'envoyer à 7 h. du matin une compagnie d'artillerie à cheval avec six pièces ; ainsi que des cartouches pour 4.000 h. et des pierres à fusil en proportion (4 mai, Arch. G.). Dallemagne réclamait le 5 mai 1,500 pierres, 130 fusils, des cartouches, 60 par homme, etc. (Dallemagne à Berthier, 5 mai; Arch. G.).
îi. On lui avait annoncé 2 000 paires de souliers, mais le commissaire Lambert
et s'avança à Vogliera, tout à portée de l'avant-garde '. La cavalerie avec Bcauiiionl se l'abattit également sui' Vogliera*. Augereau s'en rapprocha aussi, marchant de Castelnuovo sur Pizzale, Cervcsina, Calcahahhio, Branduzzo; la brigade Rusca poussant jusqu'à Pinarolo =*. Quant à Masséua, il simula «ostensiblement » en avant de Sale, la construction de ponts volantssur le Pô, feinte nouvelle pour endormir Beaulieu, et porta le général Joubert, en avant-garde, avec des canons, à Casei-Gcrola que Rusca venait d'évacuer*. Autour d'Alexandrie, où Séi'urier, parti d'Asti le matin, entra danslajoui'uée, ses troupes multiplièrent marches et contremarches dans la plaine enti-e la ville et Valenza, afin de donner l'illusion d'un passage imminent et poussèrent des patrouilles le long du Pô, d'où l'ennemi avait emmené tous les bateaux =. Toute la journée du reste, une canonnade s'engagea d'une rive à l'autre du Pô, inofTensive pour les deux partis"; chaque infanterie s'efforçant, en brûlant sa poudre, d'en imposera l'autre, qui semblait ne demander qu'à s'en laisser éblouir. Celte agitation sur les rives du Pô, savamment entretenue, atteignit pleinement son but.
Dès le soir, au risque de donner l'éveil, un escadron de cavalerie courut jusqu'à Siradcila afin d'y faire préparer 15,000 rations de pain pour le lendemain '.
Le lendemain, en efTet, le 6 mai, commençait cette marche hardie qui, en deux jours, devait porter l'armée sur l'autre rive du grand fleuve, en tournant la ligne du Tessin et la ville de Pavie. Le gé-
n'cut ordre d'eu distribuer, dans la nuit du 4 au 3, que 1,800, dont 300 à chacune des triiis divisions ce «[ui n'en laissa que 900 h. au g'' Dallemagne qui écrivit n'avoir rien reçu; elles aviiient été en cll'cit adressées à Voirlicra (Instruction à Dallemagne, 3 mai, ordre à Lamltert, 4 mai, Dallemagne à Berthier, 5 mai ; Arcli. G.).