‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 44 sur 622 · Michelet, p. 03G · texte numérisé non relu

Michelet, p. 03G

ses camarades de l'École de Brienne; ni le «Nicolas» des pamphlétaires royalistes; ni le « petil enragé », que détestent par avance les vieux officiers de l'armée et que Beaulieu plus tai'd, comme Wurmser, appellera dédaigneusement «ce jeunehomme ». Illesa, d'un coup, captivés, sui)jngués; ils devinent en lui l'âme ardente, passionnée, à l'unisson de la leur, qui va les transfigurer; la volonté de fer qui les transportera hors et loin de celte zone dévastée, où ils moisissent depuis tant d'années. « Il parle en homme, et parle en maître. On l'entend, parce qu'il dit sous une forme impérative et familière, ce que veut confusément la masse des Français ; on lui ohéit parce qu'il commande de faire ce que la masse entend accomplir' .» Mais s'il complète et personnifie l'armée; s'il lui donne la tête qu'elle attend; il y puise aussi la force dont il a besoin. Cette France exaltée, généreuse, en fièvre de croissance, est comme le flux qui le pousse et l'élève; sans elle il ne serait qu'un « prodigieux et impuissant isolé *».

Pour ces soldats enthousiastes, et pourtant moqueurs, vrais gamins de Paris ou du Midi, il n'est pas,ilne scrajamais, ni le «petit hongre »,ni« ce tondudecaporal » ou ce « gringalet de général » que certains de ses subordonnés frondent de loin ; ni« le petit tigre», expression par où Cacault croit si hien peindre sa petitesse, sa ténacité, ses bonds rapides et félins. Jamais ils ne voudront voir en lui le tyran que les peuples maudiront par la suite ; il est déjà, il restera quand même le chef idéal qui sait parler à leur imagination « sans laquelle l'homme n'est qu'une hrute», comme à leur cœur et qui, tout en les rassasiant de jouissances vulgaires, sait les entraîner à sa voix, à son geste évocateur, par delà les misères et les plates satisfactions humaines, vers cette image magique de liberté héroïque et de pure gloire, que le mot de République incarnait alors aux armées.

Au surplus, « c'est de la Révolution qu'il tire toute sa force», et il se l'approprie ; il en « éprouve les passions élémentaires, confond en lui l'esprit d'expansion nationale et de magnificence royale *».

Si ses soldats l'affublentdu sobriquet de « petit caporal », s'ils se donnent le malin plaisir de le punir de sa jeunesse et de sa mine étriquée en le faisant passer par tous les grades subalternes qu'il a escaladés d'un seul saut *, ils sentent instinctivement qu'il est « peuple » comme eux, qu'il est leur émanation la plus complète,

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