Napoléon: Campagnes d'Italie
3. Ordre du jour du 9 mai (Arch. G.) : « Un événement désastreux a couvert d'un crêpe funèbre la victoire d'hier... » Suit une autre version de la mort de La Harpe d'où il résulte qu'une patrouille ennemie seriit tombée sur un poste qui se serait laissé surprendre et se serait enfui, perdant un canon. La Harpe s'y serait aussitôt porté, puis voyant que la 51° à laquelle il avait donné l'ordre d'avancer n'arrivait pas, il serait revenu sur ses pas pour en presser la marche; il l'aurait rencontrée commandée par un officier (le clief de brigade Lafons?) qui la laissait marcher en désordre. « Des Uàches apercevant les chevaux du g"i La Harpe et de sa suite, crient : Voilà la cavalerie ennemie ! A ces mots, le peloton fait feu à bout portant. La Harpe, atteint de plusieurs coups, tombe mort... » « Ce général, viaiment républicain et chéri de ses frères d'armes, emporte les regrets de la patrie et de l'armée. »
4. <i Que cet affreux événement rappelle les officiers et les sous-officiers à la plus scrupuleuse surveillance; que chacun fasse observer... la plus exacte discipline; que l'on n'oublie jamais que c'est autant à la négligence des postes avancés qu'au pillage dont quelques scélérats se sont rendus coupables qu'on doit attribuer les revers qui ont eu lieu quehiuefois... plus de ménagements ni d'indulgence pour les hommes voués au crime. »
ti02 BONAPARTE EN ITALIE
Afin de donner à Favant-garde une impulsion plus sûre, une direcUon plus ferme, Bonaparte en confia le commandement à Masséna, tout en lui laissant celui de sa propre division ' . En outre, pour avoir bien en mains son instrument de cavalerie, si impariait qu'il fût, le général en clicf fit rentrer sous les ordres de Kilmaine presque tous les régiments détachés des diverses divisions, sauf ceux attachés à l'avant-garde à laquelle ils apportaient une légèreté d'allure indispensable*.
Ces mesures militaii-es une ibis prescrites, ayant pourvu au plus pressé, Bonaparte consacra le reste de cette journée du 9 mai à la besogne diplomatique qui lui incombait par surcroît. Le duc de Modène s'avisait en efl'et de lui envoyer des plénipotentiaires, et Bonaparte allait les traîner plusieurs jours en longueur afin de les amener plus facilement à composition '. Mais il était urgent de conclure les négociations entamées avec le duc de Parme, depuis l'avant-veille.Ce prince se montraitassezinquietdes conséquences de son attitude antérieure et, comme il aspirait avant tout à la tranquillité, ne souhaitant que de vivre en paix, entre ses moines
1. Bonaparte à Masséna, 9 mai (Arcli. G.). Bonaparte constitue en outre à Plaisance un coniuiaiRU'ment de plai-e et un liù|)ital mililaiie; assure l'ordre dans la ville par de fréquentes patrouilli'S de dra^^ons ; achève la formation du 5» bataillon de frienadiers et du 3» bataillon de carabiniers, ainsi que de trois autres bataillons d'élite; enjoint au g»i Macquard et au g"' Meynier d'envoyer de suite leurs troupes à la division Sérurier ou a Plaisance; ordonne que les grenadiers de l'avant-earde qui ont manqué de pain la veille, en leçoivent immédiatement; presse l'envoi de rartillerie, notamment de six pièces volantes avec leurs caissons qui doivent passer sur le bac « de prélérence à tout» pour gagner de suite Codogno; bâte le passage des andjulances avec lesquelles doivent marcher les commissaires des guerres (Oi'dres au commiss'^ ordon' Lambert; à l'ad,j°' g»' Lanusse; au g»' Macquard; au g"' Meynier; au g"' Dnjard, etc., 8 et 9 mai; Arcli. G.). De son côté, Saliccti ordoime à Lambert de créer des magasins pour 30,000 quintaux de blé, 6,000 charges d'avoine, etc.; à Collot de créer un parc de 4,000 bœufs (Saliceti à Lambert, 8 mai ; Arch. G.).
Les )irescriptions en vue du bon ordre étaient d'autant moins superflues qu'à Plaisance même, un officier chargé de la gaide de six chariots de marchandises saisis à Fombio, s'était permis de vendre publiquement [dusieurs ballots et caisses de cuivre, quelques-unes appaitenant à des négociants de la ville, et on dut le faire arrêter (Ordre à Lanusse, 9 mai; Arch. G.). Des hommes volaient les chevaux ou les bestiaux. Les personnes, les propriétés, les cultes devaient cependant être expn^ssément respectés (Bonaparte au Gouverneur de la ville de Plaisance, 8 mai ; Arch. G.).
2. Bonaparte à Kilmaine, 9 mai (Arch. G.). Les deux régiments de cavalerie détachés à la division Masséna rentraient sous Kilmaine; un régiment restait détaché prés d'Augereau; un autre était mis à la disposition du g»' Ménard qui commandait provisoirement la division La Harpe.
3. Bonaparte à Carnot, 9 mai 1196 (Arch. G.). « Le premier Ministre du duc de Modène est arrivé ce matin » (Saliceti au Directoire, 9 mai ; Arch. G.).
et ses confessoiips, libre de sonner dévotement ses cloches', il étail résigné d'avance à touLes les concessions. Ce timide héritier des belliqueux Farnèse avait même pris la peine d'écrire en personne plusieurs lettres à Tenvaliisseur de ses États poui' réclamer sa com[)laisance et ce n'est pas sans une certaine politesse hautaine que le jeune général y répondit -.
Toutefois, comme le duc de Parme « n'était d'aucune importance politi(iue », et qu'il n'y avait « aucun avantage à saisir ses États ^», Bonaparte était n'soiu à se montrer bon prince à son égard et à ne point le détrôner, tout en exigeant d'assez lourds sacrifices aux([uels le duc Ferdinand s'empressa d'acquiescer. Le 9 mai au matin, Bonaparte signa à Plaisance l'armistice, le premier en date de ces onéreux traités qu'il allait imposer peu à peu aux divers principicules italiens ".
dette victoire diplomatique avait mis Bonaparte de si joyeuse humeur, en dépit du « crêpe funèbre », jeté sur les drapeaux par la mort de La Harpe qui avait attristé son cœur, qu'il instruisit le Directoire de son double succès sur un ton de badinage, voire de pcrsillage inconnu jusqu'alors sous sa plume. Il plaisante, il raille, avec un goût douteux et lourdement, ce Saint-Jérôme du Cori-ège qu'il escroque sigalamment au duc de Parme ^ : (( J'avoue que ce saint prend un mauvais temps pour arriver à Paris; j'espère que vous lui accorderez les honneurs du Muséum*^. «Une se tient pas de joie à la pensée du bon tour qu'il va jouer aux